11 novembre 2009
Marathon d'écriture
Les marathons d'écriture recommencent le week-end prochain ! Chouette chouette ! Je vais participer ! La dernière fois j'avais adoré lire les textes des autres participants.
D'ici là, et parce que les textes écrits lors la dernière session vont être effacés, je rapatrie ici un ou deux textes écrits là-bas en mai dernier, que j'ai envie de garder.
Presque deux heures déjà que j’ai commencé. L’ordi chauffe dangereusement. J’ai un creux au bout des doigts. Ah zut. Je vois les feuilles des arbres se balancer derrière ma fenêtre. Quand même tu serais mieux
assise à une table.
Il faudrait que tu te trouves un bureau où travailler. Je n’aime pas les bureaux. J’en ai un dans la cuisine, le seul endroit acceptable pour un bureau. Mais je ne m’y asseois que rarement, il me sert juste à empiler mes dossiers, mes cours. D’ailleurs tu devrais prendre une heure pour le vider, maintenant que tu vas encore changer de niveau et même de discipline, pas la
peine de garder ces cours d’histoire dont tu ne te resserviras jamais. D’ailleurs chaque année tu te demandes pourquoi tu les gardes puisque de toutes façons tu ne les réutilises jamais. On ne sait jamais dis-tu, un jour de grande bourre, tu pourrais ressortir quelque chose de tout fait. Bah non, de toutes façons c’est tellement mal classé, que tu aurais plus vite fait de concevoir un cours complet que de remettre la main sur celui auquel tu penses. Alors ?
Pourquoi tu ne jettes pas ?
Demain ! Voilà je jetterai demain !
Tu dis ça depuis presqu’un mois. Depuis que tu sais que tu vas encore changer d’établissement l’année prochaine, depuis ce concours.
Le provisoire dure. Le provisoire a la dent dure. Il te croque par petits bouts. Quand même si tu avais fait place nette ou même installé un coin de table dans le salon, tu serais mieux pour tapoter sur l’ordi. Là tu vas avoir mal au dos, avachie dans ce canapé.
Oui mais le bout de table, il faudrait le choisir, sortir, aller l’acheter. Tu as horreur de ça de fixer les choses comme si cela te
forçait à assumer des choix.
Là tu es tranquille, tu n’as pas à choisir, puisque c’est provisoire.
Travailler dans le salon ? Dans la cuisine ? Dans ta chambre ? Dormir ? Oui dormir. Doucement rêver.
Tu voudrais vivre dans un hôtel. Ce ne serait pas chez toi.
Tu ne te verrais pas en permanence en miroir dans cette façon d’habiter les lieux sans y toucher, comme si tu avais peur de déranger les murs en y accrochant la moindre image qui pourrait trahir ton intimité, ta place, tes aspirations. A mon avis tu as trop avalé de sociologie. Mal digéré. Bourdieu a-t-il jamais su les affres dans lesquels il allait plonger ses lecteurs en écrivant La Distinction ?? Les affres de la décoration-miroir. Pourtant tes parents, ils n’ont pas lu Bourdieu mais ont le même rapport aux murs. Ah tiens cela vient de la yourte de mes ancêtres nomades alors cette phobie décorative ? C’est sûr avec une yourte il n’y a pas besoin de tableaux pour orner les murs…
02 novembre 2009
Même pas mal
D'abord en Bretagne, il ne fait jamais beau. Et même quand il ne pleut pas, ton brushing se carapatte rapport aux goutellettes qui planent dans l'air en permanence. Dans la maison froide et sombre où l'on vous coince, la morne grisaille vous tombe même dessus. Le ciel pèse comme un couvercle.
