03 juillet 2009
Départ et ondes
Le départ estival est un peu difficile cette année. Peut-être un peu prématuré. Comme d'habitude j'ai lancé trop de choses en même temps et peine à les mener de front. Mais apparemment mon coeur tient à se dire qu'il part deux mois, donc partons. D'autant plus que l'été prochain, je ne pourrai probablement pas partir si tôt.
Ca va être la cohue à la rentrée pour les cours mais tant pis, de toutes façons, je ne sais toujours pas où je serai.
Je pars avec une valise chargée de trop de livres, moi qui ne voulais lire qu'en turc cet été. Pourtant j'ai réfléchi longuement sur chaque livre avant de le ranger dans le fond du sac, et je n'ai pris que ceux qu'il me fallait absolûment lire cet été sous peine d'être dépassée en septembre dans mon nouveau projet.
En faisant mes bagages, j'ai compris que, cette année encore, j'ai envie plus de me poser que de vadrouiller. Pourtant, il n'ya pas si longtemps j'ai lu Nicolas Bouvier et comme Anita, je me sentais des fouris dans les jambes. Mais cela a l'air de s'être calmée. Il va falloir concilier comme toujours, les envies d'échappées et les obligations familiales, et je ressasse la phrase de Nilufer Göle "Parfois la liberté en secret en privé devient le secret de la liberté". *
Mais maintenant que j'ai initié le rapprochement avec mes demi soeurs et mon demi-frère, je ne peux pas me défiler: j'en ai à la fois l'envie, et la crainte. Et je crois que j'aime ce sentiment qui me pousse à aller au fond de moi-même, meme si ce chemin doit passer par Antalya, où il n'y a pas assez d'oliviers à mon goût.
Et puis je vais passer du temps avec Dilek, alors c'est chouette.
Je vais rester connectée je pense, j'ai une furieuse envie d'écrire et aussi de traduire alors je pense que j'alimenterai quand même ce blog (sûrement mieux qu'en juin qui fut un mois trépidant et très riche en échanges et découvertes pour moi). Il faut aussi que je prenne le temps de taper tout ce que j'ai écrit dans mes carnets pendant les longues heures de surveillance d'examen.
Pour ceux qui voudraient entendre ma petite voix fluette et pas posée et mes phrases creuses, je passe dimanche matin très tôt sur une radio (celle qu'écoute Fauvette...) je n'en dis pas plus ici, mais les curieux peuvent m'envoyer un couriel...
A bientôt !
* que j'ai lue dans l'exposition de Sophie Calle "prends soin de toi".
20 juin 2009
Hypothèse 1
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13 juin 2009
Les couettes de la discorde 11
Le pique-nique
Faut-il
que je reprenne le fil d’abord avec ma tante Neslihan, en train de contempler
le paysage à mesure qu’elle s’éloigne du cœur d’Istanbul et se dirige vers le
bidonville de sa fille ou avec Dilek, qui attend sa mère sur le balcon
dudit bidonville ?
Pour accélérer un peu l’action, il faudrait que je m’attaque aux retrouvailles
de la mère et de la fille : pendant que je tergiverse ainsi, le mari
problématique continue à faire des siennes. L’affaire prend même des tournures
cinématographiques urgentes : hier, j’ai cru voir le mari de Dilek dans le
court métrage réalisé par Jacques Audiard sur la violence conjugale. Bon je lui
ai trouvé une tête trop patibulaire pour être intéressante à l’acteur qui joue le mari harceleur, et le
mari de Dilek ne mâche pas de chewing gum avec cet air mauvais (au contraire il
était même assez séduisant et son expression était douce) mais il est temps que
je règle quand même la question.
Vous
ne trouvez pas que je m’incruste un peu trop dans ce récit ?
Si
je veux, au contraire mieux comprendre et pardonner à Dilek pour les pleurs
qu’elle a versés à la mort (longtemps après) de cet homme, j’ai l’impression
qu’il faut que je passe par les souvenirs plus lointains de Neslihan, sa mère. En effet, plus mon récit avance, plus je suis persuadée que nos ( les ?) histoires d’amours sont des affaires de famille
avant d’être des penchants individuels.
Tranchons.
Le paysage que regarde Neslihan n’était pas fameux. Le dolmus avait quitté la voie
rapide et commençait à grimper laborieusement vers les hauteurs des collines. Les
lieux avaient bien changé : la dernière fois que Neslihan était venue ici,
il n’y avait pas vraiment d’habitations, une ou deux villas peut-être,
l’endroit était alors un lieu de villégiature réputé pour son bon air. Il
n’avait pas résisté à l’afflux des migrants anatoliens.
Neslihan
se souvenait même être venue ici pour un
pique-nique. Elle regarda, mais par la vitre du dolmus, elle ne vit pas les
figuiers immenses sous lesquels on avait étendu les nappes. Etait-ce un bon
souvenir ? C’était une belle journée du début de l’été. La famille venait
juste d’arriver à Istanbul et son mari tentait d’effacer les souvenirs pénibles
qui avaient émaillé leurs derniers jours à Kars. Contrairement aux promesses
qu’il avait faites à Neslihan, il ne pouvait pas quitter sa 1ère
épouse, qu’aurait-on pensé il avait trois enfants d’elle... Alors il tentait un
peu désespérément de faire cohabiter tout ce monde. Il avait loué une très
grande maison, suffisante, pensait-il, pour les deux épouses et les cinq
enfants. Je ne sais pas ce qui a pu se passer dans la tête de ma tante à cette
époque-là. Il est très difficile d’en parler avec elle. Je peux juste imaginer
l’énorme conflit qui a du naître dans sa tête, elle qui avait été élevée par un
père plutôt « moderne » et en tous cas fervent défenseur des idéaux
républicains kémalistes et des droits de la femme, et par conséquent de la monogamie
(le célibat ça viendra après !). Aurait-il encouragé ses 5 filles à
étudier autrement ? Certes, dans l’Anatolie où ils avaient élu domicile,
la bigamie était chose courante, mais son père à elle avait été si amoureux et
si fidèle…. Alors quoi ? Comment avait-elle pu se retrouver dans une
situation pareille ? Plusieurs fois, elle m’a dit qu’elle ne savait pas
que son Türker était déjà marié quand elle a accepté qu’il
« l’enlève ». Vu la place et l’importance de la famille de Türker
dans la petite Kars de l’époque, cela me parait peu crédible. D’autres fois,
elle a laissé entendre qu’il lui avait promis de quitter sa première épouse: il disait qu'il ne l'avait jamais aimée, que sa mère l’avait forcé à l'épouser.
J’ai,
sur cette période, le récit de son fils. Surprenant récit. C’est lui qui m’a
raconté la maison pleine de cris, le grand drap qui divisait le salon en deux
et aussi le pique-nique à Bayramoglu. Il avait dans les 6-7 ans, était
moyennement heureux d’avoir quitté sa Kars natale, où il avait une grande
liberté et pouvait vadrouiller à sa guise, mais était malgré tout content de
vivre dans une grande maisonnée avec non seulement sa propre sœur Dilek(déjà
capricieuse et insupportable) mais aussi sa grande demi-sœur (qui ne l’aimait pas
beaucoup) et ses deux grands demi-frères (qu’il n’a jamais appelés « demis »)
dont l’univers de presque adultes le fascinait. Pour lui ce pique-nique était
un bon souvenir, malgré sa fin précipitée :
- On avait étalé une grande nappe sur
l’herbe, et les mamans étaient en train d’enfiler la viande, les oignons, les
poivrons et les tomates sur les brochettes. Moi, mon père et mes frères
, on jouait au foot, j’étais un fameux attaquant malgré mes petites jambes. Soudain les deux filles, qui avaient à peine un an d’écart, se
sont mises à brailler comme des furies, à propos d’une poupée je crois, que mon
père avait achetée à l’une mais pas à l’autre. Nos mères s’en sont mêlées, (je
me dis, moi Ada, qu’elles étaient peut-être même soulagées "les mères" d'avoir mis fin à cette belle hypocrisie, mais c’est une opinion personnelle) et
je crois qu’on a du partir sans manger les brochettes. Les filles, c’est
insupportable, conclue le frère de Dilek en clignant de l'oeil et riant.
Je suis sûre que Neslihan pensait à ce pique-nique quand le dolmus l’a déposée avec ses sacs plein de miel et de gruyère à l’entrée du quartier de Bayramoglu.
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La première partie de ce récit se trouve toujours là, pour remonter, ou commencer le fil, il faut cliquer sur la catégorie "Couettes de la discorde" de ce blog.
