31 août 2011
Sans mot dire
Avant de complètement oublier les clés d'accès du blog je publie quelques photos de l'été, histoire de dire que le blog n'est pas tout à fait mort mais sans véritable commentaire non plus car le mutisme qui sévit dès que j'entre ici continue à m'envelopper de sa douce moiteur.
08 janvier 2011
Bonne année !
J'ai passé les derniers jours de décembre à Istanbul où j'ai pu notamment lire à plusieurs reprises cette inscription sur les murs du quartier de Beyoglu:
Après l'aide précieuse d'une collègue latiniste (merci le forum des profs des profs de lettres ! et merci Anna Soror !) j'ai enfin pu comprendre ce que cela voulait dire:
Il s'agit d'une citation de Horace, "Quorsum haec tam putida tendum ?" que l'on peut traduire par "Où mènent toutes ces affectations/prétentions?"
J'ai eu envie de partager cela avec vous pour nous souhaiter une bonne nouvelle année, qu'elle reste centrée sur l'essentiel...
En prime la photo d'un autre mur du même quartier:
et aussi de douceurs, absolûment essentielles, mais si mais si !!! Bonne année à vous ! 
06 janvier 2011
Colombe- Güvercin
Parce que je l'avais promis à moins l'une des lectrices de ce blog, et que je finis toujours par tenir mes promesses, je traduis (un peu trop rapidement sûrement) la chanson de Sezen Aksu, écrite en l'honneur du journaliste turc d'origine arménienne Hrant Dink, malheureusement sauvagement assassiné. Nous le pleurons toujours.
Colombe
L'oeillet pourra t-il encore sans peur ouvrir ses pétales ?
La colombe volera-t-elle encore sur cette ville ?
Un trompeur soleil de janvier
En un ce jour saint de vendredi
Il est parti notre bien-aimé
Elle est finie la ville d'Istanbul
Les trottoirs en dresse le procès-verbal,
nous en sommes tous témoins
Il n'y a que tension, tirs
Ne t'en va pas toi non plus
Mon espoir
Résiste donc
Mon bel espoir
Reviens, reviens
La vie tient tête
Elle ne laisse rien aux pieds de la mort
Reviens, reviens
La plume écrira -t-elle encore tout en saignant
Le papier aussi retient le sang, l'arbre n'est-il pas son ascendant ?
Pleure, pleure tout ton saoul
Le suc des coeurs se multiplie dans la même mer.
Pour écouter la chanson, cliquer là:
Sezen Aksu - Guvercin
envoyé par hotterbich. - Regardez plus de clips, en HD !
08 décembre 2010
la nuit est tombée sur la neige
Les mois passent sans vraiment se ressembler et me donnent une prégnante impression de ne pas réussir à maîtriser mon temps. Je pense avoir un peu plus de recul dans mon travail, peut-être un tout petit plus de satisfaction aussi au moins dans l'un de mes établissements, celui où la parole circule avec aisance et où la confiance entre les collègues est presque facile.
Je travaille en partie dans un lieu où le nombre d'enfants en difficulté scolaire est raisonnable et me permet de penser à leurs problèmes de manière constructive, presque individualisée. Mais comme il faut un purgatoire, je passe aussi une partie de mon temps en indignations envahissantes dont je ferais volontiers l'économie. Je ne pense pas que ce soit cela, cette charge de travail, qui explique mon silence sur ce blog. Mon silence n'a pas envie que ma parole se charge de lui. Il me permet de me pelotonner dans une sorte d'abandon à moi-même. Je vais plutôt bien. Je lis beaucoup. Avec l'impression de ne rien retenir, de ne rien savoir. Evidemment. Je n'écris pas assez pour parvenir à marquer mes neurones. Si ce n'est des tableaux de séquence et des progressions individualisées pour mes élèves. Je vis. Dans une sorte d'attente. Il a neigé aujourd'hui. De ma fenêtre je me suis amusée à compter le nombre de personnes qui passaient avec un appareil photo. J'ai eu envie de faire la même chose. J'ai sorti mes bottes de neige de leur carton. Elles traînent désormais sur le sol de l'entrée. Je ne suis pas sortie finalement. J'ai sorti aussi des tubes de gouache. Elles traînent elles aussi sur la table de la cuisine. J'ai finalement corrigé quelques copies. Des rédactions plutôt amusantes. Pour une fois. Je me sens un peu velléitaire, je n'ai pas tout à fait fini le paquet non plus.
De temps en temps, de loin en loin, je me demande comment je vais faire si ma demande de poste à Istanbul est acceptée. A tout hasard, je prépare une certification complémentaire. Maintenant il fait nuit. Cette dernière phrase est un bon résumé: il fait nuit.
Nazim vient à la rescousse: "Dieu merci, nous sommes vivants, le chat, le platane et moi".
01 novembre 2010
De la poésie des poids lourds
A l'approche de la fin des vacances, je dégaine mon stylo rouge. Inévitablement, une envie de route me prend.
Je ressors un reste de carnet de voyage non publié. Sur la photo ci-dessus figure un camion que nous avons croisé entre Izmir et Ayvalik l'été dernier. Jusqu'à peu, il était courant, en Turquie, de lire sur les camions des bribes de chansons, de prières, des anathèmes mêmes proférés contre l'amante dédaigneuse. Mais les grands groupes de transporteurs préfèrent faire inscrire une adresse de site internet, une pub. Il devient de plus en plus rare de croiser des poids lourds décorés de façon originale.
