Iles où l'on ne prendra jamais terre

Iles où l'on ne prendra jamais terre

29 juin 2007

Fin d'année scolaire

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27 juin 2007

Les couettes de la discorde -2

Les années passaient. Le fringant et séduisant jeune homme qu’était Haydar était désormais un homme dans la force de l’âge. Comme il avait commencé sa carrière d’enseignant particulièrement jeune, Haydar approchait de l’âge de la retraite alors qu’il n’avait même pas 50 ans ! Je ne pense pas qu’il était fatigué d’enseigner. Quoique, à l’écouter, on sentait quand même pas mal de relâchement dans ses ambitions vis-à-vis des enfants qu’il avait en charge.

A quoi était-ce dû ? La réponse est compliquée. A la lassitude des années sûrement, mais aussi d’après ce qu’il disait, à la fin de la mixité sociale au sein des écoles de Kars et à tout un contexte social.  Les années 70-80 avaient été particulièrement violentes dans sa ville chérie. Haydar ne m’a jamais parlé des manifestations auxquelles il a pourtant assisté, ni de la terreur répandue par les affrontement entre les bandes rivales d’extrême-gauche et d’extrême-droite alors minoritaire à Kars, ni même des périodes tout aussi marquantes des trois coups d’état, un tous les 10 ans. Pour le savoir j’ai du demander à mes cousins trentenaires qui avaient vécu cette période avant leurs 10 ans, bizarrement les plus vieux n'aiment pas évoquer cette période et je ne parviens pas à m’expliquer le mutisme de mon oncle à ce sujet.

Kars était connue, dans la jeunesse de mon oncle, pour son ouverture politique et ses penchants progressistes. Elle était en rivalité ouverte avec la municipalité voisine d’Erzurum, cette dernière beaucoup plus conservatrice et religieuse. Haydar aimait aussi sa ville, parce qu’incrédule comme il était, il appréciait, disait-il, la possibilité de se balader une cigarette à la main en plein de mois de Ramadan. Il affirmait haut et fort que cela n’était pas possible à Erzurum. J’ai été très marquée par ses récits sur Erzurum la conservatrice, et je me souviens très nettement de l’effroi que j’y avais ressenti lorsque vers 5-6 ans, je m’y étais rendue avec ma mère et l’une de mes tantes. J'étais  persuadée que des hommes moustachus et pervers nous regardaient de travers alors que nous nous promenions librement dans les rues. Ma mère aussi devait se méfier car, en pleine canicule, elle m’avait forcée à mettre un gilet par-dessus la jolie robe rouge à fines bretelles que je portais ce jour-là.

Bref, Kars, pour Haydar était quand même la ville idéale, la ville où on était plus libre qu’ailleurs, où l’on pouvait aller manger des glaces à la pâtisserie Manyolia, sans risquer de déshonorer à jamais la jeune fille que l’on accompagnait, où l’on pouvait rire un peu de tout, de soi-même le mécréant soi-disant coriace mais qu’une seule pinte de bière ou un joli sourire transformait en le plus sentimental des hommes, de l’imam à l’horrible voix qui chantait si mal l’appel à la prière, du gros Demirel à la tête du gouvernement, de l’incapable Ecevit qui lui était quand même préférable.

A regarder les photos de l’époque, je suis un peu incrédule : j’y vois mes tantes porter des mini-jupes qu’aucune fille aujourd’hui ne porterait à Kars.

« C’est qu’elles avaient de plus jolies jambes à l’époque » rigole mon oncle quand je lui fais part de mon étonnement.

Mais Kars, doucement, imperceptiblement, changeait. L’état central des années 80, celui qui avait succédé au régime dictatorial du général Evren,  ne reluisait pas par son progressisme (c'est à cette période que les cours de religion furent réintroduits dans l'enseignement scolaire), et ne privilégiait pas non plus les investissements vers la région. Je me souviens qu’en venant d’Ankara, après avoir quitté Erzurum, la route menant à Kars cessait tout à coup d’être goudronnée. De plus, la guerre civile menée par les séparatistes du PKK quoique moins systématique ici que dans le sud-est du pays, avait, malgré tout, touché les villages environnants et les paysans quittaient leurs maisons détruites pour se réfugier dans la ville qui se paupérisait, tandis que ceux qui avaient le choix, les plus riches, les plus instruits, ceux qui pouvaient envisager un déménagement, quittaient Kars pour rejoindre Istanbul et l'ouest plus industrialisé. Et la ville commença à doucement tomber dans une inéluctable décadence. C’est cette ville-là, décrépite et sombre que l’on retrouve dans les pages du livre d’Orhan Pamuk, Neiges. Petit à petit la ville changea d’orientation politique, pour finir dans les bras de l’extrême-droite nationaliste. Quelle tristesse a dû éprouver mon oncle à ce moment-là !