Et puis les gens n'y sont pas du tout accueillants. Ils sont coupants comme les cailloux de leurs plages étriquées. Leur oeil ne pétille pas d'intelligence, de malice ou de bienveillance. Ils te font manger des drôles de bestioles avec des carapaces qui piquent et te blessent la langue. Ils essaient même de te faire croire que tu avales du bon poisson, mais toi tu as bien vu la tête de l'horrible bestiole sole dans les bacs de la Criée où de plus ils ont essayé de te frigorifier. Ils te refilent des crêpes même au petit-déjeûner. Infâme. Ils essaient de te refourguer chez leurs voisins qui eux aussi t'empoisonnent

avec leur délicatesse et te filent des bouffées de chaleur et cinq kilos* de plus. Pouah. Ils n'arrêtent pas de te montrer des bateaux, pour te faire comprendre que tu ferais mieux de te noyer au cas où tu n'aurais pas capté que les envies de voyage, oui hein, bof. Ils exploitent même tes bras et te font ranger tout leur bois pour l'hiver en un moment d'effort simple et partagé dont tu te souviendras longtemps. Pire, ils t'offrent des petits pains soi-disant faits maison, mais secs comme les cailloux du Petit Poucet, te lestent de gelée de pomme trop parfumée et d'un en-cas d'orphelin jusque dans le train de ton retour pour t'éviter de goûter aux délicieux et raffinés sandwiches de la SNCF dont pourtant tu avais rêvé.
Tu reviens de là dégoûtée: on t' a volé ton précieux malheur que tu avais pourtant si délicatement et si précieusement tricoté depuis ton retour d'Egée.
(Boutoucoat: je veux bien quand même la recette de ton far aux pruneaux ! )
25 octobre 2009
Vracances...
(les Buttes Chaumont, installation pour la Nuit Blanche.)
Qu'est-ce que c'est bon d'être en vacances ! J'ai l'impression d'être affamée et j'ai déjà vu deux expos, l'une à la BNF et l'autre au Grand Palais: mon coeur balance entre la Cornouailles (la légende arthurienne) et Istanbul (de Byzance à Istanbul). Les deux expositions étaient impressionnantes de pédagogisme mais j'ai trop la flemme d'en parler plus avant ici: "Interrogeons notre propre rapport à l'écriture nous, profs, qui n'arrêtons pas de demander d'écrire et d'analyser à nos élèves" fut-il dit à l'IUFM (pour justifier, parce qu'apparemment cela ne va pas de soi, le fait que l'on demande aux pauvres stagiaires que nous sommes un énième rapport sur nos pratiques).... Oui, allez interrogeons-nous tiens, j'adore ça moi !
En attendant, pfiout au lit: je vais lire des recettes de cuisine de la table du grand turc, bouquin historico-cullinaire de Yérasimos pour lequel j'ai craqué au sortir de l'expo du Grand Palais. Et puis c'est tout. Comme ça, dans la foulée, je pourrai aussi interroger mon rapport à la lecture, moi qui ai donné plein de livres à mes élèves pour les vacances gniark gniark... Que ne ferais-je pas pour l'Iufm ! (J'attends quand même avec impatience de pouvoir lire autre chose que des livres de grammaire et de la littérature jeunesse... et notamment les deux romans de Mehmet Yashin dont je vais avoir l'honneur de dire quelques poèmes ! )
En ce moment j'ai l'impression d'avoir un sky-blog, même mes élèves ont des billets plus élaborés sur leurs blogs... Tant pis, c'est bon de régresser parfois ! Il tombe bien le livre de Yérasimos, même les plats de viande y semblent tous sucrés ! Les sultans ottomans devaient avoir plein de caries.
18 octobre 2009
"Et l'ambiguïté alors ?"
"Et ce désir absurde - est-ce l'air du temps ou l'exigence de financiers stupides... - de vouloir éclairer des zones d'ombre qui devraient le rester. De poser chaque point sur chaque i (lors du dénouement, surtout), afin de ne pas désorienter un tant soit peu le spectateur. Cette rage contemporaine de vouloir tout savoir, tout comprendre est une calamité. Et l'ambiguïté, alors ? Et le mystère ?"
Pierre Murat à propos du film Mères et filles de Julie Lopes Curval (
Je ne sais pas si je finirai par aller voir ce film, sûrement que non, j'en ai un peu assez de ces histoires sempiternelles. Presque trois semaines depuis que ma mère me fait le grand jeu du silence, tu m'aimes pas alors je t'ignore, t'es plus ma fille, va voir ton père.
Ce qui est certain c'est que je me sens très en colère, d'une colère de femme que l'on replace dans ses cauchemars de petite fille. Cela pourrait prendre la forme doucereuse d'un homme portant un chapeau melon, oui pourquoi pas un chapeau melon, et qui se pencherait pour me demander en m'offrant une sucette empoisonnée: "Alors petite, qui tu préfères: ton papa ou ta maman ?"