Ce camion, c'est un poème, un renégat.
Traduisons ( de haut en bas) :
Est-ce que c'est bien comme ça...
Le rouge te va à ravir
Bonne chance à tous !
Et en prime, la bobine du routier : 
26 octobre 2010
Des patates au lard
Pendant une courte sieste de vacances s'est imposé le souvenir du jour où j'ai joué Jacques ou la Soumission. C'est un ricochet qui m'éclabousse. Cela faisait longtemps ! Je saisis le caillou. J'ai bien l'intention de le garder un peu avant de le jeter au loin sur la surface du canal qui me fait face aujourd'hui.
J'ai 17-18 ans, je suis en première ou en terminale, je ne me souviens plus. J'ai monté avec une amie le club théâtre du lycée. J'ai choisi de jouer et mettre en scène Jacques ou la Soumission de Ionesco. Il s'agit de la critique par Ionesco de la société normative et étouffante et de la rébellion d'un jeune, qui dit-il, quand il est « né » n'avait pas loin de 14 ans. Sa rébellion s'exprime par son refus de manger des patates au lard. Et de prendre femme ? Je ne me souviens plus exactement. Il faudra que je relise. J'ai le vague souvenir d'avoir voulu jouer la jeune femme à qui l'on veut marier Jacques afin de le faire revenir à la raison. A posteriori, les choix de cette adolescente que j'étais ne me font même pas rire. Si je me souviens bien, la jeune femme, qui porte un masque et qui représente, en quelque sorte, l'archétype de l'épouse, lui sert un discours de totale séduction qui passe par les sens et un érotisme évoquant l'humus, la fertilité de la forêt tropicale. D'ailleurs des années après, je me rends compte que l'on m'a resservi un jour un discours similaire sans que je me souvienne ce que cela m'évoquait.... et que j'avais été séduite. Comme quoi il ne me faut pas grand chose... mais ce n'est pas le sujet ici. Il me semble que Jacques cède aussi.
Tout ce dont je me souviens, c'est du bruit que fit la porte du théâtre quand mon père en sortit avec éclat. Juste au moment de ma tirade torride. Ou du chaste baiser donné sur scène ? Me souviens plus. Toujours est-il que mon père ne m'a pas parlé pendant deux semaines environ après ce qui fut mon premier succès (et le seul ?! ) théâtral.
Des années plus tard, je me demande pourquoi j'avais choisi cette pièce. Est-ce à Jacques que je m'identifiais ou à Jacqueline, la corruptrice normalisante qui lui fit manger ses patates au lard ?
Quoi qu'il en soit, mon père ne s'était pas posé la question du choix de la pièce. Ça, c'est sûr. Pourtant c'est de cela que j'aurais aimé parler. Est-ce de cette époque que je m'interdis tout choix qui pourrait être contesté, mal compris, jugé ? A quelle époque me suis-je trouvée devant un plat de patates au lard ? Ça non plus je ne sais pas. Incalculable le nombre de choses que j'ignore.
23 octobre 2010
L'automne
L'automne en vrac.
Pour Anita.
31 août 2010
Pas "rentrée"
L'idée s'impose: je n'aime pas être là où je suis, là où je suis revenue pour la rentrée.
Cela est arrivé d'un coup, à mi-chemin sur la côté italienne de Brindisi à Venise. Vers Ancona je crois. Au début cela a commencé par la pluie.
Puis le sac de couchage déplié après le Tunnel du Mont Blanc.
Puis à Paris, alors que je lis les appels à manifestation de la LDH pour samedi, je me dis que peut-être je digère mieux l'idiotie sous le soleil d'Izmir. Ma colère se liquéfie passé 35°. Ou y suis-je plus indifférente ? En voilà encore une étrangeté, étrangère de là-bas !
Pour finir, mon "affectation" sur deux établissements... pour bien faire.
Ada, il va falloir prendre le taureau par les cornes: il me semble que tu as déjà écrit l'an dernier que "ton coeur était resté en Egée". Absolument pénible cette impression d'être dans l'incertitude permanente sur le lieu où je veux être.
Difficile rentrée. Pourtant il me semblait être ressourcée.
11 août 2010
Croisières à la journée
A Ayvalik,

ce ne sont pas les pêcheurs dont je photographie le retour au port, mais celui des vacanciers qui ont passé la journée en mer à visiter les jolies criques de la la région en dansant entre deux étapes.
L'air porte un parfum de légèreté. Je le bois à grandes goulées espérant m'en imprégner pour assez longtemps. Mais est-ce l'air qui est léger ou mon regard ?
Il parait que le corps n'enmagasine pas les vitamines. Je vais pourtant essayer.
Pendant ce temps, à la télé, le premier ministre turc se moque de l'un des chefs de l'opposition en le traitant de "fonctionnaire"...
Les débats sur les réformes constitutionnelles font rage à mesure que la date du referendum approche. Mais les débats, malgré les enjeux, sont si stériles et injurieux que rien ne me donne envie de les suivre.
