Aujourd'hui : Ce qui craque
Ma salle des profs. Outre qu'elle est moche, elle craque de partout. Je n'imagine pas deux secondes passer mes heures sans élèves là-dedans.
Viens petite fille dans mon comic strip
Viens faire des bull's, viens faire des WIP!
Des CLIP! CRAP! des BANG! des VLOP! et des ZIP!
SHEBAM! POW! BLOP! WIZZ!
J'distribue les swings et les uppercuts
Ca fait VLAM! ça fait SPLATCH! et ça fait CHTUCK...
Comment peut-on être français...
Mon franco-turc de mari a voté pour la première fois de sa vie aujourd'hui. Cela fait des années que je le travaille au corps, l'inscription sur les listes électorales a été le premier pas. Cela a été de haute lutte. Si tu ne veux pas tu ne voteras pas, lui disais-je, mais au moins tu seras comptabilisé parmi les abstentions, ce qui aura plus de sens que de ne même pas exister sur les listes électorales. Lorsque nous avons reçu sa carte, j'ai vu qu'il était content quand même et j'ai ressenti cela comme une réelle inscription en France. Je n'étais pas sûre qu'il viendrait ce matin, pourtant il a suivi la campagne avec beaucoup d'attention. Puis il est venu...
J'avoue que j'étais drôlement heureuse de parler en turc avec lui dans le bureau de vote. Oui je me sens tout à fait française aujourd'hui. Et lui aussi. Enfin.... A sa manière, en n'étant pas fier de quoi que ce soit.... pas besoin, d'être français tout simplement: en râlant.... à la française quoi...
Et moi cette France-là, je l'aime.
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui: "Laissez passer les petits papiers"
Comment se fait-il que ce mot « papier » a une connotation si péjorative dans ma tête ?
Alors que mon crayon, suspendu sur le papier, j'aime tant le machouiller, le laisser glisser, le retenir, l'abandonner, le ressaisir, le laisser couler...
Pourquoi est-ce que le refrain de la chanson "Laissez passer les petits papiers" ne m'évoque pas/plus les mots doux qui circulaient entre les rangs de mes années lycéennes ?
Mais non, rien à faire surgissent en vrac: carte de séjour, passeport, carte d'identité, livret de famille. Ah oui et puis la voix de Bernard Cantat, celle qui s'impose le plus dans la reprise de cette chanson.
Et bien-sûr ma carte d'identité périmée que je n'ai pas coeur de saisir à bras le corps pour la faire renaître de ses années.
C'est donc encore avec un crayon que je vais contourner la consigne d'aujourd'hui. Décidément.
Rien de phallique là-dedans. Evidemment... De l'abandon juste. Et de quoi alimenter au moins dix psychanalyses.
366 réels à prise rapide : le temps qu'il fait
Aujourd'hui, gris le matin, un peu plus de soleil vers midi en sortant de la grande bâtisse grise et franc mais froid soleil l'après-midi. Je ne sais pas si le soleil a salué - timidement certes - l'annonce de ma prochaine semaine chômée. Sûrement que si... J'imagine très bien en tous cas la joie de mes élèves... jusqu'à ce qu'ils découvrent tout le travail que je leur ai envoyé. Sadique moi ?
J'ai hâte de sentir les brûlures du soleil smyrniote dès juillet. Oh comme j'ai hâte !
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui: "un mot que j'ai écrit"
Un mot que j'ai écrit ? Difficile, je n'ai rien écrit aujourd'hui. C'est suffisamment rare pour être consigné. Il ne me reste plus qu'à tourner autour du "mot" de la consigne, l'enrober de miel.
Une seule syllabe pour le mot "mot" en français. Soyons économe.
Deux ou trois en turc. Hésitation...
Deux syllabes si l'on prend le mot turc "sözcük". Mot contruit sur le diminutif de "söz" qui veut dire parole. Ah bah oui, en turc aussi pour diminuer en ajoute... Mais quel mot pour diminuer sa parole ? Le "Oui" le "Non" ?
Trois syllabes si l'on prend le mot utilisé en turc mais issu de l'arabe "kelime". Prononcez "kélimé". Je le trouve beau ce mot, très chantant et qui rappelle le mot "kalem", stylo, crayon.
Puisqu'il nous faut aujourd'hui un mot écrit, prenons donc "kelime" joli comme un prénom: il porte en lui même son crayon et m'excuse de n'avoir rien écrit.