Sauf que le chapeau, c'est ma mère qui le porte.
Ah bah oui, j'aurais tout aussi bien pu parler de l'accord arméno-turc et de mes frères Azéris. J'aurais pu. Mais d'après ma mère, je n'ai pas de frère. Tiens, il me semblait pourtant.... Non ! Comment voulez-vous que je ne sois pas égoïstement égocentrique avec une mère pareille ? Un psy peut-être à défaut d'action politique ? Mouais, pas convaincue, si je pense au fait que c'est depuis que ma mère voit un psy qu'elle me fait la gueule.
Et l'ambiguïté alors ? Et le mystère ? J'en ai en stock en pagaille. De quoi faire un bon scénario sûrement. Une vie ? Hum ??? On repassera.
11 octobre 2009
EPM
J'ai:
- comme UNE envie de fiche le camp: EPM !
27 septembre 2009
En attendant
26 septembre 2009
Les autres enfants de mon père
Cet été à Antalya, en allant chez ma demi-soeur F., j'ai pu réunir les quatre enfants de mon père: S. nous a rejoints après 19 heures de bus et une autorisation maritale arrachée après une âpre discussion.
Mes demi-soeurs sont très différentes l'une de l'autre et se chamaillent en permanence. J'aime à les regarder essayer d'influencer la vie l'une de l'autre. Je pense à mon enfance solitaire quand elles me racontent les bagarres mémorables qu'elles ont eues petites. Et F. me montre la cicatrice encore visible de la fourchette que S. lui avait plantée dans le genou. Je suis écrasée par la violence dont elles me parlent parfois, celle qu'elles ont eu à subir, de la part essentiellement des autres membres de la famille, puis de leurs maris. Elles disent souvent qu'avec un père présent à leurs côtés, rien de tout cela ne leur serait arrivé. Dans ces cas-là, je préfère me taire et passe sous silence le soutien sans faille de mon père (le leur !) dans ma vie. Je ne peux m'empêcher de me sentir coupable, même si je sais que je n'y suis pour rien. Parfois, j'essaie de leur expliquer aussi ce que peuvent avoir de pesant les attentes d'un père. Mais je sens bien que cela leur semble bien léger et que nous parlons pas des mêmes choses.
Dans le même temps, je suis soufflée par leur bienveillance à mon égard et plus encore à l'égard de leur père, qui certes, ne les a jamais abandonnés matériellement mais a été l'éternel absent, l'éternel coupable. Elles me parlent aussi de mon grand-père qui les a élevés et qui a été un vrai père pour eux. Je regrette de ne pas l'avoir connu. Mais ma mère ne me permettait pas d'aller chez eux. A l'époque je ne comprenais pas pourquoi. Je crois qu'elle me disait que c'était parce que ma grand-mère avait causé la mort de son premier enfant, le fils qu'elle avait eu avant moi. Evidemment, je n'insistais pas.
Je passe aussi sous silence la pression de la douleur de ma mère à moi à me savoir, moi sa fille, auprès d'eux, à entendre sa petite fille tisser des liens avec ses cousins.
J'ai du mal à leur demander des nouvelles de leur mère. Je sais qu'elle passe l'été dans la maison de mes grand-parents paternels qu'elle a gardée en héritage quand ils sont morts et qui d'ailleurs lui revenait de plein droit car, après son union avec mon père, voulue par ma grand-mère, elle a passé toute sa vie dans cette maison à servir mes grands-parents qui ont élevé ses enfants en l'absence de leur fils. Elle a toujours refusé de partir, même quand mon père s'est marié officiellement avec une autre femme, ma mère.
Quand mes soeurs me parlent d'elle c'est toujours pour évoquer l'amour indéfectible qu'elle a éprouvé et éprouve toujours pour mon père. Il faut bien l'avouer: "c'est parce qu'il n'était jamais là, qu'elle l'aimait comme ça", rie ma soeur S.... Evidemment qu'il n'était pas là, ma mère ne supportait pas qu'il y aille, et pour cause !
Je me demande pourquoi je fais tout ça. Rien ne m'oblige à aller là-bas, à les revoir, à essayer de construire une fratrie artificielle. Tout cela me coûte, car cela mine ma relation avec ma mère. Car l'ombre de l'autre femme plane toujours. Pourquoi est-ce que je le fais ? Est-ce parce que la solitude qui fut la mienne, enfant, me pèse toujours ? Est-ce parce que je n'ai pas envie de poursuivre avec ma fille l'omerta imposée par ma mère et ses soeurs ?