30 juillet 2010
Cette beauté est la vôtre
22/07/10
3ème jour de solitude
Au matin, je contemple la femme du propriétaire du camping attablée avec son mari. Très belle femme à la peau laiteuse et limpide et aux yeux verts. Un couple traditionnel. Elle porte un foulard fleuri, aux couleurs claires fort bien assorti à sa tenue, longue mais relativement près du corps qu'elle a harmonieux. Elle nage avec un maillot de bain islamique, couleur pistache. Elle est fière de savoir nager. D'ailleurs elle essaie d'apprendre à flotter à ses trois employées, trois jeunes femmes originaires de la Mer Noire, terrorisée par les flots et qui me racontent à qui mieux mieux des histoires de noyade dans leur tumultueuse mer. « Mais ici, c'est vrai que ce n'est pas pareil, la mer n'est pas traître comme chez nous ». Je constate qu'elles progressent chaque jour un peu et osent s'aventurer loin de la rive, là où commence le banc de sable où on peut poser ses pieds avec délices, pas comme les cailloux pointus de la rive.
La femme du propriétaire a trois grands enfants de 18 à 10 ans qu'elle a eus tellement jeune qu'on peine à croire que ce sont ses enfants. Elle même en joue, et me dit en riant: « Eux ? Ce sont les enfants du premier mariage de mon mari ! »
Puis complice, de m'apprendre qu'elle a eu son premier enfant à peine 17 ans. Je calcule. Elle vient me faire la conversation de temps en temps, craignant que je ne m'ennuie à traînasser seule dans l'eau, les collines avoisinantes (elle me recommande d'ailleurs de faire très attention quand je me promène seule, mieux elle me demande de ne pas quitter le front de mer... comme si elle se sentait responsable de moi...) Il faut croire que c'est un pays où les femmes désormais conduisent seules mais ne marchent pas seules sans but, que ce soit dans la ville ou dans les champs. Elle m'apprend qu'elle a perdu 15 kilos l'année qui vient de s'écouler, elle m'expose sa méthode, ce qu'elle a mangé, et ses trois heures de marche quotidienne qui l'ont tellement dégoûtée qu'elle n'a plus envie de remettre en pied devant l'autre ! « Trois heures tous les matins, tu t'imagines ? De 9 heures à midi. Chaque jour que Dieu fait. » Je n'ai pas osé lui demander si elle marchait seule ou avec l'une de ses voisines comme ma soeur projetait de le faire.
C'est cependant une forte femme qui commande de main de maître, tout en restant très maternelle, à ses employées. Elle reste rarement inactive et s'affaire souvent en cuisine ou sur la terrasse balayée de vent. Elle se plaint parfois à moi de ses employées, très gentilles, mais à qui il faut tout dire. Pas une initiative, pas une qui aurait l'idée de rincer d'elle-même les verres à thé qui trempent dans l'eau vinaigrée depuis le matin ! Mais elles apprennent, petit à petit, c'est un peu lent juste.
Aujourd'hui elle a composé mon menu, m'affirmant que si je mangeais de la viande, je devais l'accompagner de yaourt, d'ayran ou de cacik (yaourt avec des morceaux de concombres et des herbes aromatiques) afin d'accélérer mon métabolisme et faciliter la digestion. Ses 15 kilos perdus sont un gage de sa parole. Elle se promet de me confectionner mes menus pour que je me régale et mincisse dans la foulée. Je ne suis pas contre... Je veux bien me laisser materner par une si belle femme. Ce matin, tandis que je me brossais les dents, elle est venue se recoiffer et réajuster son foulard autour de son beau visage. Elle a secoué ses cheveux, qu'elle a châtains clairs entrecoupés de mèches blondes décolorées par une coiffeuse habile. J'ai vraiment eu l'impression qu'elle me montrait à quelle point elle était belle et soignée même sous son foulard. Je lui ai fait des éloges et elle m'a répondu en une formule convenue mais qui n'a pas manqué de me plonger dans des abîmes de réflexion (après tout je n'ai que ça à faire ! ): « cette beauté est la vôtre ». Mon regard ? Un reflet ? Le fait d'être femme ? J'ai contemplé, amusée, les trois épingles à tête de perle blanche qui traînaient sur la lavabo après son départ. Celles dont elle se sert pour retenir son foulard sur le haut de la tête. Pour un peu, je les aurais prises.
Ensuite, elle est allée s'allonger sur le hamac, comme je l'avais fait la veille, un livre de Fethullah Gülen* à la main et m'a dit « tu as raison, il faut faire ses vacances ! ». Elle n'y est pas restée longtemps, maintenant elle fait un travail d'aiguille assise près de son mari qui feuillète distraitement les quotidiens.
Je constate qu'elle a sur elle la robe qu'elle me montrait hier soir sur un catalogue. Si vite ? Une robe de plage, décolletée et sans manches sous laquelle elle a enfilé un body de couleur chair et qui lui couvre complètement les bras jusqu'à la base du cou. On devine cependant, par transparence sous la jupe à grosses fleurs violettes et marron la forme de ses cuisses.
* Leader religieux de la confrérie des Nourdjous, adeptes d'un « Islam éclairé ».
29 juillet 2010
Reptilienne
21/07/2010
Apres avoir quitté Kesan, nous avons longé la cote vers le sud, traversé le détroit des Dardannelles et nous sommes installés dans un camping de la baie d'Assos qui propose des tentes toutes montées garnies de vrais lits jumeaux bien confortables. C'est un lieu sans alcool avec des propriétaires conservateurs. Le lieu est fréquenté par des familles dont les femmes sont voilées et, qui, si elles prennent des bains de mer, portent des maillots islamiques les couvrant des pieds à la tete.