04 juin 2009
Les couettes de la discorde 10
L’été dernier, à Ayvalik, dans une maison louée pour les vacances au bord de la mer Egée, j’ai raconté à ma cousine Dilek que j’essayais d’écrire une sorte de récit sur les épreuves que la famille avait traversées et notamment sur son divorce. Je faisais face alors à un beau moment de crise profonde où je doutais de tout.
Le mot
« épreuves » à peine écrit ici, je me rends compte qu’en fait j’ai
alors dit « difficultés » en turc et que le terme que j’ai employé n’a pas
la connotation religieuse que je peux lui coller en douce en français. Dans
tous les cas, il me semble que je tenais à souligner, en parlant au passé, que
tout cela était bien terminé. Je ne sais pas si mes yeux rougis au sortir des
après-midis solitaires ensommeillés de cauchemars indiquaient à la perspicace Dilek les
parallèles tordus que mon inconscient fatigué faisait.
- C’est la crise rituelle, le cap des 10
ans, me dit-elle en me tendant une assiette de pastèque coupée en morceaux. Tu
sais ce que tu vas faire ?
J’ai
pris l’assiette et la bouche pleine d’un bon jus frais, peut-être pour changer
de sujet de conversation, je lui ai dit où j’en étais arrivée dans mon récit :
- Tu sais quand où tu as avoué à quel
point ton mari déraillait et que ta mère, alarmée, a fini par venir mesurer elle-même
la gravité de la situation à Istanbul, après avoir laissé à Kars ses vieux parents
sous la garde de l’oncle Haydar. Exactement au moment où ta mère débarque du
dolmus qui la conduit au bidonville de Bayramli où vous aviez déménagé alors…
- Comment sais-tu qu’elle est venue en
dolmus ? m’a-t-elle demandé, amusée. Je suis sûre que tu as aussi dit qu’elle
avait les bras chargés de paquets de gruyère et de miel…
- Eh oui ! Et je ne sais pas pourquoi
Dilek, mais je n’arrive pas imaginer ce qui s’est passé à ce moment là.
- Pourquoi ? m’a-t-elle souri ingénument, tu as pourtant eu
un aperçu de l’ambiance qui régnait chez moi puisque tu es toi-même venue
quelques jours avec ta mère, tu te souviens, avant d’aller à Kars.... ?
- Oui mais à l’époque, j’avoue que ni les
histoires de couples, ni même les
destinées féminines ne m’intéressaient beaucoup… Pour moi le mariage était
alors quelque chose d’un autre temps, concernant plutôt nos mères que
nous-mêmes. Alors je crois que j’ai du faire tout ce qui était en mon pouvoir
pour ne rien voir. Je crois même que c’est ma mère qui m’a dit qu’elle avait
entendu des bruits provenant de ta chambre un matin très tôt, un coup sourd,
des cris étouffés et que juste après ton mari était parti en claquant la porte.
Mais ce que racontait ma mère à ce moment-là me passait bien au-dessus de la tête, des histoires de bonnes femmes
quoi…
- Ben bravo….
- Ne t’inquiète pas, ce n’était qu’un sursis !
Et
Dilek éclate de nouveau de rire. J’aime
tant sa légèreté. Elle me semble le fruit d’un long travail.
- Je me souviens juste que je rencontrais
ton mari pour la première fois, et qu’il n’avait pas vraiment fait d’efforts
pour se rendre aimable : il surgissait souvent tard dans la soirée et dès
qu’il mettait les pieds dans l’appartement tu te levais pour te diriger sans tarder
dans la cuisine. Une nuit à deux heures du matin, tu lui as servi une énorme
assiette de riz aux pois chiches et il a tout mangé. D’ailleurs encore
maintenant quand je vois ce plat dans l’aquarium qui sert d’étal aux vendeurs
ambulants je pense à lui.
- Oui hein, il avait déjà un ventre de
baudruche à cette époque là ! dit-elle en riant.
J’ai
failli ajouter « Et des petits yeux rouges de lapin » mais je m’en
garde. Il vaut mieux laisser les femmes se moquer elles-mêmes des hommes dont
elles sont tombées follement amoureuses. D’autant plus qu’à l’heure d’aujourd’hui, je sais ce que Dilek a écrit bien des années après, quand cet homme honni est mort. Mais n’allons pas trop
vite.
- Ce que je ne comprends pas, ai-je dit
plutôt, c’est pourquoi tu ne l’as pas quitté à ce moment-là…
- Et que voulais-tu que je fasse ? Je
te rappelle qu’à l’époque je ne travaillais pas, que ma mère ne travaillait pas
et était loin, et que mon frère était sur le point d’aller à l’armée…
- C’est bizarre, j’étais persuadée que tu
travaillais déjà, dans mon esprit tu as toujours été indépendante et forte,
ai-je marmonné…
- Comme toi maintenant ? a commenté
Dilek qui décidemment n’en rate pas une.
- Cela n’a rien voir ! m’insurgeai-je.
- Je sais, rigole Dilek. Il faut croire
que cela te plait de me croire forte et indépendante. Mais continue, cela me
donne du courage, car la lutte n’est pas finie, conclue-t-elle la voix
légèrement voilée.
Il faut donc que
je revienne près de 15 ans en arrière, là où j’avais laissé ma tante, dans le
dolmus (minibus taxi collectif) qui la conduisait vers le bidonville où
habitait sa fille.
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Le début de cette longue histoire remonte ici.
19 mai 2009
Ma voisine Cindy
Ce matin j’étais dans une colère noire. Maintenant je me
suis calmée. Et je me demande maintenant que je le dis, comment je me suis
calmée. Et si tu ne te calmais pas, et si tu l’affrontais ta colère ?
Allez une autre fois, aujourd’hui j’ai fait comme d’habitude. J’ai circonscrit. J’ai fait un cercle avec mon corps. J’ai fait ma gymnastique, pris une longue douche, fait un gommage, me suis tartinée de crème odorante, lissé un peu mes frisottis fous. J’ai beau trouver que tous gestes et gesticulations ne sont que perte de temps et manière de me voiler la face, cela ne m’en apaise pas moins.
C’est la routine me dit Cindy ma voisine. La routine. C’est elle qui t’aplanit. Quoi plate moi ? Pourquoi ? Des rondeurs c’est supposé être montagneusement chamboulant ? Et les montagnes russes ? Il y en a là pourtant des pleins et des déliés !
Ca y est te voilà repartie dans l’obscur. A naviguer là dans l’eau trouble de l’évier de la cuisine familiale.
Je n’ai jamais aimé les montagnes russes ni les manèges qui vous filent la nausée en même temps que des frissons. Et la routine, j’aimerais bien l’attraper celle-là, j’ai beau vivre des moments bien répétitifs, des dimanches englués, je ne parviens pas à trouver un ordonnancement aux heures.
Il te faudrait des heures de prières régulières me souffle narquoise la mystique avortée qui sommeille en moi. Oui c’est ça je tempête, et un voile par-dessus. Plus de chairs ni de graisses à dompter, plus de Cindy.
A l’approche de chaque été, je me demande si ma fiche de paie, mon livret de famille, mon appartement où le désordre qui ne règne qu’au fond des tiroirs et des placards, ma mauvaise conscience permanente, bref si tout ça, au fond, ne relève pas du même instinct, du même formatage, qui me force à consciencieusement pratiquer un peu de gym, un peu de nage, un peu de marche, histoire de brider un peu la féminité encombrante de mon ventre toujours un peu rond. Avec des bras plus musclés et dont les triceps ne pendent pas, parviendrai-je à mieux attraper cette chose au loin qui fuit ? J’en doute.
Me revient en mémoire un texte bouleversant écrit il y a quelques temps par Tiphaine et dans lequel elle parlait de la dépression. En conclusion sur les antidépresseurs elle avait écrit, et cela m’avait tordue, que l’effet des antidépresseurs pouvait être comparable à celui du sport à haute dose. En la lisant je me suis demandée si ma frénésie sportive de cette année ne s’expliquait pas aussi par une sorte d’instinct de survie de celui qui sent sa tête s’enfoncer dans l’eau. Le minimum pour provoquer un peu de montée d’adrénaline. Sans plus. Parce que quand même si vous m’aviez dit que je courrais une à deux fois par semaine, que je ferais de l’aquagym, de la danse intensive et yoguique (vous ne la connaissiez pas celle-là hein ?)...
et que même… (allez avoue !) je ferais des abdominaux en m’accompagnant d’un DVD de Cindy Crawford, je vous aurais ri au nez. Et pourtant je l’ai fait. Deux à trois fois par semaine. En pensant à chaque fois à cette scène du film des frère Coen où Malkovitch en peignoir fait le zouave devant son écran qui diffuse une sorte d’aérobic déjantée façon Véronique et Davina.
