Iles où l'on ne prendra jamais terre

Iles où l'on ne prendra jamais terre

27 février 2008

Un nombril tremblotant... ou mon divan en musique

aksuForce m’est de reconnaître que ma note sur le saz et la musique insufflée dans ma mémoire par mon père avalisait une sorte de hiérarchie de valeurs musicales. Or je suis injuste. Très injuste. Je n’ai même pas laissé une toute petite place pour ne serait-ce qu’évoquer  mes autres penchants musicaux légués par ma mère.  Quel déni ! Et pourtant que de joie de vivre  dans ce "leg" inassumé !

Un clou enfonce l'autre" chante Sezen Aksu en une très osée et claire métaphore et "La solitude c'est l'apanage de Dieu".  Et elle  chante cette antienne sur une musique de Goran Bregovic (celui-même qui composa les BO du cinéaste Kusturica), à tue tête en plus dans une société turque de plus en plus conservatrice. Il faut sûrement une soupape quelque part avec ce voile islamique de plus en plus présent, ce doit être, il faut croire, le rôle du foot et de la pop ! 

C'est donc une des chansons qu'écoute ma mère. Ma mère, la figure de la maternité dévouée et (un peu !) douloureuse à l'orientale. Au grand dam du traditionnaliste d’extrême-gauche qu’est son mari. Imaginez, déjà le oud et la musique du sérail ottoman représente pour lui de la musique bourgeoise dénaturée et sans noblesse, alors que penser du nombril (percé ?) de Tarkan ou de la chevelure peroxydée (ou parfois rouge) de Sezen Aksu ? Mon dieu mon dieu mon dieu.tark2 

Pour moi Sezen Aksu, c'était la grande dame un peu rondelette que tout le monde vénérait en Turquie, qui était affublée d'un surnom (petit moineau) qui ne lui allait pas du tout et dont on ne pouvait pas ne pas avoir entendu au moins une chanson quand on passait l'été en Turquie, puisque tous les dolmus (taxis collectifs), tous les épiciers, tous les coiffeurs la passaient en boucle et à fond. Je n'aimais pas ça, trop mélo, trop larmoyant, trop turc (ah ben oui, j'ai mes clichés).  Sezen Aksu, c'était ça. (et allez une chanson pleine de nostalgie sur Istanbul, mais si vous voulez découvrir un peu l'univers de la grande chanteuse qui apparait en diva à la fin du documentaire de Fatih Akin Crossing the Bridge, allez sur son site qui propose de très nombreux morceaux de sa large discographie, c'est un peu l'âme d'une certaine Turquie, celle d'Izmir on va dire pour faire court). 

Je n’ai pris conscience de la liberté que s’octroyait ma mère avec cette musique que très tardivement quand j’ai moi-même été outrageusement et contre mon gré (conscient) émoustillée par un nombril tremblotant : 

 

Bon j’ai renoncé à publier une photo. Je mets juste un lien : j’ai une réputation de mère de famille à tenir moi, en digne fille d ema mère...

            

En attendant il faut que j’efface l’historique de mon moteur de recherches. Bon dieu, quand je pense que j’étais partie pour faire une note très documentaire sur la musique turque. Pas la peine de vous faire des films non plus hein, c'est juste suggestif et ça frise parfois le mauvais goût mais bon, c'est ma mère qui écoute ça. Pas moi. (comment ça quelle mauvaise foi !) 

Bref je m'égare. Donc je savais que ma mère écoutait Tarkan. Au début des années 90, elle m'en avait vaguement parlé en m'expliquant que c'était un chouchou de Sezen Aksu, la grande Sezen Aksu. Et puis elle m'avait fait écouter une chanson ma foi pas si mal interprétée. Pas une chanson d'ailleurs, un türkü (d'Asik Veysel, un barde vénéré par mon père, un chant tombé dans le répertoire traditionnel et que tout le monde connait). C'est une chanson triste et philosophique en diable:

"Je suis sur une route longue et étroite. 

