Iles où l'on ne prendra jamais terre

Iles où l'on ne prendra jamais terre

19 mai 2009

Ma voisine Cindy

photos_de_l_I_phone_fev_mars_avril_09_287Ce matin j’étais dans une colère noire. Maintenant je me suis calmée. Et je me demande maintenant que je le dis, comment je me suis calmée. Et si tu ne te calmais pas, et si tu l’affrontais ta colère ?

Allez une autre fois, aujourd’hui j’ai fait comme d’habitude. J’ai circonscrit. J’ai fait un cercle avec mon corps. J’ai fait ma gymnastique, pris une longue douche, fait un gommage, me suis tartinée de crème odorante, lissé un peu mes frisottis fous. J’ai beau trouver que tous gestes et gesticulations ne sont que perte de temps et manière de me voiler la face, cela ne m’en apaise pas moins.

C’est la routine me dit Cindy ma voisine. La routine. C’est elle qui t’aplanit. Quoi plate moi ? Pourquoi ? Des rondeurs c’est supposé être montagneusement chamboulant ? Et les montagnes russes ? Il y en a là pourtant des pleins et des déliés !

Ca y est te voilà repartie dans l’obscur. A naviguer là dans l’eau trouble de l’évier de la cuisine familiale.

Je n’ai jamais aimé les montagnes russes ni les manèges qui vous filent la nausée en même temps que des frissons. Et la routine, j’aimerais bien l’attraper celle-là, j’ai beau vivre des moments bien répétitifs, des dimanches englués, je ne parviens pas à trouver un ordonnancement aux heures.

Il te faudrait des heures de prières régulières me souffle narquoise la mystique avortée qui sommeille en moi. Oui c’est ça je tempête, et un voile par-dessus. Plus de chairs ni de graisses à dompter, plus de Cindy.

A l’approche de chaque été, je me demande si ma fiche de paie, mon livret de famille, mon appartement où le désordre qui ne règne qu’au fond des tiroirs et des placards, ma mauvaise conscience permanente, bref si tout ça, au fond, ne relève pas du même instinct, du même formatage, qui me force à consciencieusement pratiquer un peu de gym, un peu de nage, un peu de marche, histoire de brider un peu la féminité encombrante de mon ventre toujours un peu rond. Avec des bras plus musclés et dont les triceps ne pendent pas, parviendrai-je à mieux attraper cette chose au loin qui fuit ? J’en doute.

Me revient en mémoire un texte bouleversant écrit il y a quelques temps par Tiphaine et dans lequel elle parlait de la dépression. En conclusion sur les antidépresseurs elle avait écrit, et cela m’avait tordue, que l’effet des antidépresseurs pouvait être comparable à celui du sport à haute dose. En la lisant je me suis demandée si ma frénésie sportive de cette année ne s’expliquait pas aussi par une sorte d’instinct de survie de celui qui sent sa tête s’enfoncer dans l’eau. Le minimum pour provoquer un peu de montée d’adrénaline. Sans plus. Parce que quand même si vous m’aviez dit que je courrais une à deux fois par semaine, que je ferais de l’aquagym, de la danse intensive et yoguique (vous ne la connaissiez pas celle-là hein ?)...

et que même… (allez avoue !) je ferais des abdominaux en m’accompagnant d’un DVD de Cindy Crawford, je vous aurais ri au nez. Et pourtant je l’ai fait. Deux à trois fois par semaine. En pensant à chaque fois à cette scène du film des frère Coen où Malkovitch en peignoir fait le zouave devant son écran qui diffuse une sorte d’aérobic déjantée façon Véronique et Davina.

Pourquoi est-ce que maintenant que je connais les mouvements et leur enchaînement par cœur et alors que je ne supporte toujours pas le rictus de souffrance feinte de la Crawford, je ne fais jamais d’exercices d’abdominaux sans m’accompagner de mon DVD ? Parce qu’il m’empêche de réfléchir peut-être , ou qu’il me place dans une posture compatissante pour la femme-objet  qu’elle est et que bien-sûr je ne suis pas moi…. D’où étais-je partie déjà ? 

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J'ai écrit ce texte dimanche grâce au Marathon d'écriture organisé par Alainx. Cette expérience d'écriture continue (quasi automatique pour moi) sur une durée minimale de 3 heures  m'a fait un bien fou. Je n'ai pas, il me semble été arrêtée par les freins qui m'empêchent d'écrire ici sur ce blog.

Le site sur lequel les textes des marathoniens ont été publiés étant voué à disparaître, je publie ici celui-ci, que j'ai envie de garder.

Je remercie vivement Alainx et les autres participants dont je n'ai, heureusement pas lus les textes (sauf deux que je connaissais déjà) avant de commencer à écrire moi-même, sinon je n'urais jamais osé me lancer !

 

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13 mai 2009

Vers le mur ou Sur la Route

osamaet_bush Parce que je ne m'en lasse pas : détail d'un collage de Tim Roeloffs, artiste berlinois, dont j'ai vu les oeuvres à la maison Folies de Moulins toujours à Lille.