366 réels à prise rapide: aujourd'hui "ceux que l'on porte"
Il y a ceux que l'on porte quelques mois et que l'on serre contre soi, ressentant le battement de leur coeur au plus profond de son âme.
Et puis il y a ceux que l'on ne porte pas, ou plus, et qui resteront lovés dans un irréel du passé où tout peut continuer à être merveilleux.
Plus tard, dans pas longtemps, quand je serai guérie, cet irréel du passé caché quelque part, pas loin, m'aidera à ouvrir encore et encore les bras.
C'est le voeu des cailloux que je dépose ici pour ne pas les porter plus loin. Dans l'espoir, l'attente, la conviction qu'ils feront demain leur ronde- sur une musique joyeuse et apaisante.
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui: "ce que l'on porte"
Ce que l'on désirait porter, que l'on a porté mais que l'on ne doit plus porter parce que cela ne s'est pas porté au bon endroit.
Attendre de trouver la porte de sortie. Ne pas tout déchirer.
Je ne savais pas que cela pouvait être si lourd à porter.
366 réels à prise rapide : Aujourd'hui un air en tête
J'ai fait l'école buissonnière cette semaine.... Et je n'ai pas envie de rattraper finalement. Et je sais à peu près clairement ce qu'il en restera dans un an... J'ai juste un besoin urgent, impérieux, de danser, de nager, de chanter et épuisée, de dormir, surtout de dormir. Mais pas pour oublier, pour rêver. Je sens que je dois, oui je dois absolument finir de construire quelques jolis rêves. Alors la rengaine qui me trotte dans la tête ressemble à quelque chose comme « laissez moi dormiiir, laissez-moi... »
Mais comme, en vrai, j'ai en tête une chanson reprise par le groupe Kardes Türküler, (Chants de la fraternité qui chante en turc, kurde, arménien, arabe.. ) qui sera en concert à Paris le lundi 9 avril, (si vous voulez venir, faites signe !) je vais quand même partager cela avec vous:
Il s'agit de "Dargin Mahkum", le prisonnier fâché, un chant soit de brigand, dans la veine des bandits d'honneur, soit de prisonnier politique, je n'ai jamais trop su.... (vous remarquerez que cela ressemble fort à la complainte de Mandrin. J'aime que cela soit chanté par une femme.
Il a été chanté pour la première fois par le barde Mahzuni Serif. Je traduis vite fait...
Kardeş Türküler - Dargın Mahkum
"Je suis fâché, ami(e)* fâché contre toi
Cela devait-il finir ainsi ?
Je suis blessé, blessé mon ami(e),
regarde, mon sang devait-il rester non vengé ?
Mon oreiller de prisonnier est plein de sang
Mais quel est cet état ?
Je meurs depuis sept ans
Le gardien s'est tiré
Ma vie qui semblait une montagne
s'est bien vite éteinte et partie
Fatigué je suis
et voilà que la quarantaine est arrivée
Je suis mort je suis mort puis ai ressuscité
les amis nous ont laissés
Mahzuni** arrive Messieurs
C'est dans nos herbages qu'il se retire
Dites suis-je fou
Ou suis-je mort
Celui qui cherche à briller
c'est nous qu'il déchire en premier
Mère chérie ne pleure pas, ne te lamente pas,
Un jour finissent les blessures.
* canim neutre en turc
** le nom du barde qui chante
Aujourd'hui: "un moment où j'ai regardé l'heure"
4 minutes après le début du cours d'aquagym j'ai regardé l'heure, en me disant que cela risquait d'être sans fin. Finalement les 45 minutes sont passées de manière assez agréable même. Cependant je n'ai rien regardé du tout, une fois plongée dans le jacuzzi. Le fait de savoir que je pouvais en sortir quand je voulais ? Ou un conditionnement interne qui me disait que ça, ça ne demandait pas d'effort physique ? Mouais...
366 réels à prise rapide: aujourd'hui "fallait pas que"
J'ai beau ouvrir les vannes, « fallait pas que » ne me ramène qu'une vieille chanson. « Fallait pas me quitter tu vois, il est beau le résultat, je fais rien que des bêtises, des bêtises quand t'es pas là... »
Bref, comme je ne sais pas pourquoi j'ai cette chanson idiote en tête et qu'elle commence par une mention terrible, je pense avoir envie de chocolat. « J'ai tout mangé le chocolat.. »
366 réels à prise rapide: une belle image
Encore quelques rayons de soleil aujourd'hui. Je me demande si je ne vais pas prendre mon appareil photo pour prendre quelques clichés du mur à graffiti, à côté de chez moi. Parmi les graff que j'ai vus hier l'un d'eux m'a beaucoup séduite: il était différent des autres, coloré mais sobre et avec des grands objets farfelus, sortis tout droit d'un pays de merveilles aux théières ébréchées. Lorsque j'arrive, je vois qu'il a déjà été recouvert. Déception. Dans la ville, il faut vraiment saisir les choses sur le vif.