Pourtant il resta à Kars. Ses parents étaient vieux, ils n’auraient pas supporté de quitter la maison que mon grand-père avait construite de ses mains, même si leurs voisins n’étaient plus les mêmes, même si l’eau courante du robinet se faisait de plus en plus rare, même si les seaux de charbon à porter vers le poêle en hiver se faisaient de plus en plus chers, sans parler de la fermeture des cinémas.

Ces années-là, ma tante Esmahan, la dernière à avoir, avec Haydar, résisté aux sirènes du mariage, finit à 40 passés, par dire oui et quitter sa liberté et sa ville. Mon oncle resta quelques temps seul avec ses vieux parents.

Puis mon grand-père tomba malade et il fut décidé qu’Haydar qui continuait à travailler et qui surtout n'était qu'un homme bon sang, ne pouvait s’occuper de lui. Neslihan, dont j’ai déjà parlé, venant de perdre son mari et de marier sa fille, était la seule à pouvoir se dévouer totalement et fut donc désignée par les quatre autres sœurs et les deux frères à aller à la rescousse.

Bon, je crois que ce récit va finalement être plus long que prévu, il faut défaire les strates une à une avant de parvenir à la couette qui recouvrait le contentieux familial. Désolée, mais la dispute d’Izmir, à laquelle je vais bien finir par arriver, ne peut se comprendre sans ce détour… mais là faut que je file ! La prochaine fois, à priori, je réussirai à embarquer tout ce monde à Izmir !

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25 juin 2007

Les couettes de la discorde -1

     Apparemment je ne suis pas la seule à éprouver de la nostalgie pour les lourdes couettes en laine de ma grand-mère.

     Un écho vient en effet de me parvenir d’Izmir, et plus précisément du balcon de mon oncle Haydar où la dispute redoutée depuis près de 40 ans par toute la famille a enfin eu lieu. Le sujet premier, comme de bien entendu, portait sur les couettes et leurs rembourrages de laine. Mais j’ai déjà raconté tout le pouvoir de ces anodines couettes : il faut décidément s’en méfier et encore plus dans une ville caniculaire comme Izmir, où, il faut bien le reconnaître, elles sont beaucoup moins utiles que sous les neiges de Kars.

     Mais revenons à Haydar, le héros de cette mémorable dispute. Mon oncle Haydar fait partie de ces nombreux Turcs qui ont délaissé les contrées au climat impitoyables et à l’emploi rare de l’Est anatolien pour se réfugier dans les villes plus animées et chaudes de l’Ouest. A  vrai dire Haydar a eu du mal à quitter sa ville natale de Kars à la frontière arménienne, et contrairement aux Turcs immigrants forcés que je viens d’évoquer il n’était pas vraiment obligé de le faire. Il l’aimait lui sa terre et les longs de mois de sommeil sous la couche neigeuse.

     Fervent kémaliste il a, dans ses jeunes années, choisi de porter la parole laïque et progressiste dans les villages reculés aux alentours de Kars, sa ville tant aimée. Il y croyait dur comme fer à l’éducation comme ciment du progrès. Homme original et sans concessions, Haydar a souvent eu des démêlés avec sa hiérarchie et s’est vu « muter » par ses inspecteurs dans la région égéenne. D’autres que lui auraient apprécié ces mutations dans ces régions clémentes de bord de mer, mais lui a vécu ces années comme de véritables punitions et est retourné dans sa ville natale de Kars dès qu’il l’a pu.