Pourquoi est-ce que maintenant que je connais les mouvements
et leur enchaînement par cœur et alors que je ne supporte toujours pas le
rictus de souffrance feinte de la Crawford, je ne fais jamais d’exercices
d’abdominaux sans m’accompagner de mon DVD ? Parce qu’il m’empêche de
réfléchir peut-être , ou qu’il me place dans une posture compatissante pour la
femme-objet qu’elle est et que bien-sûr
je ne suis pas moi…. D’où étais-je partie déjà ?
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J'ai écrit ce texte dimanche grâce au Marathon d'écriture organisé par Alainx. Cette expérience d'écriture continue (quasi automatique pour moi) sur une durée minimale de 3 heures m'a fait un bien fou. Je n'ai pas, il me semble été arrêtée par les freins qui m'empêchent d'écrire ici sur ce blog.
Le site sur lequel les textes des marathoniens ont été publiés étant voué à disparaître, je publie ici celui-ci, que j'ai envie de garder.
Je remercie vivement Alainx et les autres participants dont je n'ai, heureusement pas lus les textes (sauf deux que je connaissais déjà) avant de commencer à écrire moi-même, sinon je n'urais jamais osé me lancer !
13 mai 2009
Vers le mur ou Sur la Route
Parce que je ne m'en lasse pas : détail d'un collage de Tim Roeloffs, artiste berlinois, dont j'ai vu les oeuvres à la maison Folies de Moulins toujours à Lille.
A côté des oeuvres de l'artiste, on pouvait aussi voir une reconstitution de sa table de travail où s'amoncelaient des liasses de magazines, sources de ses créations.
Dans la pièce d'à côté, une table immense et accueillante, invitait le visiteur à s'essayer lui-même au collage. Un thème était suggéré - quelle est votre vision de la ville ? -.
Je ne me suis pas assise à cette table, je n'avais pas la disponibilité mentale nécessaire, et je l'ai un peu regretté.
Aujourd'hui, alors que j'empilais les manuels d'histoire-géo de BEP et de BAC PRO dont je ne me servirai plus (de toutes façons, le BEP disparait, le programme des BAC pro change, et j'aurais été amenée à me débarrasser de tout ça même en restant prof d'histoire). Je me suis demandée ce que j'allais bien en faire: il m'est très difficile de jeter un livre, même sans intérêt, et "libérer" dans la nature ses manuels n'offre pas vraiment d'intérêt. Tout à coup ce regret éprouvé à Lille s'est
rappelé à moi: je vais les ciseler ! Il faut que je me fournisse en colle ! J'ai feuilleté rapidement mes manuels avec une optique différente: mes découpages ne vont pas très optimistes si je ne me sers que des manuels d'histoire-géo.... Il me faudrait aussi quelques magazines bien futiles et colorés.
... mes ciseaux me démangent.
Je n'ai malheureusement pas eu le reflexe de noter les noms des collages, et je n'ai pas retrouvé celui-ci sur ceux présentés sur le site de Roeloffs, dommage je l'adore ce Rimbaud beatnik, même si ma photo est ratée. Mais peut-être est-ce sa route qui me plait: sinueuse mais finalement bien balisée, rassurante même !
08 mai 2009
Le point d'équilibre (Baker's apprentice)
L'apprenti de l'épicier est à la jonction entre deux mondes: l'enfance oisive et joyeuse de son Anatolie natale et l'âge adulte et responsable de l'Istanbul de l'exil.
Il n'a pas vraiment choisi, ses yeux sont bandés, il ne sait où il va. La catastrophe est imminente. Est-elle irrémédiable ?
Mon petit frère, mon double, le miroir de mon humanité vacillante.
"Pour Serkan Özkaya, "ici (à Istanbul) tu n'appartiens ni à l'Est ni à l'Ouest, tu ne peux pas faire un plan sur l'avenir, tu ne sais jamais quand aura lieu le prochain coup d'état. C'est cette situation que j'évoque en créant des personnages en situation instable comme "Baker's apprentice"." (extrait du guide de l'expostion "Istanbul traversée"palais des Beaux Art de Lille jusqu'au 12 juillet 2009)
Les explications politiques de ton créateur m'éloignent à peine un peu de toi: pour moi tu ne vis pas seulement à Istanbul,
- Et tu n’es pas un, hélas,
- Tu n’es pas cinq,
- Tu es des millions. (Nazim Hikmet : La_plus_drôle_des_créatures)
Cliquez pour voir une photo de l'oeuvre bien meilleure que la mienne.
04 mai 2009
Des cheveux en brosse
La mélasse qui me sert de cerveau est aussi tressée d’expressions turques bien encombrantes .
Parmi elles, « J’ai fait de mes cheveux un balai » que je tiens soit des films turcs à l’eau de rose que j’ai vus petite (et la femme amoureuse de se jeter aux pieds de l’Homme qui veut la quitter* malgré la la brillance du parquet), soit des plaintes quotidiennes de mes tantes.
Un sacrifice en bonne et due forme qu'enfant je m’imaginais fait la tête renversée au dessus d’une pelle et d’un seau rempli d’eau savonneuse. Un suicide original somme toute.
Dans ces conditions, l’œuvre « Blue side up » de Servet Koçyigit exposée au Palais des Beaux Arts de Lille dans le cadre de l’exposition Istanbul traversée n’aurait pas du me prendre en traître.
Pourtant je l’ai quand même reçue en pleine figure: 
C'est un balai, fait uniquement de longs cheveux bruns et qui tourne insidieusement et inlassablement en rond, monté sur un rail infernal, celui du quotidien probablement.
Mon bonheur quotidien, hebdomadaire, bi-mensuel… mensuel…
heu ? ?
A part ça, je trouve cette chevelure magnifique. A tout hasard, je vais quand même retourner chez le coiffeur.
Ps: J'ai beaucoup aimé cette exposition et ses partis pris, mais je vais finalement n'en parler que petit bout par petit bout: trop de taches ménagères, plus de 250 pages des 500 et quelques du Musée de l'Innocence d'Orhan Pamuk qui me fait faire des nuits blanches et que je traîne depuis de trop longs mois m'attendent.... :-) il faut que je découvre si des instruments de ménage sont exposés dans ce musée amoureux.
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* oui... comme dans Les Trois Singes de Nuri Bilge Ceylan
Le Site de Servet Koçyigit où j'ai emprunté la photo.
27 avril 2009
Ha-Lille-cination 3 : Le rouge est une belle couleur
Vous avez raison, la sculpture de "bébé" de Albert Carl-Angst est effrayante.
J'ai eu des frissons dans la piscine de Roubaix, et pas seulement à cause de l'eau.
Je me suis sauvée du bord menaçant du bassin, pour me réfugier dans les cabines de douches sur les côtés. Froide l'eau s'il vous plait. Une exposition de mode franco-russe, tissus et croquis s'y prélassait. Je me suis enroulée mentalement dans un bel imprimé chatoyant et chaud.
Et bizarrement encore une fois je me suis retrouvée dans un cauchemar de rédemption chrétienne. Non ! Pas Marie-Madeleine non non. D'où elle sort celle-là et pourquoi me hante-t-elle ? Ah si je sais: la robe rouge évidemment.
J'ai couru à toutes jambes, de la futilité, de la futilité disais-je. Cherche la futilité avant de sombrer !
Mais je suis tombée sur pire que Marie-Madeleine. Je la garde à l'envers parce qu'elle est renversante.Rédemption ça s'appelle. Commis en 1905 par Julius S. Stewart.
Bon allez je la retourne pour montrer le reste, car c'est le reste qui.... mon dieu mon dieu mon dieu ?
Ô perdition ! J'ai la nausée mais la nausée.
Pour toute gaîté j'ai trouvé ça: Carnaval à l'hôtel, Rémy Cogghe.
Il était temps que ça s'arrête non ?
26 avril 2009
Les bébés dragons / ha-lille-cination 2
Et là rebelote. Mon esprit dont la fièvre ne devait pas être totalement retombée m’a de nouveau fait voir des bébés partout. Et des « maternité » en veux-tu en voilà !
A peine moins effrayants que les bébés dragons de Lille 3000
au fond bien que datant du siècle dernier: 
Et encore un tout joufflu, tout brillant, tout lustré, tout noir: qui porte le simple nom de : "Enfant" (1924, Albert Carl-Angst). C'est lui le père des bébés dragons de la rue Faidherbe, j'en suis sûre. Quoi un bébé papa ?
Au secours !Vu le nom de l'auteur de cette sculpture, la peur est généralisée.