Jour et nuit je marche

Je ne sais comme je vais. 

Jour et nuit je marche" 

J'étais restée sur cette idée que Tarkan c'était un jeunot qui mettait au goût du jour des anciens türküs. A l'époque j'écoutais Roxy Music et si je me souviens bien un gars à la voix rauque et qui ne cessait de s'enrouler voluptueusement autour du pied de son micro, Paul Young (il est mort ?). Je laissais ma mère à ses cassettes de Tarkan et de Sezen Aksu. 

Jusqu'à ce que, en stage en Turquie, je tombe sur un clip de Tarkan à la télévision. Je ne l'ai pas retrouvé sur Youtube, je me souviens qu'il portait une chemise blanche avec le nombril dénudé, mais je ne me souviens plus de la chanson. 

En gros ça ressemblait quand même pas mal à ça:

Tarkan - Kuzu Kuzu (Akustik Versiyon)
Vidéo envoyée par sayit

Maman une icône de la maternité douloureuse, dévouée et par dessus tout asexuée.

Bah oui, une fille à sa maman, c'est très très naïf.*

* Evidemment je suis passée par Tarkan car pour les besoins de mon "analyse", je reconstruis et simplifie à outrance. Sezen Aksu, que ma mère préfère à Tarkan, c'est parfois coquin mais c'est aussi et surtout une majorité de chansons d'amour très très tristes, et très nostalgiques. Sezen Aksu, c'est la figure même de la femme fragile malheureuse en amour. Et aussi parfois de l'engagement politique (récemment des prises de position pour la fin des morts engendrés par l'intervention de l'armée en Irak) pour le multiculturalisme, la mise en valeur de toutes les cultures du pays (kurde, arménienne, etc...) l'éducation des filles. C'est surtout sa manière de vivre, sans figure masculine, passionnée et libre qui est finalement un engagement en soi. 

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25 février 2008

Ashurè, ou le lien blogal

C’est le Ashure dont Samandti vient de faire deviner les ingrédients dans son jeu du dimanche soir.

Avec 12 ingrédients différents (le nombre d’ingrédients monte facilement à 15 selon les recettes) on peut sans doute parler de symbole de prospérité et de fécondité.

C’est un mets qu’on aurait préparé sur l’arche de Noé à la fin du voyage pour fêter la fin du déluge. Chacun des voyageurs aurait apporté ce qui lui restait, d’où le mélange un peu insolite.

Le jour du Ashurè tombait cette année le 19 janvier, c’est une date parait-il très importante pour les trois monothéismes. Dans un esprit plus païen, c’est en tous cas un plat de la période de soudure, mélangeant toutes les graines possibles probablement dans l’espoir de la germination future. Moi j’aime à imaginer mon estomac comme un terreau fertile !

D'autres plus tordus voient dans les 12 ingrédients les 12 imams (ceux du chiisme) ... Je préfère ne pas penser que je mets des imams, même pas en caricature, dans un dessert...ce n'est pas très digeste.

Donc les interprétations varient... moi, je choisis l'histoire de l'arche, du départ, de la flotte, etc.. ! Mais il parait que c’est aussi un plat de la stabilité et de la continuité. Bref, chacun met un peu ce qu’il veut comme interprétation là-dedans, et cette année le Ashure m’a permis de visiter tous mes voisins d’immeuble pour leur en apporter un bol.

Et ce soir, je vais faire tremper mes légumes secs pour Isabelle !

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12 ingrédients, 4 mains

Je vous signale un jeu-concours chez Samantdi.

Comme j'en suis (ainsi qu'Elif Shafak... ça c'est un indice !) un peu à l'origine, je m'engage à envoyer au gagnant un bocal plein de ce plat. Je nourris ainsi l'espoir (plus si secret) de recevoir un pot de confiture toulousain !