Est-ce par égard et par attachement pour mon père ? Il a pleuré au téléphone quand je l'ai appelé à mon arrivée à Antalya et qu'il a su que son autre fille S et son fils nous avaient rejoints. "Tu as fait ce dont j'ai toujours rêvé, a-t-il dit, réunir mes quatre enfants !" (et leurs enfants !)
A mon retour à Paris, il a regardé longuement les photos et films que j'avais ramenés, a écouté les chants que nous avions chantés, puisque comme lui son fils joue du saz... et quelques jours plus tard, il a pris son billet d'avion. Il m'a avoué qu'il en stressait tellement qu'il ne dormait plus.
Je crois aussi que j'ai été profondément influencée par le Café des Platanes de Samantdi et aussi par les récits de Kozlika sur les Ricochets des blogueurs. Leurs récits m'ont permis de mieux comprendre "l'autre côté". Je les en remercie vivement. Et dire que mon père ne saura jamais ce qu'il leur doit !
C'est sûrement aussi parce que je sens que la réconciliation avec cette part-là de notre histoire familiale est nécessaire à notre paix future. La retraite de mes parents approche, et je sens que les décisions vont être orageuses et difficiles et qu'il faut pacifier tout cela en amont car à priori mes parents ne resteront pas en France. Mais vont-ils s'entendre sur le lieu où ils s'installeront ?
Je me demande vraiment ce que ma mère va faire de tout cela, elle qui, cette fois encore, a préparé la valise de mon père. Je crois que ce qui m'énerve et me fatigue le plus dans l'histoire c'est son indécision et son malheur permanent qui rejaillit en permanence. C'est la difficulté à être femme, peut-être.
Mon père est "là-bas" en ce moment, et je me suis entendue au téléphone lui demander de passer le bonjour à "l'autre" femme. Ma mère, ce soir-là, a du se demander pourquoi je lui disais mon amour filial avec tant d'insistance. Et puis merde hein.
25 septembre 2009
Mes petits samouraïs
Les garçons de 5ème C ont tous les cheveux longs. Aujourd'hui, ils sont entrés dans la salle de classe avec des couettes et des palmiers sur la tête. Ils m'ont annoncé qu'ils jouaient aux samouraï. Comment voulez-vous que je sévisse avec des bambins pareils ? Mes collègues se plaignent de leurs bavardages tandis que je m'extasie sur leur envie de lire et de découvrir.
Ils peuvent aussi devenir graves et tenir des réflexions très matures sur les textes qu'ils lisent. Sur "Pauvre petit garçon" de Dino Buzzati, par exemple, ils m'ont vraiment épatée. Je m'amuse comme une folle. J'ai l'impression d'exercer un nouveau métier. Je suis fatiguée à la fin d'une journée de cours mais cela n'a rien à voir avec l'épuisement nerveux des journées de l'an dernier.
Je stresse cependant de décevoir leurs attentes. Il ne faut pas émousser leur curiosité et leur bienveillance vis à vis de l'école. Comment faire pour éviter qu'ils ne deviennent comme les 4ème, avec lesquels... c'est une autre histoire... Qu'est-ce qui les rend bêtes en six mois : les hormones ou l'école ? Je me demande...
Vue du balcon - Akyaka

descendre les escaliers, tout doucement, vers la mer

et dans l'eau fraîche, gratter les morsures des moustiques voraces de la nuit.

Il va falloir attendre 10 mois pour retourner à Akyaka !
21 septembre 2009
Restée en Egée
Cela fait trois semaines que je suis à Paris. Je ne peux me plaindre de rien cette année, j'ai des 5èmes adorables, des 4èmes bavards mais enthousiastes, j'ai refusé les BTS dévoreurs de temps, je vais au collège à pied, en passant dans un joli parc... et pourtant mon coeur est resté en Egée*. C'est sûrement parce que l'embarcadère des ferry sur le front de mer à Izmir arbore mon pseudo....


et voici l'une des deux demoiselles qui veillent sur l'entrée de l'avenue commerçante de Karsiyaka et la réputation des filles d'Izmir.
