Iles où l'on ne prendra jamais terre

Iles où l'on ne prendra jamais terre

21 mai 2008

Education civique... et wikipedia

Mes élèves ont fait une sacrée découverte hier. En éducation civique ils m'ont enfin entendue et comprennent désormais l'idée qu'il faut s'interroger sur les sources qu'ils utilisent pour leurs exposés, notamment sur internet.
Pourtant j'ai du leur dire ça une bonne dizaine de fois depuis le début de l'année, mais je n'ai pas été aussi convaincante que D., mon élève de 2nde qui lors d'une recherche effectuée en classe sur internet a découvert qu'il pouvait modifier le wikipedia. Comme ils étaient tous fous de joie de la découverte, j'ai été obligée d'écourter la séance: ils s'étaient mis à ajouter des "détails" un peu partout....  Je considère quand même que c'est un progrès, à défaut du point de vue de la source, ils se sont interrogés sur les capacités et la bonne foi du rédacteur  !
Je suis quand même désolée pour le wikipedia... qui s'en remettra hein ?

 

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21 novembre 2007

Corriger n'importe où nuit gravement à l'équilibre du professeur

« L’hyperpuissance des Etats-Unis se voit aussi dans le succès de son cinéma», explique mon élève Adil dans sa copie d’histoire.

Je corrige laborieusement dans le hall quasi désert du conservatoire municipal en attendant que ma fille sorte de son cours de solfège.

-          Vous les avez vus hier, il pleuvait hein, ben faut croire qu’ils n’ont que ça à faire, à brailler et à saloper les rues en distribuant des tracts avec des tas de noms de groupuscules cocos  inconnus.

Deux parents patientent  à l’autre bout du hall. Un homme grand avec un torse très développé et des jambes fluettes, une tête carrée dont l’arrière tombe à pic, et au cheveu rare mais long. Il a une voix exagérément basse mais qui de temps en temps ne peut se retenir de s’aiguiser. Une dame, la quarantaine,  boit ses paroles. Elle a un teint foncé et un léger accent oriental.

Ma curiosité en partie satisfaite je retourne à ma copie.

« Aussi  les Etats-Unis a à faire face à une grande de pauvreté", poursuit Adil qui parle des  paysages laissés par le cyclone Katrina. »

Je souligne le verbe, distraitement. J’ai perdu le fil et ne sait plus comment Adil est passé du cinéma à la pauvreté. Je retourne cinq lignes plus haut pour vérifier.

-          Ah bah 8 mille euros quand même, c’est pas beaucoup, en plus qu’il a une pension à payer maintenant, poursuit l’homme à la voix de basse contrainte.

Là aussi j’ai raté le fil, mais m’imagine que l'interlocutrice a du donner l’argument de l’augmentation du pouvoir d’achat des uns ou plutôt de celui (qui conquit la toison, m'égarai-je).

-          Quand même 20000 euros c’est beaucoup, moi aussi mon fils est dans un collège privé, j’ai pas besoin d’autant. Mais, c’est vrai vous avez raison, concède-telle d’une voix plus douce, il faut bien qu’il donne le change à sa collègue allemande.

Pourquoi elle a pris cette voix-là pour parler d’Angela Merkel ? Aurais-je raté les derniers ragots sur la vie sexuelle du petit agité ? Mais la réponse de l’homme me remet dans la bonne interprétation : tout à coup il se met à parler de sa femme à lui. Ah bon c’était une bête tactique de drague ?

-          Grâce à ma femme je connais d’autres pays, et ce qu’il faut savoir c’est qu’ici c’est bien gentil en fait. On se rend pas compte c’est l’A-ssis-ta-nat ici.

-          Oui vous avez raison, dit la femme qui a quand même changé de voix, à croire qu’il avait flairé juste l’homme à la tête carrée, conduire des métros ça doit être pénible dans le noir, mais moi aussi je bosse et ce n’est pas facile.

-          On ne rend pas compte dit l’homme qui n’a visiblement pas l’intention de lâcher le mot qu’il n’a pas eu le temps de développer, c’est l’assistanat ici. Moi je ne suis pas l’assistanat et dans le pays de ma femme non plus. Il faudrait laisser les gens se démerder un peu. On verra après. Mais les gens veulent pas bosser hein. Veulent pas se lever à cinq heures du matin. J’ai fait ça tout ma vie moi, et aujourd’hui j’ai acheté un pavillon.

-          Mais vous vous avez encore des valeurs, c’est pas pareil. Dans notre société des valeurs on n’en a plus. D’ailleurs je vois bien moi dans le bus plus personne se lève pour les personnes âgées. Et au fait elle est d’où votre femme ?

-          De Colombie répond l’homme, et c’est autre chose.