Heureusement, la futilité (celle en robe rouge !) m'a sauvée de la nausée des cachets d'hormone.
Vous avez résolu l'énigme de "Can you stop it ?"
25 avril 2009
Ha-Lille-cination 1
Oui c’est ça, je devais être en train d’halluciner. Quand je suis arrivée à Lille la semaine dernière, j’étais dans un état second, luttant de toutes mes forces pour ne pas sombrer dans le terrible rhume qui avait transformé mon compagnon comme ma fille en lapin albinos à la truffe proéminente et pelée et aux yeux rouges. Déjà que j’avais l’impression d’aller passer mon oral de concours en dilettante, si en plus je passais mon temps à atchoumer, non, vraiment cela n’irait pas.
Je ressentais malgré tout comme un début d’embrumement dans
le cerveau. Alors quand j’ai vu les
énormes « choses noires » qui faisaient le guet des deux côtés de la
rue Faidherbe et même dans la fontaine juste devant la gare, je me suis dit,
« là ma vieille, c’est fini, tu as perdu, tu vas sombrer dans cet état
délicieux de fièvre que tu adores au fond, mais qui tombe quand même un peu
mal… ». Je voyais des bébés monstrueux, noirs laqués, avec des queues
menaçantes de dragons et des crêtes effrayantes. J’ai quand même essayé de comprendre
ce qui m’arrivait…. Mince ! J’étais venue pour faire la preuve de la
vélocité de mon esprit critique, de ma large culture littéraire, et de ma
profonde connaissance des programmes de
l’éducation nationale ! Pas pour montrer les désastres dont était capable mon
imagination corrompue de Nadja de pacotille à l’esprit encombré d’images
faciles et de clichés. J’ai essayé de faire fonctionner mon cerveau : dans
quelle rubrique du programme de lycée ces bébés monstrueux entraient-ils ? 
(photo: La Voix du Nord)
Euh…. Non, pas moyen. Je n’ai pas réussi à faire entrer ces choses dans une catégorie du programme. Trop inconnu. Au collège sûrement, dans ces terres inconnues, d’enfants braillards et remuants. Sûrement trop d’impasses dans mes révisions. Quoi d’autre ?
Non vraiment j’étais en train de délirer et ma raison avait transformé toute la ville de Lille pour me faire réagir. Allez réveille-toi ma vieille. Ces bébés sont là pour te faire un électrochoc. Tu dis que tu veux un deuxième bébé c’est ça ? Ben voilà, dans ta tête un deuxième bébé ça ressemble à ça, c’est très menaçant, et pas seulement vaguement. Complètement. La preuve en image. Tu dis que tu veux des élèves plus jeunes, moins blasés, ben voilà ! Mais quel rapport ! Ohé réveille-toi !
Dans ma tête, le concours et mon désir de maternité ont fait la guerre. Pourtant ils ne sont pas spécialement rangés dans des catégories concurrentes. Au contraire.
Enfin je croyais. Mais je ne suis plus sûre de rien.
Non, non allez on efface tout et on recommence. Pour ne plus voir ces bébés monstrueusement fascinants, j’ai baissé la tête et me suis concentrée sur les roulettes de ma valise qui ne voulait pas rouler, trop chargée de bouquins que je n’avais pas pu m’empêcher d’embarquer, J’ai vu quelques petits gitans qui faisaient la manche sur la place de la déesse , histoire de me confirmer qu’un enfant c’est dangereux. Et une déesse alors hein ? Dans un nouvel accès de paranoïa, je me suis demandé ce qu’il se passerait pour mon concours, si je me faisais voler mon sac à main avec ma convocation à l'intérieur là maintenant tout de suite et comment je ferais pour prouver mon identité.
Par je ne sais quel miracle j’ai fini par réussir à traverser la rue Faidherbe et à m’installer dans mon hôtel.
La suite ? Si je ne me fais pas dévorer par un bébé... ou un examinateur (de conscience ?) de l'éducation nationale.
Pour patienter: l'enigme des bébés de Lille.
17 avril 2009
Istanbul via Lille 2

Je vais à Lille voir l'exposition Istanbul traversée au Palais des Beaux Arts (si ce n'est pas un signe ça ! de quoi de quoi ? arrête avec des lourdes allusions ! ) ainsi que la "Piscine" de Roubaix dont Fauvette a parlé si élogieusement. Accessoirement j'y vais aussi pour passer un oral de concours... mais alors très accessoirement.
A mon retour, je vais me plonger dans la semaine du cinéma turc organisée à l'Archipel Paris 10è, programme ici )....du 19 au 28 avril. Je vais rater le premier jour, tant pis...
avant de peut-être poursuivre avec le Panorama des Cinémas du Maghreb à Saint Denis du 30 avril au 3 mai.
D'ici là, je suis à la bibliothèque de l'IUFM et permettez-moi de vous dire que j'y prends un énorme plaisir. A ma propre surprise. Finalement, au regard des quelques petits livres que j'ai laborieusement lus cette année sur l'histoire athénienne, je suis peut-être plus littéraire qu'historienne... Et pourquoi est-ce que je préfère enseigner l'histoire plutôt que le français moi ? Hummm ? Mais pourquoi faut-il toujours choisir ? Vive la bivalence oui !
Comme les lecteurs le savent peut-être, en lycée professionnel les professeurs sont bivalents. Ainsi moi je suis professeure de "lettres-histoire" (et d'éducation civique juridique et sociale, en prime). J''aime beaucoup cette bivalence, je la trouve très signifiante et j'essaie d'en faire voir les atouts à mes élèves. Mais ailleurs, en collège ou lycée il faut choisir, histoire-géo ou lettres.... bien que le ministère ait très maladroitement (et disons-le pour des motifs plus budgétaires que pédagogiques ....) essayé, ces derniers temps, d'introduire cette idée de pluri-valence qui va à l'encontre de l'organisation universitaire française. Je ne me prononce pas sur la question, et comprends mes collègues, cependant...je trouve quand même tout cela bien cloisonné. C'est d'ailleurs sûrement la raison pour laquelle à la fac j'avais fini par envoyer valdinguer les lettres comme l'histoire pour choisir la "science" politique, véritable auberge espagnole.
Pour finir ce billet sans que ni tête, une fois n'est pas coutume, un peu de futilité, remarquez c'est toujours aussi aérien, la photo choisie pour l'affiche du festival du cinéma turc: je veux la même robe rouge ! Peut-être pas pour les oraux... quoique... Ah oui je suis d'humeur folâtre, contre toute attente.... Finalement c'est drôlement chouette de passer un concours quand il n'y a pas vraiment d'enjeu... Une fois que l'on a résolu quelques questions annexes du genre "mais pourquoi tu le passes alors ? Tu veux abandonner tes élèves de Lycée Professionnel, hein c'est ça, avoue ! ? Lâcheuse sociale va... Tu as oublié d'où tu viens ? "
Bon pour tout expliquer, et notamment le titre sibyllin de ce billet, je me spécialise en lettres (après avoir hésité une année entière entre lettres et histoire-géo donc ) pour avoir un peu plus de chances d'être recrutée à Istanbul ou Izmir d'ailleurs... juste quelques années... Je ne lâche rien ! Enfin je dis ça mais je culpabilise quand même...
Et le brushing pour passer un oral de concours vous en pensez quoi ?
Billet remanié car après une intense journée de labeur... je me suis aperçue qu'il était trop allusif et obscur: j'avoue avoir un peu plus de mal qu'avant à parler directement de mes tours et détours ici : sont-ce là les prémices d'un dédoublement de support en un blog privé anonyme et secret et un blog public ? A voir...
29 mars 2009
On vote
On vote aujourd'hui en Turquie pour les municipales.
J'ai envie d'en dire un mot, même si je n'ai absolument pas le temps. Je vais donc faire très bref et vous renvoyer au blog d' Aysin qui
traduit un sondage très intéressant sur l'état d'esprit des Turcs à
l'heure actuelle. Je vous encourage à aller le lire.
L'AKP, parti du gouvernement actuel est, parait-il, favori en raison de l'inexistence d'une alternative possible.
Pour ma part, je suis assez navrée de ce que j'ai pu lire au cours de la campagne électorale, des histoires de corruption, de népotisme, des menaces sur les journalistes proférées par le maire de la capitale Ankara...
Je n'ai envie de retenir qu'une seule image, celle du candidat indépendant de Bingöl, un disquaire disait le journaliste dans l'article du quotidien Radikal du 24/03/09, venu faire son discours électoral à dos d'âne.
Je vais suivre avec attention les résultats des élections à Bingöl. 