A côté des oeuvres de l'artiste, on pouvait aussi voir une reconstitution de sa table de travail où s'amoncelaient des liasses de magazines, sources de ses créations.

Dans la pièce d'à côté, une table immense et accueillante, invitait le visiteur à s'essayer lui-même au collage. Un thème était suggéré - quelle est votre vision de la ville ?  -.

Je ne me suis pas assise à cette table, je n'avais pas la disponibilité mentale nécessaire, et je l'ai un peu regretté.

Aujourd'hui, alors que j'empilais les manuels d'histoire-géo de BEP et de BAC PRO dont je ne me servirai plus (de toutes façons, le BEP disparait, le programme des BAC pro change, et j'aurais été amenée à me débarrasser de tout ça même en restant prof d'histoire). Je me suis demandée ce que j'allais bien en faire: il m'est très difficile de jeter un livre, même sans intérêt, et "libérer" dans la nature ses manuels n'offre pas vraiment d'intérêt. Tout à coup ce regret éprouvé à Lille s'est

photos_de_l_I_phone_fev_mars_avril_09_210

rappelé à moi: je vais les ciseler ! Il faut que je me fournisse en colle ! J'ai feuilleté rapidement mes manuels avec une optique différente: mes découpages ne vont pas très optimistes si je ne me sers que des manuels d'histoire-géo....  Il me faudrait aussi quelques magazines bien futiles et colorés.

... mes ciseaux me démangent.

rimbaud_kerouac Je n'ai malheureusement pas eu le reflexe de noter les noms des collages, et je n'ai pas retrouvé celui-ci sur ceux présentés sur le site de Roeloffs, dommage je l'adore ce Rimbaud  beatnik, même si ma photo est ratée. Mais peut-être est-ce sa route qui me plait: sinueuse mais finalement bien balisée,  rassurante même !

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08 mai 2009

Le point d'équilibre (Baker's apprentice)

L'apprenti de l'épicier est à la jonction entre deux mondes:  l'enfance oisive et joyeuse de son Anatolie natale et l'âge adulte et responsable de l'Istanbul de l'exil.
Il  n'a pas vraiment choisi, ses yeux sont bandés, il ne sait où il va. La catastrophe est imminente. Est-elle irrémédiable ?
Mon petit frère, mon double, le miroir de mon humanité vacillante.

instable  "Pour Serkan Özkaya, "ici (à Istanbul) tu n'appartiens ni à l'Est ni à l'Ouest, tu ne peux pas faire un plan sur l'avenir, tu ne sais jamais quand aura lieu le prochain  coup d'état. C'est cette situation que j'évoque en créant des personnages en situation instable comme "Baker's apprentice"." (extrait du guide de l'expostion "Istanbul traversée"palais des Beaux Art de Lille jusqu'au 12 juillet 2009)

Les explications politiques de ton créateur m'éloignent à peine un peu de toi: pour moi tu ne vis pas seulement à Istanbul,

Cliquez pour voir une photo de l'oeuvre bien meilleure que la mienne.

Posté par ada_ à 22:27 - Commentaires [4] - Permalien [#]
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04 mai 2009

Des cheveux en brosse

La mélasse qui me sert de cerveau est aussi tressée d’expressions turques bien encombrantes .

Parmi elles, « J’ai fait de mes cheveux un balai » que je tiens soit des films turcs à l’eau de rose que j’ai vus petite (et la femme amoureuse de se jeter aux pieds de l’Homme qui veut la quitter* malgré la la brillance du parquet), soit des plaintes quotidiennes de mes tantes. 

Un sacrifice en bonne et due forme qu'enfant je m’imaginais fait la tête renversée au dessus d’une pelle et d’un seau rempli d’eau savonneuse.  Un suicide original somme toute.

Dans ces conditions, l’œuvre « Blue side up » de Servet Koçyigit exposée au Palais des Beaux Arts de Lille dans le cadre de l’exposition Istanbul traversée n’aurait pas du me prendre en traître.

Pourtant je l’ai quand même reçue en pleine figure: supurge2

C'est un balai, fait uniquement de longs cheveux bruns et qui tourne  insidieusement et inlassablement en rond, monté sur un rail infernal, celui du quotidien probablement.

  

On se demande pourquoi j’ai tant de mal à passer l’aspirateur….

Mon bonheur quotidien, hebdomadaire, bi-mensuelmensuel heu ? ?

A part ça, je trouve cette chevelure magnifique. A tout hasard, je vais quand même retourner chez le coiffeur.


 

Ps: J'ai beaucoup aimé cette exposition et ses partis pris, mais je vais finalement n'en parler que petit bout par petit bout: trop de taches ménagères, plus de 250 pages des 500 et quelques du Musée de l'Innocence d'Orhan Pamuk qui me fait faire des nuits blanches et que je traîne depuis de trop longs mois  m'attendent.... :-)  il faut que je découvre si des instruments de ménage sont exposés dans ce musée amoureux.

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* oui...  comme dans Les Trois Singes de Nuri Bilge Ceylan

Le Site de Servet Koçyigit où j'ai emprunté la photo.


Posté par ada_ à 19:26 - Commentaires [8] - Permalien [#]
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