     C’est qu’il avait une parade, un remède contre la dépression blanche qui guettait les habitants de Kars : le café. Ce lieu enfumé où ronronnait un poêle chauffé à blanc et rendu quasi invisible par les volutes des cigarettes des hommes jouant au Okey,  une sorte de jeu de rami mais qui se joue avec des tuiles.  Le plaisir quand on joue au Okey, c’est de le bruit que produisent les tuiles quand on les mélange avant de commencer le jeu. La plupart du temps, on parle peu quand on joue au Okey. Sauf, d’après mon oncle, dans le café qu’il fréquentait à Kars et où les blagues de toutes sortes fusaient de partout. Dans ce café,  Haydar retrouvait ses collègues instituteurs - pour certains originaires de la ville mais pour beaucoup mutés dans cette ville reculée pour quelques années seulement en espérant une affectation un peu plus clémente- , mais aussi  des personnes d’origines très diverses. Mon oncle aime encore dire que ce café était l’un des rares endroits encore cosmopolites du pays, peuplé qu’il était de Turcs sunnites ou chiites, d’Azéris, de Géorgiens, de Kurdes, d’Allemands même et les derniers temps depuis l’effondrement de l’URSS, de quelques Russes venus faire du petit commerce de valise, ou de Natacha, nom donné en Turquie à toutes les belles femmes russes. Parfois quand il était de bonne humeur, entre deux chagrins d’amour, Haydar nous faisait part des blagues de sa journée au café et les racontait avec un talent irrésistible, faisant plier de rire toute la maisonnée, sous le regard réprobateur de mon grand-père Aliyar. Ces soirs-là, il ramenait des savoureuses anecdotes, croquant avec tendresse et humour les gens qu’il y côtoyait. J’adorais l’écouter, retrouvant dans ses récits le style rieur avec lequel l’écrivain Aziz Nesin raconte les paysans anatoliens, les imitations des différents accents en plus !

     Or, la maisonnée que retrouvait Haydar de retour de « son » café était peuplée, elle, majoritairement de femmes qui, toutes sœurs d’Haydar qu’elles fussent, ne pouvaient fréquenter ce lieu exclusivement masculin. Pourtant aucune loi ne l’interdit et j’ai même entendu dire par ma tante la plus jeune que l’une des conquêtes d’Haydar avait un jour osé franchir la porte de l’antre enfumée avec lui. Je n’ai jamais su si c’était vrai, et n’ai jamais osé le demander à mon oncle lui-même, bien qu’il m’ait emmenée dans toutes sortes d’endroits, moi sa nièce qui se targue d’être la préférée. Je me demande si ma tante ne racontait pas cela pour discréditer encore un peu plus la dernière conquête de son frère, cette femme dangereuse qui venait de lui asséner un nouveau chagrin d’amour… On l’aura compris, mon oncle Haydar est un homme aux amours tumultueuses. Célibataire endurci et amant difficile, il est surtout connu dans la famille pour les béguins impossibles qu’il nourrit exclusivement pour des femmes mariées ou sur le point de l’être. A chacune de ses ruptures, Haydar, en amant éploré, perd 10 kilos, tombe dans une profonde dépression pouvant durer des mois - à la grande inquiétude de ses soeurs que, par comble de malchance, il a nombreuses… En effet, à son grand dam et courroux, ses cinq sœurs, qui une à une se sont mariées et ont lâché le domicile familial de Kars pour toutes se retrouver dans les villes de la partie occidentale du pays, se sont relayées jusqu’à aujourd’hui pour lui présenter des jeunes filles prétendument parfaites, puis à mesure que le temps passait, des jeunes veuves, puis encore des moins jeunes veuves…  La légende familiale dit qu’il est devenu ce Dom Juan difficile et malheureux depuis l’opposition de ses parents au seul mariage qu’il voulait de ses vœux, celui avec sa cousine germaine dont il était éperdument amoureux et à laquelle il a du renoncer.