Promis, un des ces quatre, j'écris un vrai billet. Ou pas ?
* titre d'une chanson de Sezen Aksu.
19 septembre 2009
Conversations bleues
Toujours à Izmir, sur le front de mer.


La vendeuse de maïs
Sur le front de mer à Izmir, le commerce de la belle vendeuse de maïs, même en plein mois de Ramadan, ne se se portait pas trop mal.


31 août 2009
Le mauvais oeil
Ma jolie coiffeuse smyrniote au nom de printemps m'a fait une dernière manicure. Elle a dessiné une perle contre le mauvais oeil directement sur l'ongle de l'annulaire. Après cette dernière coquetterie, je ne sais pas comment, mais je suis rentrée à Paris. J'ai dormi dans l'avion, d'un sommeil de cent ans. Il fait frais ici, cela fait bizarre de dormir avec une couverture.
26 août 2009
Qui veut des börek ? - De l'est...bien sur !
J'ai préparé des börek fourrés aux épinards pour la suite des Couettes de la discorde.
Je n'ai pas envie, je ne sais pas trop pourquoi, de les partager ici.
Si quelqu'un en veut je peux les envoyer par couriel... sinon je mange tout avec Dilek. On n'est plus a une ou deux calories pres...
Et sinon, je suis toujours en Turquie !
11 août 2009
Se brûler les ailes
Babadagi, montagne du père. C'est à son sommet à 1900 mètres au dessus de la mer d'Ölüdeniz que nous ont conduits cette fois nos pas, guidés par un compagnon d'Icare à l'éloquence tout aussi rassurante qu'attirante.
Plage d'Ölüdeniz, mer morte en turc, nous lorgnons du côté des coussins colorés négligemment posés là pour attirer les indolents, mais nos regards sont attirés par les ailes colorées qui tourbillonnent bien au dessus de nous puis qui se posent avec légèreté sur la piste entre les cafés et les chaises longues de la plage. Nous nous arrêtons et levons les yeux au ciel. Fascinés, craintifs.
Un jeune homme à l'allure sportive nous observe en souriant, hospitalier. Les marques de ses lunettes comme deux minces indices sur ses tempes. Des griffures de Phébus, un signe de ralliement.
"Je vois bien que vous en avez envie, nous dit-il, mais une petite peur vous retient. Je comprends que l'idée de quitter sa condition humaine et se mesurer aux dieux puisse vous effrayer.
Vous allez me dire que vous avez peur de l'altitude. Laissez-moi vous révéler ceci: personne n'a peur de l'altitude. C'est de tomber que les gens ont peur. faites l'expérience, montez sur une table et regardez droit devant vous: avez-vous peur ? Non. Quand vous serez là-haut, vous serez aidés par nos moniteurs et soutenus par une toile hyper résistante que nous faisons venir spécialement d'Allemagne."
Il me regarde et comprend que l'argument allemand ne m'a pas vraiment convaincue. Et se relance dans de nouveaux exemples. Il parle calmement, et doucement. A tel point que nous sommes obligés de nous approcher pour que sa voix ne soit pas recouverte par le bruit des vagues assez fortes ce jour-là à Ölüdeniz.
Je pense qu'à vingt ans, je suis venue au même endroit et que je suis repartie de la même façon sans avoir tenté l'expérience, la trouille vrillée au ventre. Plus d'une décennie plus tard (soyons flous...) me revoilà, déjà convaincue, toile allemande ou pas. 
- Et l'homme qui s'est écrasé dans les flots pas plus tard que la semaine dernière ? demande mon compagnon hésitant.
- Ah oui c'était terrible, on l'a vu, il est tombé juste là-bas. Et il désigne le large de son doigt.
"Mais lui ce n'est pas pareil, il a voulu faire le fou. Et figure sur figure. Il voulait défier le vent. Il s'est emmêlé dedans. Mais vous me paraissez des gens à la personnalité déjà affirmée, vous n'avez pas besoin de vous affirmer dans les airs j'en suis sûr. Et puis vous ne serez pas seuls, vous sauterez avec nos moniteurs qui sont plus qu'expérimentés et ont eu une licence d'état"
Un thé ou deux thés plus tard, nous voilà dans le camion qui ahanne pour grimper au sommet du Babadag. La montée est rude, la piste étroite et escarpée. Nous tangons comme sur des flots déchaînés, la poussière en plus. Le véhicule tombe en panne deux fois. J'ai mal au coeur. Et suis saisie d'effroi à chaque fois que nous croisons un autre camion en voyant le précipice à un doigt.