L'endroit est tranquille, sobre. Les pelouses, les hamacs et les coussins disposés sous les oliviers accueillants. La cafétaria où j'ecris ces lignes est à trois pas de la plage et surplombe un tout petit peu la mer, offrant un panorama grandiose sur Lesbos et sur la lumière changeante qui pétrit les eaux de l'Egée. Nous nous installons. Deux jours plus tard, me voilà seule, à ma demande, j'ai donné rendez-vous à Ada, j'ai des choses à régler avec elle.
Aujourd'hui est mon deuxième jour de solitude. Chaque instant se déroule de manière évidente. Je suis sûre de moi et de ce que je veux à cet instant précis. J'ai les sens aiguisés, je savoure le moindre souffle de vent sur ma peau. J'ai l'impression d'être dans une jouissance ininterrompue. Tout est paradisiaque. La mer est à la température idéale. Ni chaude ni froide. Aucun moustique juste des fourmis ailees et des bestioles qui ne vous font pas gratter. Le temps, chaud mais sec dans la journée n'est jamais abrutissant, et la nuit, le vent fait frissonner les parois de la tente. La première nuit, ce bruit du vent m'a réveillée malgré le confort des lits jumeaux. Dans ces conditions, j'ai choisi bien évidemment de ne pas monter ma propre tente mais de profiter de celle du camping. Je dors dans un véritable lit à deux places, plus confortable que celui de mon propre appartement.
Je suis en pleine égocentrisme. Je me recroqueville dans ma coquille. Je fais mes comptes avec mes moi-même. J'attendais à ce que quelque chose de plus dur m'assaille. Il n'en est rien. Je suis surprise et accueille cette douceur avec gratitude. Bientôt je réouvrirai les yeux sur l'extérieur et me promets de composer quelques portraits. Pour le moment je savoure.
Même les débats sur le referendum qui sera organisé ici en septembre ne m'atteignent que de loin.
Je cultive mon cerveau reptilien. D'ailleurs, la première nuit que j'ai passée seule, j'ai croisé un serpent juste devant l'entrée de la tente. Environ un metre de long et 10-15 cm de diamètre. Brun foncé uni. Il a eu plus peur que moi car il a filé.... sous la tente d'à côté. Je crois que j'ai eu peur mais pas tant que ça. Je me demande si je n'ai pas plus peur des cafards géants d'Izmir. J'ai été intriguée par le fait qu'il n'ait pas filé plus tôt car il avait dû m'entendre arriver. De toutes façons vu le nombre de trous dans le sol et aux pieds des arbres, il n'est sûrement pas seul. Puis je me suis demandée si cela m'empêcherait de dormir, après tout, je n'ai pas pas habitude de camper et c'est le premier serpent en liberté que je croise de si près ! Je ne compte pas celui que les villageois s'étaient obstinés à tuer dans ce village haut perché des montagnes de l'Est anatolien: celui-là je ne l'ai vu que mort... Après ces profondes considérations, sagement, je suis allée ranger dans le frigo du camping le bout de jambon sous vide que nous avions acheté en Italie et qui était encore dans mon sac, me disant que peut-être l'animal avait été attiré par l'odeur de viande: l'odeur d'huile solaire, même parfumée à la vanille ne devait pas être la raison de sa visite ! J'ai quand même pris la précaution de planquer le jambon dans un sac en plastique opaque afin que les autres utilisateurs très musulmans du camping ne le voient pas... Surmoi quand tu nous tiens....
Je me suis traitée de tous les noms de ne pas avoir été capable de reconnaître le serpent. J'ai voulu demander au jardinier, homme à tout faire du camping qui n'avait pas l'air plus au courant que moi mais qui m'a dit que l'animal ne pouvait pas entrer dans la tente à partir du moment où j'avais bien remonté la fermeture éclair...
Au passage il m'a quand même raconté une histoire, qui, elle, devait faire rêver la femme avide de ressourcement que je suis, de surcroît à l'orée de sa première nuit de solitude. Je vous laisse juge, voici mot pour mot ce qu'il m'a raconté:
« J'avais une chèvre très belle et toute blanche que j'avais appelée Blanche-Neige. Elle fournissait trois litres de lait le matin et trois litres le soir. Cela nous faisait suffisamment de fromage pour passer tout l'hiver. Et puis un jour elle est tombée malade. Elle avait les pis tout rouges. Je l'ai tout de suite emmenée chez mon frère, mon neveu a fait des études de vétérinaire. Il m'a dit qu'elle avait dû être têtée par un crapaud et qu'il lui avait injectée son venin. Je sais que ce genre de choses arrive aussi avec des serpents. Il injectent leur venin involontairement en têtant. »
Je pense que le jardinier n'avait pas vraiment l'intention de me faire peur. Il avait juste la nostalgie de sa chèvre. Ainsi Blanche-Neige ne vécut-elle pas heureuse jusqu'à la fin de ses jours, quoi qu'en dise le conte. J'ai adoré son histoire.
J'ai bien entendu très mal dormi. Je ne me souviens toujours pas de mes rêves. Cette nuit n'a pas fait exception. Pourtant j'aurais bien aimé me souvenir et je me suis réveillée plein de fois à chaque rafale de vent sur la tente.