      Les derniers temps, il ne restait plus dans la maison familiale auprès de mes grands-parents que Haydar le célibataire endurci et Neslihan, la 2ème sœur, dont les enfants s’étaient déjà mariés et qui était revenue au bercail après avoir prématurément perdu son mari dans la tumultueuse ville d’Istanbul. Neslihan disait être revenue à Kars pour s’occuper de ses parents mais il a m’a semblé, la dernière fois que je me suis rendue dans la maison sous la neige, qu’elle passait plus de temps à s’occuper de son frère Haydar qui, d’après elle se laissait dépérir,  que de ses vieux parents, qui eux n’avaient jamais cessé de croquer la vie à pleines dents, se désolant toutefois du célibat de leur plus jeune fils et culpabilisant d’en être un peu responsables. On aurait dit que la grande hantise de tout ce petit monde, et des 4 autres sœurs qui téléphonaient régulièrement était qu’Haydar cessât totalement de manger. « Mange, disaient-elles, au moins un morceau de ce fromage. Avec une tranche de tomate et une olive. Mais ne fume donc pas tout de suite, tu viens à peine de te lever ! » Je n’ai jamais compris d’où venait cette inquiétude bizarre. Certes, mon oncle, svelte  lorsqu’il était jeune n’était pas bien épais, mais je savais par ailleurs que dès qu’il n’était plus à proximité de ses sœurs il redevenait un homme affable, gai,  rieur et à l’appétit ma foi normale. Quant à moi, petite fille, j’attendais la fin de ce pensum quotidien guettant le moment où mon oncle m’emmènerait en promenade, parfois sur les remparts de la forteresse qui surplombe la ville ou dans le jardin de thé au abords du hammam, me demandant comment mon oncle adoré si désagréable le matin avec ses sœurs et ses parents, pouvait se transformer, une fois à l’extérieur de la maison, en le plus charmant et le plus rieur des hommes.

     Comment et pourquoi ses sœurs sont parvenues à convaincre leur frère Haydar de quitter la ville de Kars et son café enfumé de blagues et comment ce qui semble être le dernier mot entre Haydar et ses sœurs fut dit entre eux sur un balcon d’Izmir.... voilà ce que je publierai mercredi.

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21 juin 2007

Trouver sa place dans ses cauchemars

Un peu de tension au lycée en ce moment. Rien de bien grave ni d'intéressant et rien non plus dont je puisse parler ici. Ce qui m’intrigue c’est plutôt la façon quelque peu surprenante dont j’ai revisité tout cela au cours de la nuit, et l’étrange cauchemar très parlant dont je me suis souvenue au matin.

C’est classique ça chez moi, je ne me souviens presque jamais de mes rêves au cours de l’année scolaire, mais que dès que l’été arrive, que mon esprit se vide de la tension des cours, mon subconscient se rappelle à moi. Il va sans dire que cela, Dieu (!) merci,  n'a pas grand chose à voir avec la scène initiale: la nuit, comme tout un chacun, j'ai pas mal d'imagination.

Bref, j’ai donc rêvé que nous changions de proviseur. Une cérémonie était alors organisée au lycée qui pour l’occasion ressemblait beaucoup aux locaux de la Sorbonne. Mes collègues et moi sommes assis dans une grande salle, une sorte d’amphi. J’occupe un strapontin à gauche de la salle. Tout à coup, je m’aperçois que la cérémonie en question est en fait une messe officiée par un prêtre en blanc et broderies dorées. Un prêtre ! Une messe catholique ! Je suis bouleversée et décide de sortir. Je m’aperçois que je suis en fait à droite de la salle. Je suis la seule à boycotter la cérémonie. Je ne distingue de mes collègues que des pantalons de couleur bleu marine, aux plis impeccables.

Je suis devant l’édifice maintenant. Qui s’est transformé en église. Je cherche quelqu’un avec qui partager mon désarroi. Il n’y a personne d’autre que L.  un élève atypique de première bac pro, l’un des rares élèves du lycée qui dévore les livres du CDI et dont j’apprécie toujours la présence discrète et les interventions en cours.  L me parle et me dit que j’ai tort de m’effondrer ainsi que j’aurais dû le savoir que c’est tous des cons. Plus il parle, plus je suis atterrée, en effet il me tutoie et je ne réagis même pas !

Je me suis réveillée en nage. Ce matin-là je surveille les épreuves de français et d’histoire .

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19 juin 2007

Peur et préjugés

J'ai hésité avant de le publier ce ricochet.. pudeur ?   Et mon fournisseur d'accès internet en bloquant ma connexion quelques jours m'a donné du temps. Maintenant que le caillou est lancé, autant boire ses éclaboussures ! (Un sociologue se régalerait ;  il parait que l'INED vient de lancer une enquête de grande envergure sur l'immigration turque en France...)

Mars 1998. Le RER se taille un passage entre les petits pavillons gris de la banlieue nord.

Mon front tangue contre la vitre. J’ai mal à la tête. Cela fait déjà une semaine que j’ai mal à cette fichue tête. Je me traîne dans une étrange migraine, à deux doigts de l’euphorie, à deux doigts aussi du précipice.