-          Moi je suis d’Iran poursuit la dame. Et c’est vrai que là-bas quand les gens ont des problèmes ils attendent pas que l’Etat vienne les aider. Déjà ils s’aident entre eux.

Dans un sursaut de je ne sais pas quoi,  peut-être poussée par des mollahs iraniens qui grimacent une java endiablée dans ma tête,  je retourne à mon travail. 

«Vu l’état de l’Europe,  continue Adil en conclusion de sa copie, les Etats-Unis n’ont pas de concurrent, à part les terroristes. »

Je dois arrêter de corriger mes copies n’importe où, ça me confusionne et  me donne des idées violentes. Adil aura-t-il une bonne note ?

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23 octobre 2007

collage de délégués

Les élèves ont donc élu leurs délégués, de façon très sérieuse, avec bulletin vraiment secret, isoloir et tout et tout.

Et je m’aperçois non sans rire aujourd’hui que jusqu’à maintenant, comme par hasard, je n’ai collé que les délégués (avant et après les élections).  Pour insultes dirigées sur les copains, bavardages , pitreries.

Je me demande si mes zigotos n’auraient pas une tendance à se choisir des leaders négatifs…

Quoi la démocratie ?

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29 juin 2007

Fin d'année scolaire

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Posté par ada_ à 15:51 - Vie du bahut - Commentaires [3] - Permalien [#]

13 juin 2007

Jour J -5

Cela me manque de ne plus avoir de temps pour « tenir » ce blog, de divaguer en ricochant. J’en ai pris un retard ! J’espère le combler bientôt, j’ai quelques brouillons d’avance et je vais me fixer deux dates de publication par semaine : le mercredi et le dimanche. Sinon je ne vais pas avancer !

Et puis ça y est, ou presque, mes élèves vont passer le bac de français et d’histoire-géographie la semaine prochaine, alors je vais être libérée de notre stress collectif. En effet, je suis presque aussi stressée que mes élèves. Ils ont fait du bon boulot depuis quelques temps pourtant !

Comme beaucoup ne viennent plus depuis la tenue des conseils de classe, on a actuellement les conditions idéales pour travailler. Seuls les plus motivés sont là. Ce qui fait quand même environ une quinzaine d'élèves par classe (au lieu des 30 habituels). Et comme ils se répartissent entre mes collègues et moi selon leurs faiblesses, c’est comme s’ils avaient des profs particuliers au lycée  ! A ce jeu, certains ont bien compris qu’ils ne pourraient que sortir gagnants: ils sont venus tous les jours, régulièrement, sérieusement. Je suis même épatée de la masse de travail qu’ils ont abattu.  J’adore travailler comme ça avec eux. (même si l'absentéïsme des autres  coûte cher à la collectivité… ) Car j’ai enfin l’occasion de me pencher sur chaque élève particulièrement. Certains ont, du coup, eu de véritables déclics. Comme cela fait plaisir de les voir contents d’eux. C’est un bien chouette métier que le mien. J’adore les mois de juin des lycées pro ! Les secondes BEP et les 1ère Bac pro sont en stage, les terminales BEP passent leurs examens. Il ne reste donc plus que plus les Bac pro. Cette année j’ai deux terminales bac pro. Alors je suis sur le pont en permanence.

L’autre jour, je me promenais avec une amie du côté des jardins de l’Arsenal dans le quartier Bastille et nous avons croisé plusieurs groupes de jeunes admiratrices de chanteuses gothiques, toutes de noir vêtues avec des teints blafards et des lèvres rouges. Mon amie m’a demandé si j’avais moi aussi des élèves de cette sorte. Je n’y avais jamais pensé mais non. Je n’ai aucune élève gothique. Preuve encore s’il en fallait une que les classes sociales ne sont pas dépassées ! Chaque classe ses passages difficiles hein, nos jeunes à nous en lycée professionnel du tertiaire vont déjà avoir beaucoup de mal à s’insérer dans la société par ailleurs, inutile alors qu’ils se fabriquent des bobos à l’âme du style gothique. Je simplifie certes, mais n’empêche…

Moi j’ai juste des répliques de Beyoncé ou de Jenifer Lopez. Ou des chenilles difficiles à influencer comme M.

M. est l’une de mes élèves de bac pro tertaire. Il y a deux ans elle était tellement timide que je crois n’avoir pas entendu sa voix avant décembre. Contrairement à mes autres élèves dont certaines ont toujours leur miroir à portée main et vérifient leur reflet avant de quitter la classe, elle ne changeait pas de coiffure tous les jours, ne se maquillait pas, n'avait pas les sourcils épilés ni les ongles bordés d'un fin liseré blanc impeccable à la "french".  Elle avait beaucoup de difficultés M. à l’oral comme à l’écrit. Mais je n'ai jamais vu quelqu'un travailler comme ça ! Avec une réelle opiniâtreté, me demandant régulièrement des devois supplémentaires. Puis petit à petit, elle a mué, gagnant même une sorte de respect d'une classe qui a pourtant le mépris facile. Il y a quelques semaines, elle a même fait un excellent exposé devant une classe a priori hostile mais vite conquise. Une quinzaine de minutes ! Jamais je n'aurais cru cela possible l'année dernière.