Je m'assois à une terrasse pas loin et me replonge dans mes copies. Mon compagnon et son ami photographe O. me rejoignent, en compagnie d'un couple candidat au mariage en grande tenue... qui fait sensation. Apparemment, O. aussi a repéré que les graff d'hier étaient fort réussis et veut faire poser les mariés devant ce mur tout en couleurs.
Le résultat me fait sourire... 
366 réels à prise rapide: aujourd'hui "Petite satisfaction personnelle"
Assise à la terrasse du café en bas de chez moi pour profiter d'un soleil un peu brumeux, je me félicite de n'avoir pas eu besoin de manger de chocolat pour parvenir à corriger toutes les copies de mes 3ème.
C'est sûrement parce que mes ados d'élèves dans leurs copies révèlent qu'ils ne sont pas tombés sous le charme d'Antigone. Etrangement, je m'en félicite. Ai-je vieilli ? Je me sens très confuse tout à coup.
366 réels à prise rapide: aujourd'hui « Moment de solitude"
Les couloirs du 2ème collège où je suis affectée cette année sont bleus.
Affectée est bien le terme. Je subis ce poste qui me fait traverser toute la ville quatre à cinq fois par semaine pour une heure de cours.
Heureusement les petits 5ème que j'ai dans ce collège sont rieurs, globalement sérieux, prêts à oublier de faire leurs devoirs dès qu'ils ont l'impression que je ne contrôlerai pas, prêts aussi à se passionner pour les voyages de Marco Polo, comme à me dire que ce que je leur demande de faire est trop difficile, ennuyeux. Avec eux, je me réconcilie quotidiennement avec le fait d'enseigner et me retrouve souvent avec leurs livres coups de coeur dans les mains... "Madame, il faut absolûment que vous lisiez ça, c'est trooop bien ! "
En sortant de cours, je me rends compte que je me suis rendue directement dans ma salle en arrivant et que j'ai donc déjà mon manteau sur le dos, toutes mes affaires dans le sac. J'ai un moment d'hésitation, me demandant si je vais quand même passer dans la salle des professeurs pour vérifier si j'ai du courrier et pour voir les collègues, si jamais il reste encore à cette heure déjà avancée de l'après-midi. Je dois traverser tout le bâtiment pour ce faire. J'aime les couloirs du collège quand les cours ont commencé, qu'ils ne résonnent plus des cris des élèves souvent hystériques. On a l'impression que les murs eux-mêmes soufflent de soulagement avec le calme revenu. Je passe devant quelques salles, parfois, trop rarement, les collègues laissent leurs portes ouvertes: j'aime passer devant ces classes-là, discrètement.
Je renonce pourtant, le courrier maintenant arrive directement dans ma boîte mail et les collègues ne savent pas toujours qui je suis et de toutes façons dans trois mois je ne les reverrai plus.
Je n'aurais jamais cru qu'on puisse être aussi seul avec un tel métier.
366 réels à prise rapide: Aujourd'hui "Il a dit"
Notre ami K, qui travaille pour la Grèce à Izmir est de passage à Paris. Il a dit en voyant nos têtes ahuries de fatigue hier: « Oh vous avez besoin d'une installation urgente à Izmir ».
366 réels à prise rapide - Aujourd'hui "Facile facile"
Facile facile de cuisiner du poisson.
Le reste ? Fossile faucille.
C'est tout ? Oui.
Aujourd'hui: "Blanc"
J'ai rêvé que j'avais embauché quelqu'un pour repasser mes draps blancs.
Un peu plus tard, la même nuit j'ai aussi rêvé que je portais une nuisette noire.
Puis-je en conclure que je suis dans de beaux draps ?
Ou que j'ai passé une nuit blanche ?
Remercier mon noctambule de mari qui me permet de me souvenir de mes rêves en me réveillant à peu près toutes les deux heures.
Et d'une conversation hallucinante à 4 heures du matin: « Dis pour toi cela représente quoi des draps blancs bien repassés ? » Juste au moment où il venait enfin de réussir à s'endormir...