Je me lève avec la migraine, je travaille avec la migraine, je me couche avec la migraine, sombrant dans un sommeil trouble pendant lequel je n’ai de cesse de construire des murs de pierre. Je tartine du ciment sur mes inquiétudes.

Terminus. Aérogare T9, Charles de Gaulle. Un tunnel sombre me tend les bras. Nous sommes le 19 mars, il fait beau, je vais accueillir l’homme que j’ai épousé trois mois plus tôt à Istanbul, un lendemain de Noël enneigé.  Mes amies ont parlé de coup de tête dû à un chagrin d’amour tenace. Moi je sens que ma décision s’inscrit dans une cohérence bien plus solide.

Pourtant depuis une semaine,  j’ai peur. Comment expliquer cette migraine autrement ? Déclenchée depuis que je sais que celui que je n’ose encore appeler  « mon mari » vient d’obtenir son visa, donné sa démission auprès de son employeur et qu’il a acheté son billet d’avion. J’ai peur. Je le reconnais. D’avoir fait une bêtise, d’avoir été trop vite, d’avoir été optimiste. Istanbul n’est pas Paris. Et si mon amour et la sérénité évidente qui m’envahit quand il est près de moi ne pouvaient s’épanouir que près des eaux du Bosphore ? Et si, à Paris avec la bague au doigt,  mon bien-aimé se révélait « macho et jaloux » comme me l’ont prédit mes amies - turques aussi bien que françaises  ?

J’ai des doutes. Des doutes que n’apaisent pas les articles sociologiques que je lis avidement sur les mariages de la 2nde génération de l’immigration turque en France et les conjoints « importés ».  Je sais que mes « choix » s’inscrivent dans une série statistique imparable. Bah tiens, moi qui me croyais originale…

J’attends. Que la porte des arrivées s’ouvre. Je me ronge les ongles. Et il apparaît. Je le vois de loin. Il tire une toute petite valise derrière lui. Je sais qu’il a jeté tout le reste de ses affaires, ses vêtements, ses meubles, ses livres. Tout est derrière lui. Je sais aussi qu’il ne sait dire que trois phrases de français.  De voir cette évidence, cette confiance absolue en nous, en moi  me bouleverse.  Il s’approche, Dieu qu’il est beau. Il y a quelque chose en lui qui irradie : générosité, simplicité, intelligence, douceur, joie de vivre… ma familiarité avec la langue qu'il parle, sa culture, sa façon d'aborder les choses ....  que sais-je ? Quelque chose qui me bouleverse en tous cas.

Je n’ai plus mal à la tête. Je n’ai quasiment plus jamais  eu de migraine depuis. Presque 10 ans.

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15 juin 2007

Fréquentations virtuelles

Maintenant que j’ai un peu plus de temps et dans l’attente impatiente de ma nouvelle affectation, je mets un peu à jour ma page de liens. Ce soir, j'ai envie de  de faire le point sur mes lectures récentes et en quelque sorte remercier leurs auteurs.  Je crois que je les ai tous découverts plus ou moins grâce au blog, que je ne présente plus (et qui fête généreusement son 3ème anniversaire) Vie Commune de Samantdi , (réelle initiatrice et brodeuse de liens amicaux, que grâces lui soit rendues ! ). Je neprésente pas non plus le site des Ricochets qui, en ce moment, creusent en profondeur.

Très souvent je vais ne pas pêcher la baleine avec Anita. Je la regarde ne pas s’extasier devant les canards en plastique des fêtes d’écoles, je sens  sous mes propres pieds les grains de sables rêveurs  qu’elle collectionne dans ses chaussures, et savoure ses toujours belles photos qui invitent à des voyages multiples. J’aime aussi quand elle se met en colère. Je crois bien qu’elle va presque réussir à me réconcilier avec une catégorie professionnelle de gens bizarres, les médecins.  Je suis en effet fâchée avec eux depuis que ma mère est devenue hypocondriaque et que tous les médecins qu’elle a rencontrés l’ont à ce jour abreuvée e médicaments sans même l’écouter. Sans parler de celui qui avait décidé qu’elle avait un bout d’intestin de trop et qui l’a charcutée sans que l’on comprenne pourquoi…  Du pur délire.