Après une montée pareille, il est hors de question que je redescende par le même chemin, plutôt sauter ! J'essaie de ne rien laisser paraître, mais j'ai la gorge nouée et la tête assaillie de questions: "oh la la c'est haut, qu'es-tu venue chercher ici ? Pas possible que tu sois plus folle qu'à 20 ans ! Ou t'es tu déjà accoutumée à l'idée d'être précipitée et tant pis pour le reste ?"
On me présente mon moniteur, Ferit, un tout jeune homme mince et musclé, aux yeux brûlants et à la peau brûlée et avec lequel j'ai un peu plaisanté dans le camion. Là il ne badine plus, il me vouvoie et me donne même du "madame", très professionnel. N'empêche son regard est fiévreux, ivre même.
C'est Icare, je l'ai reconnu.
Il me harnache et me demande de courir. Plus le choix maintenant, je m'élance de toutes mes forces et nous envoie de la poussière à la figure dans ma course folle de quelques pas .
Et nous voilà dans les airs. Et une immense quiétude me saisit tandis que mon moniteur essaie d'attraper un courant ascendant. Nous montons encore un peu. C'est enivrant et je comprends un peu la fièvre des yeux de Ferit. Il m'explique que c'est addictif, qu'à terre il ne pense qu'à être la-haut, tout le temps, qu'une fois il a réussi à parcourir deux cent kilomètres avec son parapente. 
Nous planons ainsi près de 40 minutes, toute peur envolée. Le paysage en dessous est de toute splendeur, les nuances de vert et de bleu de la Méditerranée infinies. Les pins parasols exhalent leur odeur jusqu'ici, intensément, je respire goulûment. Il fait délicieusement frais, le vent me caresse, Ferit m'aide à enlever mon casque.
- C'est encore mieux comme ça, vous allez voir, sourit-il. Il prend des photos et filme pour moi. Je ne veux moi être que dans l'instant et ne jamais descendre. Icare me demande si j'ai mal au coeur.
- Non, rien, rien qu'un bien-être et de l'ivresse.
- Alors on peut s'amuser un peu, dit-il.
Et moi qui ai la trouille de monter dans le petit manège des montagnes russes avec ma fillette, me voilà à virevolter dans les airs à 1800 mètres. 
Moi la raisonnable, j'aurais presque envie de me brûler les ailes.
10 août 2009
Knidos

Je suis arrivee devant Knid
os en plein midi. Trop chaud pour aller s'asseoir dans les gradins pour capter les echos des siecles mais assez pour nager dans les eaux claires et poissonneuse du petit port dont on immagine le faste passe: J'echange quelques mots avec les pecheurs qui reparent leurs filets et reconnait Eudoxe parmi eux.Tandis que je le photographie, les autres rigolent: "On ne m'y reprendra plus a depenser mon argent pour acheter des lames de rasoirs" s'exclame l'un d'entre eux.
04 août 2009
Coup de Vent
Leger coup de vent sur ma table de travail.
Le vıllage ou nous avons brievement pose nos valises se trouvent dans la presqu'ile de Datça. D'un cote se prelasse la Mediterranne,de l'autre danse la mer Egee.
Ce village s'appelle "Mesudiye", ce qui veut dire, "felicite". İl fait largement honneur a son nom.
Aydogan, notre hote, nous a loue la maison de sa fılle, qui s'est retiree avec sa famille a l'etage du dessus pendant notre sejour. Les poules et les coqs se baladent librement dans le jardin et sous la table du petit dejeuner de la terrasse.
" Elles sont vieilles mainteant", nous explique Aydogan, "on les garde pour qu'elles nettoient le jardin des tiques et eventuellement des scorpions".
On regarde alors avec mefiance ce jardin qui ressemble davantage a un verger, mais un citron s'ecrase mollement sur la terre humide de l'arrosage du soir et nos inquietudes s'envolent.
Le mur de la terrasse est decore d'un dessin naif representant une cruche duquel s'echappe deux branches d'olivier et des colombes. Aydogan nous explique que c'est le dernier locataire qui a execute ce dessin, il est reste deux mois ici et est reparti avec son manuscrit enfın termine, ajoute-t-il fierement. C'est vrai qu'il fait bien serein ici.