Au matin, fraiche et dispose, j'ai plongé dans la mer dès mon lever.
28 juillet 2010
Kesan
A Kesan, petite ville frontalière de Thrace, le temps a une consistance de pastèque. Il vous envahit la bouche, s'effrite en un jus sucré et poreux, disparait.
De la table du petit déjeuner où nous restons attablées des heures durant ma soeur et moi, je vois cette scène par la fenêtre:
Le temps, doucement, prend une autre consistance.
Je pioche une olive et une tranche de tomate. Le vendeur de pastèques passe en bas de l'immeuble.
La voisine du balcon d'en face bat son tapis.
Nous sortons fêter l'anniversaire d'une petite voisine sous une pergola installée dans le jardin commun de l'immeuble. le samovar fume toute la soirée tandis que les enfants courent et sautent à la corde. Les femmes parlent et mangent des gâteaux en buvant du thé dans des petits verres. Les hommes sont partis pêcher. Ils parlent probablement tout autant en mangeant de la viande cuite sur le barbecue portatif que j'ai aperçu dans le coffre du mari de ma soeur.
27 juillet 2010
traversées sans chemins de traverses
Après une nuit agitée et des promenades dans les couloirs et touts les ponts du ferry , nous arrivons à Igoumenitsa. Cette fois-ci nous y arrêtons pas. Les autoroutes grecques financées en grande partie partie par l'Union Européenne et qui mènent de l'ouest du pays vers la frontière turque au nord-est sont enfin terminées. Elles sont joliment vides. C'est au bout du 300ème kilomètre que nous nous rendons compte n'avoir croisé aucune aire d'arrêt, peut-être une station service au début. Me souviens pas. C'est le grand désert. On a l'impression de traverser un pays grand comme un continent et complètement vide. C'est assez étrange et ne concorde pas du tout avec nos souvenirs datant de deux ans. Je préférais les petites routes sinueuses de montagne que nous avions empruntées la dernière fois, certes dangereuses, mais qui invitaient à s'arrêter, voire à bifurquer. C'est donc d'une traite que nous traversons la Grèce.
A 16 heures, le mari de ma soeur, qui est douanier nous accueille.
Il y en aurait à écrire sur ce petit homme fascinant ! De ces exploits en tant que douanier aux relations telles qu'elles semblent fonctionner dans ce poste frontière que nous avons pu, grâce à lui, découvrir sous un nouveau jour, j'en aurais pour des pages et des pages !
Par flegme, et peut-être par discrétion je ne le fais pas.
Les quelques jours passés avec ma soeur ont été doux et moralement épuisants. Je ne me sens pas capable d'écrire quoi que ce soit. Il aurait fallu le faire le à chaud. Là, plus de 10 jours après, il me faudrait retourner dans quelque chose qui n'est autre que de la douleur en train de se digérer.
Je n'ai pas le courage. Je parlerai juste des petits déjeuners qu'elle nous a préparés:

24 juillet 2010
promiscuité sur la vaste mer
13/07/10
Embarcadère d'Ancona.
Des jeunes gens dynamiques tentent d'organiser le flot des voitures sur l'embarcadère des ferry. C'est un peu le bordel quand même. On finit par nous trouver une place dans une file. Encore deux heures avant le départ du ferry. Une sorte de pergola avec un point d'eau a été « aménagé » dans un coin de la grand place. « Aménagé » est un bien grand mot. Disons plutôt coincé entre la voie ferrée et les couloirs de voitures et de poids lourds. Deux ou trois bancs déjà pleins. Mais un toit qui permet de s'abriter d'un soleil qui a décidé de cogner fort.
Des familles turques sont installées là, des nattes sont étendues par terre, à même le goudron entre les bancs et les poubelles qui débordent, des samovars à thé y fument, des beurek traînent dans une assiette. Mes concitoyens prennent leur mal en patience. Les enfants pataugent dans la flaque boueuse constituée par l'eau qui s'écoule de la fontaine. Je contemple avec circonspection les peintures étranges sur les cylindres de dépôt. Un teletubbies géant avec des pinces de crabe.... Il y a de ces détails qu'on ne comprendra jamais et qui ne cesseront de resurgir avec leurs cortège de questions. Quelqu'un connait la signification de ces peinturlures sur le port d'Ancona ?
On embarque enfin.
Les gens s'installent un peu partout sur les moquettes, des couloirs menant aux cabines, devant le restaurant, sur le pont. Sur des matelas gonflables pour les plus organisés, des tapis de gyms, des sacs de couchage.
Nous avons décidé de ne pas prendre de cabine, les fauteuils semblant assez confortables. Chacun se prépare aux 21 heures de traversée. Fillette sort son jeu de dames et essaie de convaincre son papa de jouer. Je me réjouis à la perspective d'avoir le temps enfin de terminer cet excellent livre commencé à Paris. Murmures à Beyoglu, de David Boratav. Justement le narrateur, un insomniaque londonien est sur le point de retourner à Istanbul, la ville de son enfance à la recherche du dernier manuscrit de son père défunt et peut-être aussi de la paix qui lui procurera le sommeil. Je suis fasciné par ce livre et prends la décision d'en parler un peu plus ici, car il vaut vraiment le détour.....
quand tout à coup, une irrésistible odeur de pied se répand derrière moi.