Je suis vraiment fière d’elle et j’espère qu’elle va avoir son bac de manière très honorable. Elle n'est pas la seule dont je suis fière d'ailleurs. J'ai vraiment eu des classes adorales ces deux années.

Les résultats des mutations vont bientôt tomber. Et je regarde mes élèves (que j’ai quand même vus 9 heures par semaines depuis deux ans !) avec une douce nostalgie, sachant que je vais les quitter. Que je vais quitter le lycée. Espérant que là où j’arriverai j’en aurai qui me feront autant confiance qu’eux. Là, aujourd’hui je reconnais que j’ai un peu peur... Certes, je vais avoir moins de transport , mais où vais-je tomber ? Dans quel lycée ? Batîment ? Mode ? Tertaire encore ? Vais-je même avoir un poste fixe ? Je pressens les remplacements, longue durée mais remplacements quand même… Pour l’instant j’essaie de me rassurer en me disant que quoi qu’il arrive j’aurai deux heures de plus par jour ! Deux heures ! Quel luxe !

Que vais-je bien en faire de ces deux heures ? J’ai bien quelques idées… Encore faut-il choisir !

Posté par ada_ à 19:13 - Vie du bahut - Commentaires [17] - Permalien [#]

07 avril 2007

Sondages

Mes élèves ont préparé et fait circuler un sondage dans les classes voisines. Ils voulaient notamment savoir si leurs camarades étaient inscrits sur les listes électorales et pour qui ils allaient voter.
Résultat des courses: Sur 93 réponses, 89 élèves délarent être inscrits .

Après dépouillement, réaction salutaire de M. apprenti vendeur, et bonne tranche de rigolade de ses camarades : "oh les nuls hé, c'est pas possible,  une bonne moitié n'a pas 18 ans et en plus il y en a au moins 5 ou 6 qui ne sont pas français."

J'ai encouragé M. à poursuivre son raisonnement: "quand même cela veut dire qu'ils considèrent que c'est une bonne chose d'être inscrit sur les listes, c'était la bonne réponse à cocher quoi, ou peut-être qu'ils voulaient nous faire plaisir ? ".

Très instructif ce travail. Ils ont adoré et moi aussi.

Posté par ada_ à 20:29 - Vie du bahut - Commentaires [0] - Permalien [#]

19 octobre 2006

Un silence pesant

Un silence pesant s’est installé sur une partie de ma classe des adorables.
Les élèves ont à faire face à quelque chose qui les dépasse. Je suis au courant puisque l’élève concernée est venue me le dire. Je ne sais pas quoi faire parce qu’elle m’a demandé de la discrétion. Mais aux échanges qui me parviennent, je sais qu’il y a au mois 4-5 élèves à qui elle s’est confiée aussi. En revanche elle n’en a pas parlé aux autres professeurs.  C’est une élève majeure et je sais qu'elle est très entourée par sa famille. Cela me rassure mais je suis infichue ne serait-ce que de lui demander de rester après la classe pour m’assurer qu’elle a tout le soutien que nécessite la situation, parce que je la sens fuyante.
En cours, quand je croise son regard j’y vois une blessure. Qu’il faudrait soigner. Ses amis portent la blessure aussi et forment un mur autour d’elle, prêts à sortir becs et ongles.
Et moi je me sens bien impuissante avec mes sous-entendus. J’ai juste pu suggérer qu’en cas de «problème», nous avions une CPE très compétente et humaine.
Je ne sais pas comment des élèves si jeunes peuvent porter ça. Ce matin, elle m’a rendu son évaluation comme les autres.
A l'IUFM, nous n'avons pas posé ne serait-ce qu'une seule fois la question : que  faire en pareil cas ? On bidouille. On rafistole, chacun selon son sens des responsabilités, sa sensibilité. Du coup c'est très très approximatif. Et je me sens très très impuissante.

Posté par ada_ à 17:32 - Vie du bahut - Commentaires [5] - Permalien [#]

21 mai 2006

Au fait...

Je ne vous l'ai pas dit, car je ne voulais pas parler de mes élèves sur ce nouveau blog... mais l'envie (et la fierté) sont trop grandes: l'un de mes élèves (dont vous avez lu la nouvelle sur l'ancien blog) a remporté un prix (une semaine de vacances dans un pays voisin) au concours auquel la classe a participé... parmi 6300 participants quand même...

On a fait la fête !

Posté par ada_ à 11:36 - Vie du bahut - Commentaires [11] - Permalien [#]



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