Nous partons ramasser nos tomates, nos concombres et nos poivrons dans le jardin de la voisine: Elle les vend un peu plus cher que ceux d'İzmir, mais cela en vaut la peine: Elle nous ammene aussi deux kilos d'amandes fraiches, a manger glacees. Un delice. Et un pot de miel. "Essayez de manger les amandes en les trempant dans le miel, vous verrez... "
Le matin, les femmes, jupes bariolees et fichus blancs sur la tete, se reunissent pour faire cuire des galettes dans un four de pierre bricolee a l'extremite du jardin. Ca sent bon. 
Du bosquet voisin s'echappe une nuee de papillons mouchetes d'orange et noir. 
Vers le soir, Aydogan nous emmene dans son minibus pour remplir nos bidons d'eau a une source qui se trouve quelques kilometres plus haut dans les montagnes qui bordent le village et le bord de mer. Nous suivons une route escarpee et sinueuse: diffile d'acceder a ce petit coin de paradis que Dilek a deniche on ne sait comment. Aydogan nous montre des petits sentiers et nous explique que ce sont les passages des cochons sauvages. "Je suis specialise dans la chasse au cochon", ajoute-t-il. Je lui demande ce qu'il fait de ses proies. "Je les revends aux hotels, plus au sud, il y a plein de touristes anglais qui adorent ça."
Aydogan etait commerçant a İzmir avant de s'installer ici avec sa famille et ses freres. İl nous parle du bonheur qu'il a trouve ici et comme il nous trouve sympathiques, il nous montre aussi tous les terrains qui sont a vendre dans le coin, des amandiers ou des oliveraies, mais avec une petite autorisatıon de construire si vous vous eloignez de la mer . Du haut de la montagne, et contrairement a toutes mes habitudes de touriste eclairee, je bois a meme la source, une eau glacee et delicieuse tout en regardant la mer scintiller en bas.
Je me dis que le coin doit etre magnifique quand les amandiers sont en fleurs.
"Oui, c'est tout blanc, me sourit-il, revenez en fevrier, vous verrez...."
Comment revenir a Paris ?
06 juillet 2009
Saison turque
Après
moult tergiversations qui témoignent de la distance prise par la France à
l'égard de la Turquie et du ressentiment turc face à ce comportement qualifié
d'électoraliste et de courte vue, la Saison turque en France a enfin été lancée.
Elle
a débuté par un grand spectacle sur la Place du Trocadéro, Le feu
d'Anatolie, que j'avais eu un grand plaisir à voir à Bercy il y a déjà deux ou
trois ans.
De
nombreuses activités sont prévues qui, je l'espère, à la suite de la très
intéressante exposition consacrée aux arts turcs au Palais des Beaux Arts de
Lille (pas encore terminée dépêchez-vous c'est jusqu'au 12 juillet) contribueront à faire mieux
connaître la Turquie et à la rendre moins menaçante au regard français.
Cette
peur et ce rejet français m'interpellent. Bien-sûr cela repose sur une histoire longue dans
laquelle l'Empire ottoman avant d'être "malade" et d'attirer les
convoitises européennes était effrayante car conquérante. Je me demande combien
de temps doivent passer avant que les mémoires ne se reconstruisent. Si l'on
considère ce qu'il s'est passé avec l'Allemagne, cela peut être rapide
(quelques générations quand même ! ), même si j'avais été sidérée par l'attitude injurieuse de certains de mes
camarades étudiants (français bien-sûr) à l'époque où nous étions à la fac et
faisions un voyage qui passait par Nüremberg... J'aime à penser que les jeunes
générations sont moins imprégnées de cette peur allemande, même si j'ai
constaté que dans le vocabulaire de mes élèves subsistaient encore quelques
survivances de l'inimitie franco-allemande dans les insultes qu'ils se jetaient a la figure: la plupart pourtant n'en comprenaient pas le sens.
Je
reste persuadée que l'Europe, à l'instar des nations, se fera grâce à une
volonté politique et force est de constater que les nations ne sont pas données
une fois pour toutes mais bien construites par la volonté des hommes. C'est
donc un peu simpliste de dire que la Turquie n'est pas européenne.... si on ne
veut pas qu'elle le soit.
