Au gré des connexions...

12/07/2010

Nous arrivons à Ancona un peu avant 19 heures. Pour gagner l'embarcadère des ferry, nous passons par ce qui semble être un quartier industriel, ou d'entrepôts. Cela sent fort les eaux usées. Nous remontons les vitres à la hâte. Je n'ai absolûment pas préparé le voyage cette année. Cela se fait sentir.... nous avons raté le dernier ferry, depuis longtemps même déjà. Nous tournons un peu dans Ancona, histoire de trouver un point de vente pour les ferry du lendemain mais sans succès. La ville semble morte. Pas assoupie mais morte, un peu comme celle de Marcovaldo, en moins riant. Près du port, des bâtiments décrépits, presque des bidonvilles. L'impression d'une ville en déshérence. Vers le centre où nus nous dirigeons, l'ambiance change un peu. De grandes places vides émaillent l'espace. L'ocre est la couleur dominante. Les lumières ne sont pas insistantes comme à Paris. Des bâtiments publics, monumentaux, suggèrent ou aspirent à une forte activité mais se drapent d'un silence vexé. C'est finale de mondial ce soir. Peut-être que les gens se préparent à assister au match. Ou sont-ils en vacances ?

 

(Je distingue un panneau avec un sigle indiquant une plage proche. Nous le prenons. Il nous fera sortir de la ville. Nous sommes sur une route sinueuse bordée de champs de fleurs de tournesols. Deux ou trois champs de lavande offrent des pauses d'une autre couleur au regard. Et la mer au fond, sage comme sur une carte postale. Bientôt nous croisons une enfilade de voitures qui vont dans le sens contraire au nôtre. Peut-être s'agit-il des habitants d'Ancona ? Puis nous débouchons sur un paysage de bord de mer riant à souhait et descendons le chemin sinueux qui coupe une fabuleuse pinède menant jusqu'aux plages: il s'agit de Porto Novo. Nous croisons deux campings. Décidons de visiter le plus proche de la mer, le municipal. Mon Dieu que de monde ! La promiscuité règne entre les caravanes et les tables de pique-nique. Des enfants en maillots de bain courent dans tous les sens. Les conversations se couvrent les unes les autres d'un parasol à l'autre. Le sol, caillouteux à souhait, n'a bien entendu rien à voir avec le gazon confortable de la nuit précédente. Mon compagnon, qui le temps d'aller voir l'emplacement que l'on nous propose, s'est fait bouffer par au moins dix moustiques se souvient tout à coup que son matelas s'est percé dans la nuit. Dormir sur ces cailloux après 8 heures de voiture ? Hors de question. Nous ressortons du camping, visitons quelques hôtels surplombant la mer et somptueusement chers et décidons de nous rabattre sur la ville. Tant pis pour la mer.

Quelques demi heures plus tard alors que le match bat son plein et que nous avons enfin trouvé un hôtel, nous errons dans les rues à la recherche d'un restaurant. En suivant les indications de l'hôtelier, nous débouchons sur une grande place sur laquelle on repère deux buvettes et beaucoup de jeunes spectateurs devant une télévision à grand écran accroché en hauteur. L'ambiance y est bon enfant, les vouvouzellas et les chants braillés à plein poumons optimistes, les glaces et la bière y coulent à flot. Mais pas de trace de nourriture. Nous demandons notre chemin dans un italien rouillé datant de mes années lycéennes. Ce doit être bien approximatif car nous peinons pour trouver un restaurant !

Nous avançons et débouchons sur une autre place. Très jolie. C'est une place qui semble faite pour l'été. Une fontaine rococo susurre en son centre. Des jeunes filles juchées sur des talons argentées passent au bras de jeunes gens en tee-shirt bien repassés. Il y a ici aussi l'impression d'espace et de tranquillité. Les habitants semblent avoir rétréci et ne parviennent pas à occuper les lieux.

Nous finissons pas trouver la rue des restaurants et installés sur une terrasse qui se veut cossue, nous attendons nos pizzas et pouvons enfin regarder la fin du match sur les deux grands écrans qui nous entourent et qui ne sont pas connectés sur la même chaîne. Nos yeux vont de l'un à l'autre, les images sont différentes, les actions semblent décalées dans le temps, les commentaires se mêlent, heureusement les voix des clients des terrasses les couvrent. Les gens s'interpellent de table à table, parlent du match, sans toutefois se connaître.

Les Italiens d'Ancona soutiennent l'Espagne. Ca paraît bien clair... Mêmes les cris de joie émis ici semblent un peu étouffés. Sur la place que nous retraversons pour regagner l'hôtel, autour des buvettes que nous avions repérées tout à l'heure, la joie est plus franche. Les jeunes gens, torse nus, sont montés sur les tables et braillent gaîment.

La nuit sera sonore, les klaxons résonneront jusqu'au matin. Nous dormons d'un sommeil entrecoupé mais réparateur. Nous avons décidé de nous lever tôt pour prendre le premier ferry annoncé.