Cela me manque de ne plus avoir de temps pour « tenir » ce blog, de divaguer en ricochant. J’en ai pris un retard ! J’espère le combler bientôt, j’ai quelques brouillons d’avance et je vais me fixer deux dates de publication par semaine : le mercredi et le dimanche. Sinon je ne vais pas avancer !

Et puis ça y est, ou presque, mes élèves vont passer le bac de français et d’histoire-géographie la semaine prochaine, alors je vais être libérée de notre stress collectif. En effet, je suis presque aussi stressée que mes élèves. Ils ont fait du bon boulot depuis quelques temps pourtant !

Comme beaucoup ne viennent plus depuis la tenue des conseils de classe, on a actuellement les conditions idéales pour travailler. Seuls les plus motivés sont là. Ce qui fait quand même environ une quinzaine d'élèves par classe (au lieu des 30 habituels). Et comme ils se répartissent entre mes collègues et moi selon leurs faiblesses, c’est comme s’ils avaient des profs particuliers au lycée  ! A ce jeu, certains ont bien compris qu’ils ne pourraient que sortir gagnants: ils sont venus tous les jours, régulièrement, sérieusement. Je suis même épatée de la masse de travail qu’ils ont abattu.  J’adore travailler comme ça avec eux. (même si l'absentéïsme des autres  coûte cher à la collectivité… ) Car j’ai enfin l’occasion de me pencher sur chaque élève particulièrement. Certains ont, du coup, eu de véritables déclics. Comme cela fait plaisir de les voir contents d’eux. C’est un bien chouette métier que le mien. J’adore les mois de juin des lycées pro ! Les secondes BEP et les 1ère Bac pro sont en stage, les terminales BEP passent leurs examens. Il ne reste donc plus que plus les Bac pro. Cette année j’ai deux terminales bac pro. Alors je suis sur le pont en permanence.

L’autre jour, je me promenais avec une amie du côté des jardins de l’Arsenal dans le quartier Bastille et nous avons croisé plusieurs groupes de jeunes admiratrices de chanteuses gothiques, toutes de noir vêtues avec des teints blafards et des lèvres rouges. Mon amie m’a demandé si j’avais moi aussi des élèves de cette sorte. Je n’y avais jamais pensé mais non. Je n’ai aucune élève gothique. Preuve encore s’il en fallait une que les classes sociales ne sont pas dépassées ! Chaque classe ses passages difficiles hein, nos jeunes à nous en lycée professionnel du tertiaire vont déjà avoir beaucoup de mal à s’insérer dans la société par ailleurs, inutile alors qu’ils se fabriquent des bobos à l’âme du style gothique. Je simplifie certes, mais n’empêche…

Moi j’ai juste des répliques de Beyoncé ou de Jenifer Lopez. Ou des chenilles difficiles à influencer comme M.

M. est l’une de mes élèves de bac pro tertaire. Il y a deux ans elle était tellement timide que je crois n’avoir pas entendu sa voix avant décembre. Contrairement à mes autres élèves dont certaines ont toujours leur miroir à portée main et vérifient leur reflet avant de quitter la classe, elle ne changeait pas de coiffure tous les jours, ne se maquillait pas, n'avait pas les sourcils épilés ni les ongles bordés d'un fin liseré blanc impeccable à la "french".  Elle avait beaucoup de difficultés M. à l’oral comme à l’écrit. Mais je n'ai jamais vu quelqu'un travailler comme ça ! Avec une réelle opiniâtreté, me demandant régulièrement des devois supplémentaires. Puis petit à petit, elle a mué, gagnant même une sorte de respect d'une classe qui a pourtant le mépris facile. Il y a quelques semaines, elle a même fait un excellent exposé devant une classe a priori hostile mais vite conquise. Une quinzaine de minutes ! Jamais je n'aurais cru cela possible l'année dernière.

Je suis vraiment fière d’elle et j’espère qu’elle va avoir son bac de manière très honorable. Elle n'est pas la seule dont je suis fière d'ailleurs. J'ai vraiment eu des classes adorales ces deux années.

Les résultats des mutations vont bientôt tomber. Et je regarde mes élèves (que j’ai quand même vus 9 heures par semaines depuis deux ans !) avec une douce nostalgie, sachant que je vais les quitter. Que je vais quitter le lycée. Espérant que là où j’arriverai j’en aurai qui me feront autant confiance qu’eux. Là, aujourd’hui je reconnais que j’ai un peu peur... Certes, je vais avoir moins de transport , mais où vais-je tomber ? Dans quel lycée ? Batîment ? Mode ? Tertaire encore ? Vais-je même avoir un poste fixe ? Je pressens les remplacements, longue durée mais remplacements quand même… Pour l’instant j’essaie de me rassurer en me disant que quoi qu’il arrive j’aurai deux heures de plus par jour ! Deux heures ! Quel luxe !

Que vais-je bien en faire de ces deux heures ? J’ai bien quelques idées… Encore faut-il choisir !