(pour des raisons, qu'ils comprendront, Valclair, Eva et Ségolène sont exclus du jeu... Traou et Pierre, bons joueurs se sont déjà retirés d'eux-mêmes. Et Marie, sera de toutes façons discrète ;-))

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24 février 2008

Si Obama est élu

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19 février 2008

Mémoire musicale

Joli début de semaine. J’ai du exclure un élève pour insultes racistes, collé une classe entière très solidaire dans la bêtise, rédigé trois rapports, séparé deux élèves qui s’arrachaient les cheveux. Accepté les excuses du premier qui n’a jamais voulu me regarder dans les yeux.

Je pense que j’ai largement mérité ma plage musicale. Cette année j'ai fait des progrès, j'arrive (presque) à oublier, en tous cas à ne plus porter, toute la souffrance de mes élèves sur le dos une fois sortie du lycée.

Allez je vous emmène faire un petit voyage dans les cordes qui ont rythmé mon enfance.

Mon père joue du saz:

saz1_1_C'est un instrument qui fait partie de la famille des luths à long manche. La cité de la musique le présente très bien sur son site. Mais j'ai piqué la photo sur le site de Mahmut  Demir, excellent musicien parisien dont je vous recommande l'écoute.

J'ai préféré ne pas prendre de photo de l'instrument de mon père parce que tout touchant qu'il soit, il n'est pas du tout représentatif: mon père l'a bricolé à sa convenance et lui a même percé un trou supplémentaire sur le bidon parce qu'il n'aimait pas son son. J'ai un papa très original. Et un brin tyranique. En tous cas en matière de musique.

Mon père a appris à jouer en autodidacte de cet instrument qui représente, dit-on,  l'âme anatolienne et l'esprit de résistance (il est brandi comme une arme contre la tyrannie par les Alévis). Je n'étais pas encore née et mes parents vivaient alors dans ce petit village anatolien où ils ont fait leurs premières armes en tant qu'instituteurs. Mais je vous ai déjà parlé de ce village enfoui sous les neiges dans mes Ricochets

Pendant toute mon enfance, mon père a insisté comme un fou pour que je reprenne son instrument et la mémoire des chants populaires qu'il chantait sans cesse. J'ai, de ce fait, une excellente culture des Ashik (littéralement amoureux au sens de bardes), ayant été bercée par des chants d'Asik Mahzuni Sherif , De Musa Eroglu, ou de Ruhi Su, bardes que tous les Turcs connaissent.

Parce que je suis une gentille fille, et que ces chants me touchaient ("Les eaux du (fleuve) Drama sont froides, chantaient Ruhi Su, on ne peut en boire une tasse": Drama Köprüsü)   j'ai essayé... Mais mon père, cet excellent insituteur des enfants des autres s'est révélé, pour sa propre fille, un horrible pédagogue impatient et d'autant plus intraitable que lui-même avait appris tout seul. Bref, j'ai renoncé, et à mon humble avis, j'ai bien fait.

De toutes façons fanfaronnai-je, le saz a un son grêle que je n'aime pas, moi je préfère le oud, plus oriental, plus sensuel.

- Le oud ! S'est exclamé mon père, cet instrument des bourgeois d'ottomans !

Mon père, comme beaucoup de Turcs que je connais, ne peut s'empêcher de mettre de la politique, de la lutte des classes, et de la guerre d'indépendance (1919 quand même...) un peu partout. Alors j'en suis restée là pendant de longues années. Mais ce n'est pas fini.

Avant de raconter la suite, je vous laisse savourer un poème de Nazim Hikmet, parlant de la lutte et du courage des femmes pendant la guerre d'indépendance (1919, encore...) et chanté par Ruhi Su (au son du saz, bien-sûr). Je l'ai entendu des centaines de fois pendant mon enfance, et récité le poème lors des très officielles fêtes nationales de mon école primaire stambouliote. De la mémoire nationale bien gravée... 