Je m'imagine un moustachu corpulent qui vent d'enlever ses chaussures, comme vient de faire mon voisin de devant, (d'ailleurs lui, je suis sûre, et je serai confirmée dans mes soupçons, qu'il ronfle comme une locomotive !) mais non, il s'agit d'une très jolie jeune femme à l'apparence soignée et aux ongles vernis. Cette perspective, allez savoir pourquoi, m'énerve encore plus. Dire que le ferry n'a même pas encore démarré ! La prochaine fois on arrivera pile à l'heure présumée du départ. Non mais. Je vois encore des poids lourds qui foncent vers le pont à levis de notre ferry.
Une télévision s'allume et diffuse des séries grecques qui ressemblent, tant par les situations, le jeu des acteurs, les mimiques, les décors, les intérieurs reconstitués aux séries turques.
L'odeur devient insoutenable et j'espère que notre voisine aura la bonne idée d'aller prendre une douche. L'embarcation démarre enfin. Nous sortons sur le pont, nous enivrer de bleu. Les bateaux de pêche rentrent au port: on distingue une file suivie par des mouettes juste devant le ferry.
Le vent nous redonne notre joie et me voilà consolée: je pourrai toujours venir là si les odeurs et les ronflements sont insupportables.
23 juillet 2010
Quelle mer ?
12/07/10
Troisième jour de voyage.
Le parking devant le point de vente des billets de ferry est plein quand nous arrivons au matin, à 8 heures tapantes. Nos concitoyens ont du arriver dans la nuit. Des enfants sont encore endormis sur des nattes posées ça et là, à même le sol, leurs mères bavardent mollement. Les points de vente des trois compagnies concurrentes viennent d'ouvrir. Une foule compacte constituée exclusivement d'hommes se presse aux guichets de la compagnie dont le ferry doit partir le plus tôt, à 13h30. Nous n'essayons même pas d'attendre et nous dirigeons vers celui qui le jouxte et qui est lui, complètement vide. Le ferry de cette compagnie part deux heures plus tard dans l'après-midi. Deux heures, ce n'est rien au regard de la queue qu'il faudrait faire ici. Je me demande si c'est juste la hâte qui fait s'agglomérer les gens ou si les prix sont plus intéressants, la traversée plus rapide. Je n'en saurai rien. Pas du tout envie de m'approcher de l'autre guichet. Mon compagnon suggère que si nous avions, nous aussi, attendu sur ce parking une bonne partie de la nuit, nous aurions été plus pressés. Nous prenons nos billets rapidement et décidons sortir de la ville pour retourner à la plage que nous n'avons pu fouler la veille. Ce sera notre premier bain de mer de l'année. J'ai hâte.
L'eau tient ses promesses, plus chaude que celle des plages de la Mer Egée. La mer a une couleur vert d'eau, quelques algues nous chatouillent les pieds. A part ça, rien ne ressemble plus à une plage qu'une autre plage. Après tout nous pourrions tout aussi bien rester ici quelques jours:les collines environnantes sont déclarées parc régional, des randonnées botaniques y sont proposées, la région semble riche de promesse de découvertes. Pourquoi cette urgence cette année ? Pourquoi la destination, une fois fixée, ne pourrait-elle attendre ? Mais est-ce la bonne question ? Ne faut-il pas plutôt me demander pourquoi est-ce l'Egée que je préfère ? Je me promets de me reposer la question lorsque nous arriverons à destination.
22 juillet 2010
Ancona, soir de finale
Au gré des connexions...
12/07/2010
Nous arrivons à Ancona un peu avant 19 heures. Pour gagner l'embarcadère des ferry, nous passons par ce qui semble être un quartier industriel, ou d'entrepôts. Cela sent fort les eaux usées. Nous remontons les vitres à la hâte. Je n'ai absolûment pas préparé le voyage cette année. Cela se fait sentir.... nous avons raté le dernier ferry, depuis longtemps même déjà. Nous tournons un peu dans Ancona, histoire de trouver un point de vente pour les ferry du lendemain mais sans succès. La ville semble morte. Pas assoupie mais morte, un peu comme celle de Marcovaldo, en moins riant. Près du port, des bâtiments décrépits, presque des bidonvilles. L'impression d'une ville en déshérence. Vers le centre où nus nous dirigeons, l'ambiance change un peu. De grandes places vides émaillent l'espace. L'ocre est la couleur dominante. Les lumières ne sont pas insistantes comme à Paris. Des bâtiments publics, monumentaux, suggèrent ou aspirent à une forte activité mais se drapent d'un silence vexé. C'est finale de mondial ce soir. Peut-être que les gens se préparent à assister au match. Ou sont-ils en vacances ?