Il y a ainsi dans le paysage politique turc des élus non formatés, souvent un brin populiste, mais très haut en couleurs. Parmi ceux-ci je tire mon chapeau à Kamer Genç, élu indépendant de Tunceli, qui a le verbe haut et courageux et avait d'ailleurs été en 2008, et dans l'enceinte même du Parlement, physiquement attaqué par les députés de l'AKP dont il critiquait la politique étrangère et les visites au Quatar, pays démocratique s'il en est. Même si vous ne comprenez pas le turc, les images de cette vidéo sont explicites...
Ben même après avoir vu ça, j'ai envie d'aller vivre quelques temps dans ce pays de fous.
22 mars 2009
Faire les courses sans porc
Ca
va, ça va. Maintenant mieux. Plus de courses au Kâfour le samedi avec Deniz.
Alors ça va. Les courses ensemble, c’est la dispute. Deniz s’énerve, Ada pleure et on se reparle
pas avant dimanche. Quand je lis les étiquettes des paquets de
biscuits, il crie. Comme si t’y comprends quelque chose, il dit avec le caddie.
Il m’abandonne en plein milieu du rayon gâteau ou pâtes. Après il faut les
retrouver, obligé de courir jusqu’aux œufs ou même aux lessives. Et ça l’énerve
beaucoup. Une fois, j’ai retrouvé le caddie abandonné en plein milieu des fromages.
Ada pleurait dedans. Deniz était allé fumer à la cafétéria pour se calmer. Et
je pouvais même pas expliquer. Lui dire pourquoi je lis les étiquettes ?
Pas possible ! Il explose de rage. Mais moi je fais comment après pour
servir les biscuits à Emine ou Hayriye ? Elles viennent l’après-midi à la
maison pour boire le thé. Ces sorcières
elles comprennent rien mais pour retrouver écrit «graisse d’origine
animale » dans les ingrédients elles sont championnes. Elles n’ont que ça
à faire ma parole. C’est cet imbécile d’imam,
il leur a appris. Lui aussi il n’a que ça à faire. N’achetez pas de
viande dans les supermarchés, il dit, ce n’est pas halal, vous commettriez des
péchés, ne consommez pas les produits des gavur, ils mettent du gras de cochon
partout, exprès pour l’enfer. Une fois elles ont demandé le paquet de
biscuits au chocolat que j’avais vidé pour elles sur ma belle assiette à
service. Obligée je retourne le chercher dans la poubelle. Elles ont fouillé de
leurs yeux sournois qui ne savent même pas lire le turc tous les mots étrangers
des ingrédients. Voilà, voilà, tu vois ! Elles ont crié. Elles ont trouvé les mots maudits sur le
paquet. Nous n’en mangeons pas, elles ont dit en se tordant le nez … la honte
de ma vie, pire qu’un adultère ma parole. Obligée j’ai fait un gâteau au yaourt
sous leurs yeux. Comme des truies elles ont mangé. Elles ont mis du bon
gras végétal avec leurs gros doigts sur les verres à thé. Inshallah cela suffit
à leur fermer leur sale bec !
Expliquer
ça à Deniz, comment ? Pas possible ! D’abord il injurie les voisines,
ensuite il crie sur moi, vire-les à coups de pied au cul ces arriérées,
il dit. Facile… Et les autres Turcs ils disent quoi ? Ils nous montrent du
doigt ma fille et moi comme quoi on mange du cochon ?
19 mars 2009
Un cadeau
Je ne suis plus très assidue sur ce blog et j’ai
failli rater le cadeau que me fait –que nous fait- Alain Mascarou en offrant
dans les commentaires de cette modeste page la traduction sur laquelle il est
en train de travailler du premier roman de Mehmet Yashin.
Ces pages sur l’expérience de la guerre à Chypre vue
par les yeux d'un petit garçon sont bouleversantes. Il est aussi beaucoup question de la découverte étrange de l'altérité.
Je tenais à leur donner un peu plus de visibilité en
les déplaçant ici.
J’ai hâte de pouvoir tenir en main ce roman en
français !
Au passage je remarque qu’Alain Mascarou a choisi de
garder dans sa traduction le mot « yorgan » en turc (les couettes
dont je vous rabâche les oreilles ici) et me dis que je ne vais plus, après
cette poignante lecture, pouvoir penser à
mes yorgan de la même façon.
Je suis très heureuse que ce blog vive encore (un
peu) pour toutes ces richesses inestimables qu’il m’apporte.
Je remercie Alain Mascarou pour son don:
De Mehmet Yashin traduit par Alain Mascarou qui nous conseille de lire cet extrait "en parallèle aux poèmes de
"Soldat mort mon amour" (in Constantinople n'attend plus personne)
Alain Mascarou précise également que l'action de ce roman "se passe à Chypre au temps de l'EOKA,
le titre provisoire du roman est "Votre Expatriote Poissons" (de cette
Expatrie dont sont citoyens ceux qu'on exile — un continent)."
TROISIÈME HISTOIRE
assis dans la fenêtre
Assis dans la fenêtre, je regardais les orangers.
J'écoutais
le bruit de l'eau qui coulait derrière. Je croyais qu'au loin la mer se
mêlait au ciel. La hauteur des montagnes m'étonnait. À ce moment-là
d'ailleurs tout m'étonnait.
J'étais assis dans la fenêtre.
Peut-être
que mon père n'était pas mort, qu'il vivait, qu'il se cachait dans une
grotte de ces hautes montagnes. La longueur de ses cheveux, de sa
barbe, l'empêchait de venir au bourg. Là-bas il n'y avait pas non plus
de barbier. Je regardais les hommes qui passaient sur la route. Lequel
pouvait être mon père ? Je me choisissais moi-même un père. En réalité
je n'avais jamais vu mon père. Les gens peuvent-ils regretter des
choses dont ils ne connaissent pas le sens ? Je regrettais mon père.
Ma
mère était toujours fatiguée. Elle était très en colère contre moi
parce que je mangeais trop de viande de porc. Que pouvais-je y faire,
ça me plaisait beaucoup de prendre quelque chose de ces soldats blonds.
Ils passaient en jeep devant notre maison. De ma fenêtre j'agitais la
main vers eux, je disais : "Hello". Ils étaient si bons que s'arrêtant
aussitôt ils me donnaient de la viande de porc, des sandwichs, des
conserves, du lait et même du Coca-Cola. En fait, je croyais que la
tâche de ces soldats des pays occidentaux était de nous apporter de la
farine parce que nous ne nous battions pas comme les gens d'ici. Parce
qu'il était écrit sur leurs voitures "UN"*. De vrai, je ne comprenais
rien : alors que chaque jour on transportait tant de farine, pourquoi
mangions-nous du pain avec de la paille et des cailloux ?
*le sigle
"UN", United Nations, signifie en turc "un", farine.
Un jour assis
dans ma fenêtre, j'ai vu les avions. Ils plongeaient vers mes hautes
montagnes à moi. Un moment ils disparaissaient, soudain ils s'élevaient
à nouveau. Dans le bourg les sirènes retentissaient comme si elles
n'allaient jamais s'arrêter. Moi debout dans la fenêtre je regardais
les avions. Je savais qu'ils lâcheraient des bombes. Cependant
l'émotion de sentir que les avions bombardiers étaient aussi proches
aggravait ma peur. Les sirènes retentissaient pour que nous allions
dans les refuges. La Défense Passive avait fait creuser des refuges
même dans notre quartier. Chacun des pères était allé creuser un
refuge. De chez nous aussi il aurait fallu qu'un père y aille. Ma mère,
en donnant de l'argent à un pochard désœuvré du quartier avait voulu
qu'il creuse un abri à la place de mon père absent. En m'apercevant
qu'elle mettait ce soûlard à la place de mon père, trépignant en pleurs
sur la route je réussis à la faire changer d'avis. Dans le quartier fut
organisé un exercice d'alerte à l'arrivée des bombardiers. A ce moment
-là les sirènes retentirent exprès, et tout le quartier courut exprès
dans les abris. Je résistais pour ne pas y aller. Ma mère me traînait.
Moi, hurlant encore plus fort, je me jetais de moi-même à terre. Je
n'avais pas de père, comment pouvais-je aller dans un refuge creusé par
les pères des autres enfants ? Je ne pouvais le dire clairement à ma
mère, et elle ne pouvait le comprendre. Cependant mon obstination
"absurde" l'avait forcée à prendre cela au sérieux. Elle poussa dans
l'encoignure le châssis de fer du lit où elle dormait, elle me fit un
"refuge" particulier en plaçant d'épaisses planches de bois sous le
matelas.