Je lis aussi avec beaucoup d’émotion le blog de Traou, qui a une véritable finesse d’âme et qui, souvent, me bouleverse.  Fauvette, par les jolis portraits qu’elle fait, que ce soient ceux du temps ancien du village où elle a grandi ou ceux plus douloureux des parisiens des temps de chômage,  me réconcilie avec l’espèce humaine mes jours de misanthropie.

Il y a aussi Valclair, un diariste à la plume ciselée, que j'ai par ailleurs rencontré avec plaisir à Paris-Carnet, et dont j'apprécie les mots en demi-teinte toujours très doux. La première note que j’ai lue de lui portait sur Neiges d’Orhan Pamuk. Je suis tombée sous le charme de sa lecture de cet ouvrage, et de sa façon délicate de parler de lui à travers le personnage principal du livre, Ka.

Puisque je parle de Ka, autant évoquer tout de suite l'autre Ka, (à mon avis bien plus drôle que le personnage de Pamuk..)  et dont la Boîte à images  vaut plus que le détour.

J’aime aussi lire les textes et nouvelles de Gilda, aux chutes surprenantes. Et bonne nouvelle Zelda, la pétillante,  est de retour sur la toile.

Les photos de Raf, empreintes d’une profonde tendresse et fraternité me font attendre avec impatience son documentaire que j’espère prochain sur les pays de l’ex-Yougoslavie.

Le blog culinaire d’ Estelle,  une française un peu turque aux USA est une mine de découvertes. Mais plus que les recettes , c’est la cuisinière que j’aime retrouver,  sa façon de  présenter ses différents univers culinaires réussit une symbiose  parfaite entre ses mondes.

Je passe aussi sur les blogs de Luciole et Akynou, deux sœurs que j‘ai eu la chance de rencontrer au seul Paris-Carnet où je suis allée et dont j'apprécie entre autres choses la généreuse résistance. 

Souvent en sortant de la Zep, du CDI, du collège, lieux que je connais et hante depuis plus d'un an déjà,   je retourne à l’école primaire avec Aventurine, la maicresse la plus craquante et tête en l’air  qui soit. J’adore penser qu’elle  est peut-être la maîtresse de ma fille, même si les informations distillées ici et là ne collent pas tout à fait… 

Il y en a d’autres que j’oublie ici, comme celui d'Otir dont j'ai même lu un texte sur le printemps de Prague à mes élèves.... Je n'ai présenté ici que mes plus récentes découvertes, les anciens ( comme Cloudy Days, El Bolg, Le grand pays de Gaspard , Bloguer ou ne pas bloguer, Ikdix, et le prolifique baron de Champignac etc... étant connus déjà -de mes quelques plus anciens lecteurs en tous cas...).  Une chose est sûre, j’aime les mots des blogs, les colères, les voyages et les découvertes qu’ils me permettent, les questions qu'ils font émerger en moi. J'ai aussi appris à accepter que j'appréciais ces voiles levés, toujours avec pudeur, souvent avec une profonde sincérité,  sur des intimités que je n'aurais jamais eu l'occasion de connaître dans le monde réel et qui m'enrichissent de leurs expériences....  j'en remercie sincèrement les auteurs.

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13 juin 2007

Jour J -5

Cela me manque de ne plus avoir de temps pour « tenir » ce blog, de divaguer en ricochant. J’en ai pris un retard ! J’espère le combler bientôt, j’ai quelques brouillons d’avance et je vais me fixer deux dates de publication par semaine : le mercredi et le dimanche. Sinon je ne vais pas avancer !

Et puis ça y est, ou presque, mes élèves vont passer le bac de français et d’histoire-géographie la semaine prochaine, alors je vais être libérée de notre stress collectif. En effet, je suis presque aussi stressée que mes élèves. Ils ont fait du bon boulot depuis quelques temps pourtant !