Sentiment de déjà vu- ou consigne dévoyée- oh la la comme ma chaussure me serre !
Sentiment de déjà vu. Les heures défilent. La ville bruisse derrière les fenêtres. Je n'ai pas envie de sortir.
J'appelle Sezen pour m'amener un peu de légereté. Sezen, c'est Sezen Aksu, une chanteuse, que dis-je une diva de la pop turque que j'appelle par son prénom parce qu'elle m'a accompagnée depuis mes 18 ans...
Sezen Aksu - Erkekler
J'aime cette femme, la manière dont elle sublime son mal-être par une légèreté et une dérision kitchissime, une sexualité suggérée, totalement assumée.
J'en avais déjà parlé dans ce blog. D'où votre sentiment de déjà vu, mais je n'ai pas trouvé de clip assumant le mauvais goût avec autant de bonne humeur, tout en suggérant qu'il ne s'agit que d'un jeu un peu douloureux. Et de la bonne humeur j'en ai besoin aujourd'hui.
La chanson que j'ai réécoutée c'est "Erkekler" ou "Les hommes". Elle est extraite de l'album qu'elle a enregistré avec Goran Bregovic en 1996 et commence par un très joli morceau de oud. Je vous mets la version remixée qui je trouve est moins belle mais c'est la seule que j'ai trouvée avec le clip.... qui veut le détour...
Il faut aussi que vous sachiez avant de regarder et de vous faire une image définitive que c'est une chanteuse qui, par ailleurs, est très aimée en Turquie et qu'elle a aussi commis des morceaux fort sentimentaux et à mon avis mon intéressants mais que la société bien-pensante préfère.
C'est aussi elle qui a lancé Tarkan, ce nom vous dit quelque chose ?
Traduction juste pour vous......
Erkekler - Les Hommes
La solitude mais c'est le propre de Dieu
Coucher seule ?
Oh la la impossible...
Il faut absolument quelqu'un
Il faut d'urgence t'oublier
Et s'il ne se trouvait personne ?
Tais-toi donc, témoin du diable
Un clou enfonce l'autre
Et si cela ne marche pas
Prends t'en à ta chance
Il me suffirait de secouer la main
Pour que cinquante se présentent
Et si c'est la tête que je secoue....
Alors là c'est le pompon...
Ah les hommes...
Oh la la l'anxiété m'étreint
Comme ma chaussure me serre
La vie ici elle est comme ci comme ça
Oui on vit, on vit on survit
Pour le moment sans toi ce n'est pas trop ça
et toi comment tu vas ?
Oh la la comme l'anxiété m'étreint
comme ma chaussure me serre....
366 réels à prise rapide : rattrapage
Je cours, en espérant ne pas avoir les yeux du lapin d'Alice. Ma fièvre a éclos en fleurs rouges au-dessus de ma lèvre. Explosion de tiraillements dans la tête et dans la peau.
Je cours après le réel, et m'enfonce avec délectation dans la possibilité que généreusement je m'octroie, de rattraper le temps passé. Les consignes sont faussées par le compte à rebours.
07 mars : "leçon à apprendre"
La tirade de Marianne dans Les Caprices de Marianne pour préparer la journée de la femme sûrement... Mon cher cousin, est-ce que vous ne plaignez pas le sort des femmes ? Voyez un peu ce qui m'arrive..."
08 mars : "féminité"
Le comble de la féminité pour moi c'est la peau de mon bien-aimé.
Pourquoi ma représentation de la sensualité est-elle féminine ?
09 mars "debout dans"
Debout dans la salle de classe, j'arpente les allées sans me lasser. Je croyais aller partout. Mes stagiaires me fait remarquer, cette année, que lorsque j'explique quelque chose, je me place plus du côté gauche de la salle, opposé aux fenêtres...
Heureusement que je change les élèves de place tous les mois. Ainsi je ne postillonne pas toujours sur les mêmes...
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui : Il faudrait réparer
Pour faire en sorte que les nombreux objets cassés soient enfin réparés, il faudrait d'abord s'occuper du moteur.
Se demander pourquoi il s'empâte et pourquoi il s'alimente si mal. S'il s'agit d'un moteur à explosion ou combustion lente.
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui: Pensée parasite
Laquelle de mes pensées, toutes virevoltantes et infichues de se fixer, sauf lorsque je fais cours, doit-elle être considérée comme parasite ? Celle qui démange ? Alors comme la cigale, je gratte gratte gratte avec volupté... Peut-on chatouiller des papillons ?