"Si les avions arrivent, en passant sous le lit tu
t'assiéras dans le coin, et si tu n'es pas dans la chambre, tu te
cacheras du côté intérieur d'une porte."
Cette nuit-là d'épais
rideaux noirs avaient été accrochés à ma fenêtre. Nous étions assis à
la lueur d'une bougie. Ma mère, qui ne s'éloignait jamais du poste de
radio, sortait fréquemment pour ne pas me montrer qu'elle pleurait. Les
grands oublient vite leur propre enfance. De par où ils sont passés
eux-mêmes, il faut qu'ils sachent que les enfants saisissent en un clin
d'œil beaucoup de choses, surtout celles qu'on leur cache. Bien sûr que
je comprenais que ma mère pleurait, mais je faisais comme si je ne
comprenais pas.
Cette nuit-là enfouissant la tête sous le yorgan
j'ai pleuré jusqu'au matin. Ma mère ne pouvait pas du tout comprendre.
Je me recroquevillais, la tête passée sous le yorgan. Je croyais que
les morts à la guerre attendaient à mon chevet. Ce jeune homme aussi
était parmi ceux qui étaient morts hier. Du sang coulait de sa tête. Il
tendait des mains aux doigts déchiquetés. Il allait me prendre et
m'emporter, m'ensevelir dans un trou profond. J'allais mourir. J'allais
disparaître dans l'obscurité. Vraiment, comme j'avais peur à nouveau !
Pour croire que je n'étais pas seul, coupé en deux je parlais avec
moi-même, mieux encore, je me transportais moi-même ailleurs. Les
martyrs dans leurs suaires blancs ensanglantés sortaient de leur fosse
l'un après l'autre. Les fantômes, avec leurs mains de squelettes, me
faisaient signe : "Viens viens viens". Je me collais alors à ma couche
trop étroite, je m'enveloppais entièrement dans ma couverture. Je
tâchais de ne pas penser que les revenants pouvaient entrer aussi sous
mon yorgan. Je hurlais dans mes rêves mais ma voix ne sortait pas.
M''éveillant épuisé de mes cris que nul à part moi ne pouvait entendre,
j'écartais la couverture, je regardais ma mère. Les martyrs ne
pouvaient s'approcher de moi tant que ma mère était là. Je voulais que
ma mère ne voie pas que j'avais pleuré, parce que l'une des premières
règles que j'avais apprises était de ne pas montrer que je pleurais.
C''est pourquoi, bien que je l'eusse désiré très fort, je n'allais pas
entrer dans le lit de ma mère et dormir avec elle.
Ma mère se
réveillait tôt, elle partait préparer à manger aux soldats, coudre pour
eux pantalons et chemises. Dans le bourg toutes les femmes s'occupaient
ainsi, et tous les hommes faisaient la guerre. Un jour, me frappant
moi-même d'un endroit à l'autre en pleurant, je me révoltai contre le
départ de ma mère chaque matin. Devais-je m'en apercevoir, mes pleurs
étaient-ils libres de couler en montrant ma colère, je ne savais.
C'étaient des sanglots arrachés de l'intérieur qui exprimaient une
profonde tristesse, des pleurs que je ne pouvais verser ouvertement
"Est-ce
que ces soldats n'ont pas de mère ? Que chacune de leurs mères leur
prépare le repas, que chacune d'elles leur couse une chemise !"
Ma
mère ne m'écouta pas et partit. D'ailleurs les grands n'écoutent jamais
les enfants. Ils sont absolument certains que ceux-là ne peuvent rien
dire de sérieux au sujet de la vie. Eux prennent au sérieux bien que ça
n'ait ni queue ni tête tout ce qu'ils font. Et ils ne s'en tiennent pas
là, ils veulent que les enfants prennent au sérieux ces futilités.
"Si
au moins j'avais une mère en plus. Quand tu t'en irais l'autre
s'occuperait de moi, elle m'aimerait quand tu ne m'aimes pas.'"
Je
m'étonne maintenant en y pensant. Je croyais que la vie était partout
ainsi : les hommes allaient à la guerre, les femmes cousaient des
uniformes. J'avais appris maintenant que les gens étaient divisés en
Roumis et en Turcs. D'ailleurs il y avait quelques mois encore,
j'ignorais que les tantes grecques étaient Roumis, et que nous nous
étions Turcs. La seule différence que je pouvais faire était de ce type
: "la langue que parlent les tantes grecques" et "la langue que parle
ma mère". Et je croyais qu'elle parlaient des langues différentes par
pureté d'âme. Les gens à la télévision, la famille de Sarkis, Jane la
femme de mon oncle et ces soldats blonds de l'UN parlaient des langues
diverses. C'était magique de savoir que la plupart de nos voisins
étaient Roumis, et que nous nous étions Turcs. Une découverte
incroyable, étrange, merveilleuse ! Nous n'étions donc pas tous
pareils, certains (Turcs) étions autres, et eux (Roumis) étaient
autres. La découverte de cette mystérieuse surréalité me donnait
l'impression qu'en-dessous des choses présumées réelles se trouvait
dissimulée une "subréalité" essentielle.
Sur cette lancée, j'ai
commencé à séparer non seulement les gens, mais toutes les choses
présumées Turques et Roumis. Par exemple, les lointaines montagnes en
face et la mer à gauche étaient la partie Roumi. Là tout était Roumi,
les arbres, les nuages, les voitures. De temps en temps de ce côté-là
venaient des oiseaux Roumis. Ils ressemblaient exactement aux oiseaux
Turcs, mais sans doute disaient-ils "cui cui cui" dans une autre
langue. Je ne les aimais pas du tout. Parce qu'ils étaient Roumis, il y
avait une EOKA Roumi. A l'intérieur de cette EOKA se trouvaient des
hommes en armes. C'étaient eux qui avaient tué mon oncle, fait
prisonniers ma tante et mon grand-père, ouvert le feu sur leurs maisons
pour les saccager.
Assis à la fenêtre, je pensais que pensait
mes pensées assis exactement comme moi à une fenêtre en ce moment un
garçon Roumi partageant ma projection. À l'égard de ce garçon Roumi je
nourrissais des sentiments mêlés. Je ne l'aimais pas parce qu'il était
Roumi, mais parce qu'il me ressemblait exactement. Il fallait que lui
aussi eût perdu son père à la guerre, et sans doute sa mère
préparait-elle les repas des soldats Roumis. Quand je pleurais lui
aussi pleurait. Mais d'où était-il supposé Roumi ? Une fois même je le
vis sur la route d'Omorfo/Morphou. Je fus saisi d'une grande émotion.
Il était sur la route, moi j'étais dans un autobus Turc. Nous nous
sommes longuement regardés. J'en suis sûr, c'était lui ma projection.
Mais d'où était-il supposé Roumi ? Comme des années plus tard à nouveau
je cherchais une réponse à cette question, elle m'apparut comme un
sujet comique. Peut-être était-ce un symptôme en rapport avec la
croissance. Parce qu'en grandissant je n'eus pas beaucoup le loisir de
penser même à ma propre projection, comme à la question qui étais-je
exactement. Ou bien était-il difficile d'être un Roumi de ma projection
? Selon mon point de vue d'alors, tout était couple et dans chaque
chose il y avait un Turc et un Roumi. Mais les esprits et les fantômes
de ces couples étaient identiques si on les séparait chacun en tant que
Turc et Roumi.
Quelques jours après les rideaux noirs furent retirés. Je pouvais m'asseoir tranquillement à la fenêtre comme autrefois.
Il
faisait nuit. Ma mère n'était pas encore arrivée. Au fur et à mesure
que l'obscurité s'épaississait, les battements de mon cœur
s'accéléraient, ma peur augmentait. Le ciel étincelait d'innombrables
étoiles. Je m'abîmais dans la pensée de la vie sur les étoiles.
J'oubliais ainsi que me trouvant seul les martyrs me cernaient. Comment
étaient les hommes sur les étoiles ? Comment s'habillaient-ils ? Sans
doute là aussi y avait-il des Roumis et des Turcs. Comment se
battaient-ils entre eux ? Est-ce que l'un de ces jours nous
combattrions les occupants de ces étoiles brillantes, jaunes ?…
C'étaient les questions les plus sérieuses parmi celles que je ne
pouvais résoudre.
