Deuxième jour de voyage. Au réveil, le chant des oiseaux fait oublier les gouttes qui vous tombent sur le dos en sortant à quatre pattes du nid.  Par chance le matelas gonflable s'est percé dans la nuit et nous avons une chose de moins à caser dans le coffre de la voiture. Mais nous mettons un temps infini à essayer de plier la tente qui n'a visiblement pas envie de tester les rayons plus ardents des trois pays qui l'attendent. Allez, on réessaie....  L'idée ne nous serait même pas venue à l'esprit que nous pourrions avoir du mal à plier un bout de toile tendue de baleines. Une demi-heure plus tard, fillette, futée et impatiente, nous signale que deux emplacements plus loin une famille possède la même tente, de la même couleur que la sienne en plus.... 

J'ai compris le message: la couleur est primordiale dans le pliage. Je finis, allez  le ridicule ne tue pas, par aller demander à ces gens qui aiment le même fichu turquoise que notre fillette,  si quelqu'un peut nous aider à nous en aller... . C'est une femme alerte qui vient à la rescousse, même pas moqueuse. Sa mère et son fils viennent aussi, l'une tenant un petit chien hargneux à bout de laisse, l'autre poussant de la pointe de sa sandalette un ballon en plastique à l'effigie de Bob l'éponge. Au moins faisons nous distraction. J'ai comme une petite peur que cela ne dure longtemps.

- J'ai eu un mal de chien les premières fois moi aussi, dit-la femme. On m'a aidée plus d'une fois ! 

En deux temps trois mouvements elle a plié et rangé la grande tente. J'imite ses gestes sur la petite tente de ma fille et trouve l'opération si simple que.....  cela m'en rend heureuse. Rien que ça. Les choses qui paraissent compliquées, dis-je, même pas honteuse de ma philosophie à un franc, ne le sont pas toujours et il suffit de changer de place, de regarder quelqu'un faire et hop, c'est parti !

Mon compagnon me demande si je suis sûre d'avoir compris et de réussir à refaire la même chose demain. 

On verra bien.... Notre sauveuse nous explique qu'elle et sa famille étaient en train de suivre le tour de France en camping-car quand ils ont croisé la beauté du lac de Nantua et décidé de rester se baigner. Suivre le tour de France. Voilà une idée qui me parait bien exotique. Je pense aux Triplettes de Belleville, la seule chose que je connaisse au sujet de la petite reine et regarde avec plus de sympathie le petit chien qui tire toujours sur sa laisse. Je me dis avec profondeur que finalement ce pays qui est devenu le mien m'est bien étranger, au fond. Dans un sursaut salutaire, constatant que ma philosophie ne décolle toujours pas de son franc, je me réjouis d'avoir emporté plein de CD sympathiques pour chanter et m'empêcher d'avoir d'autres profondes et ruineuses pensées dans la voiture. 

Et nous voilà partis. Direction le tunnel du Mont Blanc.