Les
frontières, qu'elles qu'elles soient, m'ayant toujours été insupportables, je
reste confiante en l'imagination ouverte des européens qui parviendront à
dépasser les clivages religieux stériles. Evidemment la Turquie a encore du
chemin à faire sur la voie de la démocratisation, à voir les débats qui agitent
encore le pays sur le rôle de l'armée notamment: Cependant, il me semble que l'Union Européenne a aussi du travail à
faire sur son projet politique. Quant à savoir si la Turquie mesure la
délégation de souveraineté qu'il lui faudrait faire quand elle entrera dans
l'Union, je n'en suis pas sûre non plus. Tout cela risque de demander du temps
et en attendantş une meilleure connaissance des initiatives comme cette Saison
turque tombent à point.
Vous trouverez le programme complet sur le site officiel de la Saison turque-
Parmi les manifestations programmees:
Au Grand Palais en octobre, expo sur l’histoire et la vie culturelle d’Istanbul -
Au Louvre, exposition « Splendeurs des sultans, Caftans du palais de Topkapi, Izmir-Smyrne antique, portrait d’une cité antique» et présentation d’une épée hittite.
A Paris en juillet :
-
Festival Paris quartier d’été : du 15 juillet au 15 août, un mois de
programmation pluridisciplinaire dans tous les quartiers de Paris
- Paris Cinéma : projection d’une trentaine de films turc (1er au 12 juillet)
Pour
ma part, j'ai commence a gouter ma saison turque a moi, a İzmir, et ce, tres concretement puisque ma cousine Dilek a ouvert un restaurant....miammm !
( Pas d'accents sur mon clavier turc desolee !)
03 juillet 2009
Départ et ondes
Le départ estival est un peu difficile cette année. Peut-être un peu prématuré. Comme d'habitude j'ai lancé trop de choses en même temps et peine à les mener de front. Mais apparemment mon coeur tient à se dire qu'il part deux mois, donc partons. D'autant plus que l'été prochain, je ne pourrai probablement pas partir si tôt.
Ca va être la cohue à la rentrée pour les cours mais tant pis, de toutes façons, je ne sais toujours pas où je serai.
Je pars avec une valise chargée de trop de livres, moi qui ne voulais lire qu'en turc cet été. Pourtant j'ai réfléchi longuement sur chaque livre avant de le ranger dans le fond du sac, et je n'ai pris que ceux qu'il me fallait absolûment lire cet été sous peine d'être dépassée en septembre dans mon nouveau projet.
En faisant mes bagages, j'ai compris que, cette année encore, j'ai envie plus de me poser que de vadrouiller. Pourtant, il n'ya pas si longtemps j'ai lu Nicolas Bouvier et comme Anita, je me sentais des fouris dans les jambes. Mais cela a l'air de s'être calmée. Il va falloir concilier comme toujours, les envies d'échappées et les obligations familiales, et je ressasse la phrase de Nilufer Göle "Parfois la liberté en secret en privé devient le secret de la liberté". *
Mais maintenant que j'ai initié le rapprochement avec mes demi soeurs et mon demi-frère, je ne peux pas me défiler: j'en ai à la fois l'envie, et la crainte. Et je crois que j'aime ce sentiment qui me pousse à aller au fond de moi-même, meme si ce chemin doit passer par Antalya, où il n'y a pas assez d'oliviers à mon goût.
Et puis je vais passer du temps avec Dilek, alors c'est chouette.
Je vais rester connectée je pense, j'ai une furieuse envie d'écrire et aussi de traduire alors je pense que j'alimenterai quand même ce blog (sûrement mieux qu'en juin qui fut un mois trépidant et très riche en échanges et découvertes pour moi). Il faut aussi que je prenne le temps de taper tout ce que j'ai écrit dans mes carnets pendant les longues heures de surveillance d'examen.
Pour ceux qui voudraient entendre ma petite voix fluette et pas posée et mes phrases creuses, je passe dimanche matin très tôt sur une radio (celle qu'écoute Fauvette...) je n'en dis pas plus ici, mais les curieux peuvent m'envoyer un couriel...
A bientôt !
* que j'ai lue dans l'exposition de Sophie Calle "prends soin de toi".
20 juin 2009
Hypothèse 1
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