Une jeep militaire amena ma mère avec les
autres femmes du quartier. Sautant de la fenêtre je courus sur la
route. En courant je regardais encore les étoiles. Est-ce que les
femmes sur les étoiles faisaient aussi l'aller et retour avec les jeeps
militaires ? Dans la jeep était assis un homme moustachu, aux yeux
gris, aux traits du visage tracés avec un crayon feutre. Il portait sur
sa poitrine et ses épaules des insignes comme dans les films. Dans la
lune et l'étoile de sa casquette vert foncé de héros se tenait un loup
gris. Comme il tendait la main pour me caresser les cheveux, je
tressaillis. Sûr que cet homme n'était pas mon père. Il n'y avait dans
ses regards ni affection ni souci ni rien d'autre. Les yeux de mon père
étaient noisette moirés de vert. Et comme il avait un beau regard dans
les photographies de mariage avec ma mère. L'homme jouant avec ses
doigts se tourna soudain vers ma mère :
"Occupe-toi bien de ce jeune garçon, il deviendra bientôt un héros !"
Je
fus flatté d'être pris au sérieux et épouvanté à la pensée que je
pouvais mourir. Je collai mes lèvres sur la main de ma mère.
Ma
mère dit, dans un sourire indécis : "Il y a encore du temps pour
l'héroïsme, il y a encore du temps." Ensuite en se levant elle dit que
j'avais très peur de la guerre, que je priais en cachette la nuit pour
que la guerre cesse. Je me mis en colère contre ma mère parce qu'elle
pensait que j'étais petit, et surtout que parce qu'elle savait que je
priais le Dieu des Turcs pour que la guerre cesse et par dessus tout
parce qu'elle frappait à vif impitoyablement sur mon grand secret.
L'homme éclata de rire :
"Mon fils, jamais la guerre ne
finira. Elle existait autrefois, et elle existera aussi demain. Si un
pays ne veut pas être captif, pour lui la guerre ne finit jamais. Tous
les pays se font la guerre. Voyons, n'es-tu pas un homme ? Les hommes
n'ont pas peur de la guerre !"
J'avais recommencé à pleurer.
L'homme dit encore bien d'autres choses, mais je ne pus en comprendre
aucune. Je voyais ses yeux, les étranges insignes tracés sur ses
épaules, ses moustaches, ses phrases qui jaillissaient de sa bouche
comme d'un fusil mitrailleur, les autres soldats dans la jeep qui ne
bronchaient pas, et je pleurais.
Après ce jour-là, je devins
tout à fait le héros d'un film de science-fiction. J'étais dans un trou
profond, ténébreux, parmi les fers qui volaient dans les feux, les
explosions interminables dans le ciel. Les projectiles bondissant vers
les étoiles, le sang coulant comme une voie lactée à travers l'espace,
la couleur du ciel virant au rouge… Le monde se boursoufflait comme un
ballon qui éclate, émiettés sur la carte les pays se pulvérisaient.
J'avais disparu dans l'espace. J'étais roulé de droite à gauche comme
un fétu de paille. Sans arrêt mes pieds glissaient, je tournoyais,
tournoyais tournoyais. J'étais seul. Il n'y avait pas d'endroit où
poser le pied. Je voulais saisir les pierres du ciel, mes mains
s'approchaient. Sur les vaisseaux spatiaux des mortiers au long canon
tiraient sur moi et rendaient la moitié de mon corps à l'état de
poussière. Le loup gris de la casquette du héros spatial était assis
dans la lune. Les yeux gris me regardaient du haut du ciel, d'étoile en
étoile une voix revenait en écho : "La guerre ne finira jamais… la
guerre ne finira jamais… ne finira jamais… ne finira… ne fin…"
S'il
faut que je l'avoue, j'estimais que c'était là l'une de ces paroles des
grands qui savent tout très bien. Je me rendais compte qu'étant petit
je ne pouvais tout saisir.
Longtemps après avoir appris que
nous n'étions pas nous en tant que nous, mais que nous étions deux
êtres différents appelés Turc et Roumi, je devais découvrir qu'on avait
créé dans une certaine mesure en l'appelant "nation" la prétendue
séparation. Étant nation, les mêmes choses en devenaient d'autres d'une
façon émouvante et mystérieuse. Même entre la gent des chats turcs et
la gent des chats roumis, on faisait la distinction. Car la nation est
essentielle dans la vie et rien n'échappe à son essence nationale.
La
question sur la route de l'homme dans la jeep si j'étais ou non un
homme restait secondaire par rapport au jugement que la guerre entre
nations ne finirait jamais. Mais des années après je remarquai que
comme je n'aimais pas du tout les jeux guerriers ni l'état militaire,
je pris excessivement au sérieux ceux qui tâchaient de me persuader que
je n'étais pas un "homme". D'ailleurs, dans ces années-là, mes
règlements de compte et ma révolte étaient en relation avec la guerre
plus qu'avec la sexualité. La pression créée par la difficulté relative
à un sexe s'effaça auprès de la violence sanglante relative à une
nation.
Maintenant assis à la fenêtre je commençai à chercher une solution pour que la guerre cesse. Et je finis par la trouver !
Si
toutes les balles, mais toutes, s'épuisaient, si tous les avions, mais
tous, tombaient, si toutes les armes s'usaient, s'abîmaient, même sans
être utilisées, la guerre ne s'arrêterait-elle pas ? Après cette
trouvaille, assis à la fenêtre je me mis à compter les coups de feu.
J'écrivais même le nombre des coups de feu quotidiens sur mon "exercise
book" à la brillante couverture rouge. Le commandant dans la jeep
n'avait pas pu penser comment c'était arrivé. Qui plus est il avait
aussi des marques sur ses épaules. Comprendre que même les grands ne
peuvent pas tout savoir fut l'une de mes autres découvertes
importantes.
D'ailleurs qui savait parfaitement tout ? Dieu ?
En apprenant de ma mère que Dieu sans tout savoir décidait cependant de
tout, je passai par un véritable effondrement. Cela voulait dire que
Dieu décidait aussi la guerre ! Je n'avais aucun doute que la guerre
était une chose mauvaise. Le point que je ne comprenais pas, comment
Dieu pouvait-il décider une chose aussi mauvaise ? Si un homme n'avait
pas confiance en Dieu, en qui se confierait-il ? Bien sûr qu'à cette
époque-là je me posais cette question, avec ce sens-là, mais sous cette
forme : "Un pays qui n'aurait pu avoir confiance même en Dieu, en qui
se confierait-il ?"
Ankara-Nicosie, 1980
27 février 2009
Constantinople n'attend plus personne
Lorsque je suis "fatiguée d'être moi", je dors, je danse, ou j'essaie de m'oublier dans les mots des autres. Mais souvent, mon nombril refait surface et me replace dans ma lecture là où je ne veux pourtant pas être.
C'est ainsi que j'ai lu le recueil de poèmes de Mehmet Yashin (traduits par Alain Mascarou), en me désolant de le lire avec mes yeux à moi. Avec un titre pareil, Constantinople n'attend plus personne, je ne pouvais pas le manquer. Cependant cette Constantinople a plus de visages, de collines et de noms que je ne pensais et est partout et surtout ailleurs. Évidemment. J'aurais aimé porter un autre nom en lisant ce receuil de poèmes ou bien que lui en porte un autre.
"Constantinople n’attend plus personne
dans la cabine d’interprète il y a une femme aux yeux bleus
nous parlerions avec d’anciennes voix si nous devions parler.
Maintenant langue étroite et obscure. Mon turc intérieur
se détricote, à chaque approximation je me défait maille après maille
… les pêcheurs de la Mer Noire vont me ramasser
je crains qu’on ne lise dans ma paume :
plus d’Istanbul pour vous, ni de Constantinople, ni même
d’amis Turcs qui aient une icône de Byzance accrochée chez eux…"
de Mehmet Yashin
J'en ai sélectionné un autre, mais je garde au secret celui qui m'a le plus touchée.
Pas d’Ithaque
Pas de port où tu puisses jeter l’ancre dans ce voyage.
Pas d’endroit nommé Ithaque
Ecoute ô enfant !
Les vagues feront chavirer ton petit bateau de papier
tu en avaleras de l’eau salée
tu nageras vers le large en empoignant la mer à brassées
sachant que la ligne d’horizon restera toujours devant toi
telle une corde tendue.
Plus d’un navire sombrera encore
plus d’un amour se livrera à la tempête
seuls tes rêves ne sombreront pas- T a patrie est une île lointaine
une solitude égale à celle des dieux te revient
et toi dans cet infini bleu
silencieux autant que le Créateur
tu dresseras ta tête altière face aux vagues irritables.
Pas d’endroit où cessent les souffrances
Pas de temps pour pleurer et rire
-et puis l’éclat de rire pour un bonheur éphémère
que peut-il bien apprendre à l’homme ? –
la douleur te fera grandir et tu apprendras enfin
à danser sur la glace
à danser sur la glace.
