19 mai 2009
Ma voisine Cindy
Ce matin j’étais dans une colère noire. Maintenant je me
suis calmée. Et je me demande maintenant que je le dis, comment je me suis
calmée. Et si tu ne te calmais pas, et si tu l’affrontais ta colère ?
Allez une autre fois, aujourd’hui j’ai fait comme d’habitude. J’ai circonscrit. J’ai fait un cercle avec mon corps. J’ai fait ma gymnastique, pris une longue douche, fait un gommage, me suis tartinée de crème odorante, lissé un peu mes frisottis fous. J’ai beau trouver que tous gestes et gesticulations ne sont que perte de temps et manière de me voiler la face, cela ne m’en apaise pas moins.
C’est la routine me dit Cindy ma voisine. La routine. C’est elle qui t’aplanit. Quoi plate moi ? Pourquoi ? Des rondeurs c’est supposé être montagneusement chamboulant ? Et les montagnes russes ? Il y en a là pourtant des pleins et des déliés !
Ca y est te voilà repartie dans l’obscur. A naviguer là dans l’eau trouble de l’évier de la cuisine familiale.
Je n’ai jamais aimé les montagnes russes ni les manèges qui vous filent la nausée en même temps que des frissons. Et la routine, j’aimerais bien l’attraper celle-là, j’ai beau vivre des moments bien répétitifs, des dimanches englués, je ne parviens pas à trouver un ordonnancement aux heures.
Il te faudrait des heures de prières régulières me souffle narquoise la mystique avortée qui sommeille en moi. Oui c’est ça je tempête, et un voile par-dessus. Plus de chairs ni de graisses à dompter, plus de Cindy.
A l’approche de chaque été, je me demande si ma fiche de paie, mon livret de famille, mon appartement où le désordre qui ne règne qu’au fond des tiroirs et des placards, ma mauvaise conscience permanente, bref si tout ça, au fond, ne relève pas du même instinct, du même formatage, qui me force à consciencieusement pratiquer un peu de gym, un peu de nage, un peu de marche, histoire de brider un peu la féminité encombrante de mon ventre toujours un peu rond. Avec des bras plus musclés et dont les triceps ne pendent pas, parviendrai-je à mieux attraper cette chose au loin qui fuit ? J’en doute.
Me revient en mémoire un texte bouleversant écrit il y a quelques temps par Tiphaine et dans lequel elle parlait de la dépression. En conclusion sur les antidépresseurs elle avait écrit, et cela m’avait tordue, que l’effet des antidépresseurs pouvait être comparable à celui du sport à haute dose. En la lisant je me suis demandée si ma frénésie sportive de cette année ne s’expliquait pas aussi par une sorte d’instinct de survie de celui qui sent sa tête s’enfoncer dans l’eau. Le minimum pour provoquer un peu de montée d’adrénaline. Sans plus. Parce que quand même si vous m’aviez dit que je courrais une à deux fois par semaine, que je ferais de l’aquagym, de la danse intensive et yoguique (vous ne la connaissiez pas celle-là hein ?)...
et que même… (allez avoue !) je ferais des abdominaux en m’accompagnant d’un DVD de Cindy Crawford, je vous aurais ri au nez. Et pourtant je l’ai fait. Deux à trois fois par semaine. En pensant à chaque fois à cette scène du film des frère Coen où Malkovitch en peignoir fait le zouave devant son écran qui diffuse une sorte d’aérobic déjantée façon Véronique et Davina.
Pourquoi est-ce que maintenant que je connais les mouvements
et leur enchaînement par cœur et alors que je ne supporte toujours pas le
rictus de souffrance feinte de la Crawford, je ne fais jamais d’exercices
d’abdominaux sans m’accompagner de mon DVD ? Parce qu’il m’empêche de
réfléchir peut-être , ou qu’il me place dans une posture compatissante pour la
femme-objet qu’elle est et que bien-sûr
je ne suis pas moi…. D’où étais-je partie déjà ?
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J'ai écrit ce texte dimanche grâce au Marathon d'écriture organisé par Alainx. Cette expérience d'écriture continue (quasi automatique pour moi) sur une durée minimale de 3 heures m'a fait un bien fou. Je n'ai pas, il me semble été arrêtée par les freins qui m'empêchent d'écrire ici sur ce blog.
Le site sur lequel les textes des marathoniens ont été publiés étant voué à disparaître, je publie ici celui-ci, que j'ai envie de garder.
Je remercie vivement Alainx et les autres participants dont je n'ai, heureusement pas lus les textes (sauf deux que je connaissais déjà) avant de commencer à écrire moi-même, sinon je n'urais jamais osé me lancer !
Commentaires
Tu devrais écrire comme ça plus souvent.
Content de voir que tu es satisfaite de ce marathon...
Rien ne peut me faire plus plaisir !
À chaque fois je constate que c'est un concept intéressant et assez libérateur pour bien des personnes...
(Pour moi également...)