(Je distingue un panneau avec un sigle indiquant une plage proche. Nous le prenons. Il nous fera sortir de la ville. Nous sommes sur une route sinueuse bordée de champs de fleurs de tournesols. Deux ou trois champs de lavande offrent des pauses d'une autre couleur au regard. Et la mer au fond, sage comme sur une carte postale. Bientôt nous croisons une enfilade de voitures qui vont dans le sens contraire au nôtre. Peut-être s'agit-il des habitants d'Ancona ? Puis nous débouchons sur un paysage de bord de mer riant à souhait et descendons le chemin sinueux qui coupe une fabuleuse pinède menant jusqu'aux plages: il s'agit de Porto Novo. Nous croisons deux campings. Décidons de visiter le plus proche de la mer, le municipal. Mon Dieu que de monde ! La promiscuité règne entre les caravanes et les tables de pique-nique. Des enfants en maillots de bain courent dans tous les sens. Les conversations se couvrent les unes les autres d'un parasol à l'autre. Le sol, caillouteux à souhait, n'a bien entendu rien à voir avec le gazon confortable de la nuit précédente. Mon compagnon, qui le temps d'aller voir l'emplacement que l'on nous propose, s'est fait bouffer par au moins dix moustiques se souvient tout à coup que son matelas s'est percé dans la nuit. Dormir sur ces cailloux après 8 heures de voiture ? Hors de question. Nous ressortons du camping, visitons quelques hôtels surplombant la mer et somptueusement chers et décidons de nous rabattre sur la ville. Tant pis pour la mer.
Quelques demi heures plus tard alors que le match bat son plein et que nous avons enfin trouvé un hôtel, nous errons dans les rues à la recherche d'un restaurant. En suivant les indications de l'hôtelier, nous débouchons sur une grande place sur laquelle on repère deux buvettes et beaucoup de jeunes spectateurs devant une télévision à grand écran accroché en hauteur. L'ambiance y est bon enfant, les vouvouzellas et les chants braillés à plein poumons optimistes, les glaces et la bière y coulent à flot. Mais pas de trace de nourriture. Nous demandons notre chemin dans un italien rouillé datant de mes années lycéennes. Ce doit être bien approximatif car nous peinons pour trouver un restaurant !
Nous avançons et débouchons sur une autre place. Très jolie. C'est une place qui semble faite pour l'été. Une fontaine rococo susurre en son centre. Des jeunes filles juchées sur des talons argentées passent au bras de jeunes gens en tee-shirt bien repassés. Il y a ici aussi l'impression d'espace et de tranquillité. Les habitants semblent avoir rétréci et ne parviennent pas à occuper les lieux.
Nous finissons pas trouver la rue des restaurants et installés sur une terrasse qui se veut cossue, nous attendons nos pizzas et pouvons enfin regarder la fin du match sur les deux grands écrans qui nous entourent et qui ne sont pas connectés sur la même chaîne. Nos yeux vont de l'un à l'autre, les images sont différentes, les actions semblent décalées dans le temps, les commentaires se mêlent, heureusement les voix des clients des terrasses les couvrent. Les gens s'interpellent de table à table, parlent du match, sans toutefois se connaître.
Les Italiens d'Ancona soutiennent l'Espagne. Ca paraît bien clair... Mêmes les cris de joie émis ici semblent un peu étouffés. Sur la place que nous retraversons pour regagner l'hôtel, autour des buvettes que nous avions repérées tout à l'heure, la joie est plus franche. Les jeunes gens, torse nus, sont montés sur les tables et braillent gaîment.
La nuit sera sonore, les klaxons résonneront jusqu'au matin. Nous dormons d'un sommeil entrecoupé mais réparateur. Nous avons décidé de nous lever tôt pour prendre le premier ferry annoncé.
19 juillet 2010
interruption
Ada arrivée à bon port. Stop. Coin paradisiaque. Ordinateur mais pas internet. Publiera le reste du carnet dans une dizaine de jours. A bientôt !
17 juillet 2010
Mercedes, mon amour
Il n'y a quasiment personne dans le tunnel du Mont Blanc. Mon compagnon et moi-même nous nous amusons à repérer les Turcs qui font le même voyage que nous. Nous avons un doute pour une voiture dans laquelle se trouvent uniquement deux personnes relativement âgées par rapport à la moyenne des immigrés candidats aux vacances au pays. Nous rions de voir que nous-mêmes reconnaissons nos concitoyens par des clichés: ils conduisent généralement des berlines de couleur sombre, comme la nôtre, ou argentées, c'est généralement l'homme qui conduit, comme dans notre voiture où l'Ada a horreur de la vitesse, il y a au moins deux enfants dans la voiture.... et ? Ché pas, ce sont des Turcs, voilà tout, dit mon compagnon. Entre nous, on se reconnaît. Tu crois qu'ils nous reconnaissent aussi alors ? Dis-je un brin amusée.
Nous nous arrêtons sur une aire de pique-nique, rions en faisant encore un peu de chauvinisme: « il n'y a même pas de point de d'eau, ni même de toilettes, ah c'est sûr les aires de pique-nique sont mieux en France ! »
Sous une tonnelle, une famille turque mange. Nous les reconnaissons d'abord à ce qui trône sur leur table entre deux sachets en plastique et des feuilles d'alu froissées: des feuilletés au fromage et des feuilles de vigne farcies. Et puis au cas où le signe de ralliement alimentaire n'aurait pas été assez fort, surgit du fond du parc, un garçon habillé aux couleurs de Galatasaray.
Nous, nous mangeons une salade de maïs au thon et tomates.Je pense aux délicieux "yolluk" (littéralement "pour la route") que préparait ma mère, ces paniers repas qui devaient nous suffire tout le temps du trajet, généralement trois jours, jusqu'au pays. J'ai fait deux fois le voyage en voiture avec mes parents, et je me souviens que nous ne faisions pas les courses en cours de route, ni ne nous arrêtions dans des restos. Nous ne dormions quasiment pas non plus, à peine quelques heures sur un parking pour reposer les yeux et l'attention du père, seul chauffeur. Le but unique était le poste frontière turc.