Ruhi Su - KADINLARIMIZ
Vidéo envoyée par sefil

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18 février 2008

Feux de l'Amour et Stratégies de survie

Evidemment je pourrais écrire sur l’autorisation du voile dans les facs en Turquie, ou sur ce nouveau roman d’Elif Safak que je lis avec émotion, ou sur les morceaux de oud que je suis en train de déchiffrer, mais nan…

Le blog est capricieux, et Tiphaine, grâce à son billet sur Les Feux de l’Amour m’a rappelé de savoureux moments de mon adolescence.

J’ai adoré ce feuilleton. Mais oui je n’exagère pas. ADORE. J’ai du le regarder deux ou trois fois mais je lui dois une fière chandelle.

Ado, à chaque fois que ma mère se mettait à parler de mon père (ou plutôt à se plaindre à moi de mon père…) je parvenais à la lancer sur les rebondissements du feuilleton infernal qu’elle ne rate jamais :

« Et Cricket, maman, elle a aussi à se marier avec l’autre-là, rappelle moi son nom déjà… »

A chaque fois, ça ne manquait pas elle entrait dans le jeu.  A chaque fois. Si je n’ai pas fini par fuguer à 15 ans, c’est aussi grâce aux Feux de l’Amour. Merci Cricket, Vic, et les autres…

Comment puis-je apprendre ces stratégies de survie à mes « val-vissés » (comme les appelle Anita) à mes  élèves qui se traînent souvent de sacrés parents ?

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15 février 2008

Sans importance

Valclair me propose un jeu:  confier 6 choses sans importance sur moi. D’abord, il a fallu que je réfléchisse pour savoir ce qu’était une chose sans importance. J'ai soigneusement éviter de me demander en quoi ça intéresserait qui que ce soit. Sinon, c'était fichu davance. Et puisqu'on est dans la partie de la blogosphère que je fréquente dans des questions de lien social, allons-y, une chaîne, c'est liant.

Telle, dont j’ai découvert le blog grâce à ce jeu (je suis toujours fascinée par les gens qui savent faire des choses jolies de leurs mains) dit par exemple comme chose sans importance qu’elle n’a jamais lu Les Confessions de Rousseau. Ou peut-être est-ce un mensonge. Moi non plus, je ne l’ai jamais lu en entier, mais je n’aurais pas pensé à le mentionner comme chose sans importartance.  Question hautement philosophique non ?

Bon bref, j’ai pensé vite fait à 6 choses, ça occupera ce blog désert.

1) J’ai enterré 7 petits poissons en plastique dans diverses pelouses de la capitale.

2) Chaque été à la fin de l’année scolaire, je brûle tous mes cours et je danse autour de ce feu.

3) J’ai deux dates de naissance.

4) Je n’aime pas les betteraves rouges (oui, je sèche un peu... c'est difficile aussi)

5) J’ai un poil, un seul long et dur, sur le menton et ma hantise c’est d’oublier de l’épiler et qu’il fasse des petits.

6) J’ai longtemps été somnambule. Mon mari m’a dit que la nuit, je me relève parfois pour chasser des araignées sous mon lit. Pourtant éveillée, je n’ai rien contre les araignées. Et je ne me souviens jamais des mes nuits de chasse à la bestiole. Je suis persuadée que mon mari est un sacré farceur. Ou alors j’ai une araignée non pas sous le lit mais au plafond.

7) Je suis une briseuse de châines. Et

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08 février 2008

Marotte

Elle est belle ma marotte non ? mon_oud_009Qu'est-ce que c'est ?

Comme une certaine bâtisseuse de lubies, j'échaffaude des rêves, mon âme s'entrouve, s'émerveille sur des musiques imaginées.

Mes ongles sont coupés ras, mon dos est fourbu, mes bras ankylosés, mes mains rigides et rebelles mais je plane, je nage, je rêve.

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Constats et marottes

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