Comme beaucoup ne viennent plus depuis la tenue des conseils de classe, on a actuellement les conditions idéales pour travailler. Seuls les plus motivés sont là. Ce qui fait quand même environ une quinzaine d'élèves par classe (au lieu des 30 habituels). Et comme ils se répartissent entre mes collègues et moi selon leurs faiblesses, c’est comme s’ils avaient des profs particuliers au lycée  ! A ce jeu, certains ont bien compris qu’ils ne pourraient que sortir gagnants: ils sont venus tous les jours, régulièrement, sérieusement. Je suis même épatée de la masse de travail qu’ils ont abattu.  J’adore travailler comme ça avec eux. (même si l'absentéïsme des autres  coûte cher à la collectivité… ) Car j’ai enfin l’occasion de me pencher sur chaque élève particulièrement. Certains ont, du coup, eu de véritables déclics. Comme cela fait plaisir de les voir contents d’eux. C’est un bien chouette métier que le mien. J’adore les mois de juin des lycées pro ! Les secondes BEP et les 1ère Bac pro sont en stage, les terminales BEP passent leurs examens. Il ne reste donc plus que plus les Bac pro. Cette année j’ai deux terminales bac pro. Alors je suis sur le pont en permanence.

L’autre jour, je me promenais avec une amie du côté des jardins de l’Arsenal dans le quartier Bastille et nous avons croisé plusieurs groupes de jeunes admiratrices de chanteuses gothiques, toutes de noir vêtues avec des teints blafards et des lèvres rouges. Mon amie m’a demandé si j’avais moi aussi des élèves de cette sorte. Je n’y avais jamais pensé mais non. Je n’ai aucune élève gothique. Preuve encore s’il en fallait une que les classes sociales ne sont pas dépassées ! Chaque classe ses passages difficiles hein, nos jeunes à nous en lycée professionnel du tertiaire vont déjà avoir beaucoup de mal à s’insérer dans la société par ailleurs, inutile alors qu’ils se fabriquent des bobos à l’âme du style gothique. Je simplifie certes, mais n’empêche…

Moi j’ai juste des répliques de Beyoncé ou de Jenifer Lopez. Ou des chenilles difficiles à influencer comme M.

M. est l’une de mes élèves de bac pro tertaire. Il y a deux ans elle était tellement timide que je crois n’avoir pas entendu sa voix avant décembre. Contrairement à mes autres élèves dont certaines ont toujours leur miroir à portée main et vérifient leur reflet avant de quitter la classe, elle ne changeait pas de coiffure tous les jours, ne se maquillait pas, n'avait pas les sourcils épilés ni les ongles bordés d'un fin liseré blanc impeccable à la "french".  Elle avait beaucoup de difficultés M. à l’oral comme à l’écrit. Mais je n'ai jamais vu quelqu'un travailler comme ça ! Avec une réelle opiniâtreté, me demandant régulièrement des devois supplémentaires. Puis petit à petit, elle a mué, gagnant même une sorte de respect d'une classe qui a pourtant le mépris facile. Il y a quelques semaines, elle a même fait un excellent exposé devant une classe a priori hostile mais vite conquise. Une quinzaine de minutes ! Jamais je n'aurais cru cela possible l'année dernière.

Je suis vraiment fière d’elle et j’espère qu’elle va avoir son bac de manière très honorable. Elle n'est pas la seule dont je suis fière d'ailleurs. J'ai vraiment eu des classes adorales ces deux années.

Les résultats des mutations vont bientôt tomber. Et je regarde mes élèves (que j’ai quand même vus 9 heures par semaines depuis deux ans !) avec une douce nostalgie, sachant que je vais les quitter. Que je vais quitter le lycée. Espérant que là où j’arriverai j’en aurai qui me feront autant confiance qu’eux. Là, aujourd’hui je reconnais que j’ai un peu peur... Certes, je vais avoir moins de transport , mais où vais-je tomber ? Dans quel lycée ? Batîment ? Mode ? Tertaire encore ? Vais-je même avoir un poste fixe ? Je pressens les remplacements, longue durée mais remplacements quand même… Pour l’instant j’essaie de me rassurer en me disant que quoi qu’il arrive j’aurai deux heures de plus par jour ! Deux heures ! Quel luxe !

Que vais-je bien en faire de ces deux heures ? J’ai bien quelques idées… Encore faut-il choisir !

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03 juin 2007

Excitation

Le temps passe vite n’est-ce pas ? (Il y a encore quelqu'un par ici ???) 

Surtout quand on est un peu débordé, beaucoup éberlué, très abasourdi… Mais je tiens le bon bout...

Hé ! Je vais voter en Turquie (pour les élections turques hein pas en tant qu'expatriée française ) ! Pour la première fois de ma vie !

Comprenez-vous à quel point l'idée de voter à même pas un mois d'intervalle dans deux pays différents m'excite ?

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