Avec l'intégration, les routes s'allongent il faut croire !
Nos compatriotes et voisins de tablée nous offrent le thé infusé à point dans le çaydanlik, qu'ils n'ont pas négligé d'emmener, et nous voilà partis à discutailler. Ils ont quitté la France le matin même, ils viennent d'Orléans mais ne feront pas tout à fait la même route que nous puisqu'ils passeront par voie de terre et traverseront les pays de l'ex-Yougoslavie. Quand il apprend que nous allons prendre le ferry pour passer en Grèce, le bonhomme, cheveux grisonnants et verre de thé à la main, commente: « C'est dommage, vous allez dépenser plein d'argent pour rien. Vous verrez, on arrivera avant vous. »
Nous reprenons la route et croisons nos nouvelles connaissances 10 minutes plus loin. A vrai dire ce sont eux qui nous croisent, puisqu'ils nous doublent à toute bringue, à une vitesse qui doit avoisiner les 160 à l'heure.
Je pense à la Mercedes jaune du roman d'Adalet Agaoglu qui a été adapté dans les années 90 dans un magnifique et touchant film, Mercedes, mon amour, dans lequel on peut suivre le voyage tragi-comique d'un immigré turc d'Allemagne ayant mis toutes ses économies pour acheter une voiture, qu'il appelle d'un nom de femme. Sur le champ j'essaie de baptiser la Ford de mon compagnon. Aucun nom ne me vient.
16 juillet 2010
Toile turquoise
Deuxième jour de voyage. Au réveil, le chant des oiseaux fait oublier les gouttes qui vous tombent sur le dos en sortant à quatre pattes du nid. Par chance le matelas gonflable s'est percé dans la nuit et nous avons une chose de moins à caser dans le coffre de la voiture. Mais nous mettons un temps infini à essayer de plier la tente qui n'a visiblement pas envie de tester les rayons plus ardents des trois pays qui l'attendent. Allez, on réessaie.... L'idée ne nous serait même pas venue à l'esprit que nous pourrions avoir du mal à plier un bout de toile tendue de baleines. Une demi-heure plus tard, fillette, futée et impatiente, nous signale que deux emplacements plus loin une famille possède la même tente, de la même couleur que la sienne en plus....
J'ai compris le message: la couleur est primordiale dans le pliage. Je finis, allez le ridicule ne tue pas, par aller demander à ces gens qui aiment le même fichu turquoise que notre fillette, si quelqu'un peut nous aider à nous en aller... . C'est une femme alerte qui vient à la rescousse, même pas moqueuse. Sa mère et son fils viennent aussi, l'une tenant un petit chien hargneux à bout de laisse, l'autre poussant de la pointe de sa sandalette un ballon en plastique à l'effigie de Bob l'éponge. Au moins faisons nous distraction. J'ai comme une petite peur que cela ne dure longtemps.
- J'ai eu un mal de chien les premières fois moi aussi, dit-la femme. On m'a aidée plus d'une fois !
En deux temps trois mouvements elle a plié et rangé la grande tente. J'imite ses gestes sur la petite tente de ma fille et trouve l'opération si simple que..... cela m'en rend heureuse. Rien que ça. Les choses qui paraissent compliquées, dis-je, même pas honteuse de ma philosophie à un franc, ne le sont pas toujours et il suffit de changer de place, de regarder quelqu'un faire et hop, c'est parti !
Mon compagnon me demande si je suis sûre d'avoir compris et de réussir à refaire la même chose demain.
On verra bien.... Notre sauveuse nous explique qu'elle et sa famille étaient en train de suivre le tour de France en camping-car quand ils ont croisé la beauté du lac de Nantua et décidé de rester se baigner. Suivre le tour de France. Voilà une idée qui me parait bien exotique. Je pense aux Triplettes de Belleville, la seule chose que je connaisse au sujet de la petite reine et regarde avec plus de sympathie le petit chien qui tire toujours sur sa laisse. Je me dis avec profondeur que finalement ce pays qui est devenu le mien m'est bien étranger, au fond. Dans un sursaut salutaire, constatant que ma philosophie ne décolle toujours pas de son franc, je me réjouis d'avoir emporté plein de CD sympathiques pour chanter et m'empêcher d'avoir d'autres profondes et ruineuses pensées dans la voiture.
Et nous voilà partis. Direction le tunnel du Mont Blanc.
14 juillet 2010
Sur la route
Et si on tenait le carnet de route du retour saisonnier au "pays" ?Est-ce que cela allégerait cette longue route qui sétend là sous nos pieds ? Ou plus exactement sous les roues de la voiture ?
Commençons. Première escale: Nantua, France.
Le lac d'un rouge poudré, cygne qui se déguise en petite fille. A moins que ce ne soit l'inverse.
Nous avons dormi avec le chant des gouttes de pluie sur la toile de tente. C'était doux.
Se défaire. Soit lentement. Soit comme la tente qui ne demande qu'à sauter de sa boîte comme un diablotin. Choisir sa vitesse ? A-t-on vraiment le choix ?
L'idée s'impose: un jour, demain, faire le même chemin à pied. Moins vite.















tu
