J'ai lu Zou de Anne Véronique Herter dans des circonstances difficiles, à l'hôpital, au chevet de ma fille.

Ce ne devait pas être les conditions idéales.

On y fait la connaissance de Chance, l'héroïne, à un moment décisif de sa vie, celui où sa famille doit vendre la propriété familiale qui a été le témoin des vacances de son enfance. Or cette maison représente beaucoup pour Chance: dans ses pierres sont inscrites les destinées de chacun des membres de la famille depuis l'arrière-grand-père, un peintre américain qui est tombé en amour pour cette belle région qu'est la Bretagne.

C'est une famille passionnante mais aussi fortement toxique (comme toutes les familles ?) que celle de Chance. L'attachement à cette maison représente aussi tous les noeuds que l'héroïne qui se croit maudite même si son prénom clame le contraire, n'est pas parvenue à défaire alors qu'elle atteint la quarantaine. Il faut dire que sa naissance a suivi de peu la mort d'un frère idéalisé par toute la famille et surtout par la grand-mère. Un frère absent auquel l'héroïne ne peut donc jamais se mesurer directement mais auquel tout et tous (croit-elle ?) la ramènenent et en particulier cette grand-mère, femme malheureuse qui se complet dans la douleur de la perte en entretenant de ce fait celle de sa famille. Chance est tombée dans ce piège et traîne sa vie plus qu'elle ne la construit.

A la suite de cette vente forcée commence alors ce que mes amies blogueuses (Stephie, Leil...) ont appelé une sorte d'analyse. Cette analyse se fait -évidemment- par l'écriture d'un livre. C'est probablement le point qui m'a le plus agacée d'ailleurs, un peu comme si on voyait les fils blancs de l'analyse. Beaucoup de voix s'invitent à cette analyse, certaines justes et fort lyriques que je vous laisse découvrir, d'autres encore une fois cousues de fil blanc comme celle de l'ordinateur sur lequel Chance pianote avec difficulté son récit libérateur.

Le but bien entendu est de parvenir à l'expression du titre, au passage à l'action, au « ZOU  ! » encourageant. Chance y parviendra-t-elle ? Quels chemins devra-t-elle suivre, sur quelles pierres blanches ou grises , quelles touches du clavier, quelles voix disparues, pourra-t-elle s'appuyer ?

 

C'est un joli premier roman qui aurait dû me parler davantage: je suis en effet moi-même née après la mort d'un frère que tout le monde m'a présenté comme étant beau comme le ciel. Lire l'évolution du personnage m'aurait peut-être intéressée dans d'autres circonstances. Certains passages, je le répète encore une fois, fort lyriques auraient pu me toucher. Mais là je n'y ai malheureusement vu que les tribulations larmoyantes d'une gosse de riche ayant perdu un peu de sa richesse et qui s'est complue trop longtemps dans le malheur. Bref,  je n'étais probablement pas en état d'accueillir ce livre. Cela dit, cette lecture "obligatoire" m'a occupée un peu, et rien que pour ça, je suis contente de l'avoir lu ce petit roman et d'avoir dû écrire cette chronique pour les Match de Price Minister.