Mehmet Yashin, Istanbul, 1983.
traduit du turc par Alain MASCAROU
A lire aussi l'entretien donné au Magazine Littéraire ne serait-ce que pour rappeler l'universalité de la poésie. On trouve aussi quelques poèmes extraits du recueil à la fin de l'entretien.
Sur le site officiel de l'auteur des poèmes en anglais.
24 février 2009
6ème photo du 6ème fichier.
Je vais bien mais je traverse une météo très mouvementée. Le climat est décidément très déréglé à Paris ma bonne dame !
Je reviendrai quand j'aurais compris pourquoi Issa, l'anti-héros des Climats, le film de Nuri Bilge Ceylan dort la tête dans un tiroir. En attendant j'ai un torticolis.
20 janvier 2009
Un colorant trois en un
Je me suis réveillée la bouche pâteuse, un horrible sentiment de fierté pointant dans le cœur, un rire sardonique. J’ai ouvert mes volets violemment. Ils se sont abattus sur le mur puis m’ont claqué dans la gueule dans un retour à l’expéditeur digne du meilleur des boomerangs.
C’est à cause de la potion d’hier soir sans doute. Je m’explique :
Depuis que je fréquente la tripoteuse de tête tout va de travers. Je crois que je ne me sens tout simplement pas à la hauteur. Elle a l’air tellement épanouie dans son cabinet ! Du coup, je me rends bien compte que je commence à m’ennuyer dans mon salon de coiffure et que je ne suis plus aussi fière qu’avant à dire aux gens que je suis coiffeuse. Certes dès que ma tante Lyliane passera de vie à trépas ce sera moi la patronne des lieux. Mais Lyliane, elle va de mieux en mieux. A croire qu’elle prend de la potion magique. D’ailleurs c’est elle qui me l’a dit. Un jour où j’avais laissé libre cours à mes aspirations artistiques et que j’avais particulièrement réussi la teinture d’une belle dame qui était venue dans le salon, en parvenant à faire de jolis mèches à reflets d’un or profond sur un flamboyant fond cuivré, et que j’étais en train de faire admirer mon œuvre à ma cliente, ma tante a surgi de l’autre bout du salon pour me pincer discrètement. J’ai vite compris…
« Magguy, je crois que ce n’est pas tout à fait cette couleur que voulait Madame, va faire les shampoings pendant que je reprends ce travail. » Elle a refait une teinture totale dites ! Disparue les mèches que j’avais deux heures à faire !
La cliente partie, ma tante Lyliane m’a tancée devant les deux autres coiffeuses.
- Mais ça va pas la tête ? Tu te prends pour une artiste ou une cuisinière ? On aurait dit de la soupe aux marrons avec des filaments de potiron dedans. Pouah ! Quand cesseras-tu de vouloir faire l’artiste ? Ne t’ai-je pas dit qu’ici c’est le naturel que nous privilégions ? Le naturel ! Mais tu es tellement intoxiquée ma pauvre qu’il va falloir te détoxifier un peu ! Sinon tu vas encore nous ajouter des colorants dangereux. Naturel j’ai dit et biologique ! Bon puisque tu risques de ruiner mon salon avec tes expériences chimiques, je vais prendre les choses en main. Justement je reviens du salon Marjolaine et on m’a donné la recette d’une potion détox dont tu me diras des nouvelles ! Une vraie magie ! Les potions magiques, c’est très facile. Il suffit d’avoir quelques ingrédients de base (la cendre volcanique et le venin d’Acromentula sont indispensables)*. Allez tiens bois ça !
Lorsque je dis à mon fantasme de velours Annette que ma tante me détoxifiait, elle a crié ses grands dieux. La voix d’Annette, même quand elle crie ses grand dieux, reste suave. :
- Man dieu man dieu man dieu mais tu vas perdre ta créativité !
- Tu crois ? ai-je fait
- Mais oui mais oui qui a dit que les artistes menaient des vies saines et fréquentaient les salons Marjolaine ? Ta tante faut que tu la quittes ! De toutes façons, si tu veux parvenir à mériter l’amour et l’admiration de la tripoteuse de tête va falloir que tu te bouges un peu. Laisse aller ta créativité !
J’avoue que l’argument de la tripoteuse a porté. C’est un point sensible. D’autant plus qu’elle ne vient même plus pour que je lui fasse son petit brushing gratuit. Et pourtant avec tata Lyliane dans le coin, difficile de faire ça gratuitement !
J’ai donc encore une fois écouté les conseils d’Annette (à cause de laquelle, je le précise, j’ai commencé ma thérapie) et ai rendu mon tablier au salon de ma tante.
Elle m’a regardé avec des yeux ronds Lyliane, elle en a oublié de siroter sa tisane ayurvédique.
Mais je suis partie quand même, j’aime pas la tisane. Je suis une poétesse moi.
Aujourd’hui je suis enfin reconnue pour ma créativité. Enfin… pas tout à fait tout à fait mais ça va pas tarder. Je crée en effet dans un salon d’esthétique destinée aux artistes de la scène punk, Punk Hair ça s’appelle. Je peux enfin laisser aller mes couleurs. Je fais à la fois maquillage et coiffure. Le violet, le jaune, le noir, mes pinceaux virevoltent de cheveux en visage. Esthétiquement, mes petits clients, je les trouve très réussi,s même si, côté chanson, ils n’arrivent toujours pas à la cheville de Marc Lavoine. Mais je ne dois pas penser à ça. Ca me rend nostalgique. Et puis j’ai quand même un peu mal au ventre. A cause des produits probablement. A lors sans le dire à Anette, j’ai quand même bu un peu de la potion de tante Llyliane hier soir. Et non seulement ça m’a fait recevoir les volets dans la figure mais en plus, je crois que je vais devoir changer de métier. En effet, ce matin nos clients, je les ai trouvés répugnants, même ceux dont Marinette, l’artiste la plus virtuose de Punk Hair s’était occupée. J’ai jeté un œil derrière la salle n°5 où elle officie… et beurk, mes yeux avaient de nouveau perdu tout sens artistique. Et pourtant c’est de la fierté que je ressentais et je n’ai dons pas réprimé le rire sardonique qui traînait en moi depuis le matin et l’épisode des volets :
Ce matin, derrière la petite porte du n°5, des trucs pas très ragoûtants… Un œil orange et gélatineux, et un alien bleu à cheveux verts**.
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Ce texte sans queue ni tête est ma participation au jeu des "sabliers givrés" menés par Kozlika. L'amorce de ce soir était choisie par Mavie.
Comme j'ai raté au moins trois soirées pour cause de corrigeage de copies, j'ai utilisé deux autres amorces dans le corps du charabia: la recette de la potion détox* et la description de l'Alien** à la fin.
Merci à celle qui m'inspira la scène du salon de coiffure ;-)
Il parait que c'était la dernière mouture du jeu des "Sabliers givrés" ce soir, j'en suis fort marrie. Je remercie Kozlika et tous les "amorceurs" pour m'avoir fait passer un si bon moment. Sur ce, je file lire ce que les autres blogueurs ont imaginé à partir des amorces d'hier et d'avant-hier !
17 janvier 2009
Tripoteuse
La tripoteuse de tête est rentrée de vacances. On se revoit donc, dans le moelleux de son cabinet. Tout est doux chez elle, les tapis, le fauteuil, son sourire, ses yeux. Pas sa voix. Elle a le phrasé râpeux. Toujours au bord de la quinte de toux.
Je sombre doucement dans un plaisir coupable, je m’intègre dans les poils longs des tapis beiges, posés sur une profonde moquette de velours rouge. Je m’enfonçe.
Je lui parle de Jean-Yves et de ces dédicaces à la noix, mais le coeur n’y est pas. Je vois ses mains, ses belles mains posées sur la table en bois ciré.
« Résiste ! Prouve que tu existes ! » me dit une rengaine surgie de mes années d’intoxication de bandes FM. La tripoteuse de têtes me hante, sa voix, ah sa voix. Manquait plus que ça !
Trente ans, un salon de coiffure remplie de mémés à cheveux roses, toujours pas d’enfant (comme me le serine à longueur de temps ma mère), alors que j’en veux sept, et me voilà en train d’en pincer pour ma psy.
Il faut que je remonte à la source comme elle dit, ma tripoteuse préférée. Il parait que c’est normal que j’en pince pour elle.
C’était le début des années 2000, j’entrais dans ma trentaine, avec cet impression d’avoir perdu mes vingt ans. Dix ans ! Ciel ! Toujours pas de compagnon, aucune progéniture à l’horizon, et des machins à trois pattes et deux bras qui se succédaient sur mon oreiller,
Tout ça je suis sûre, c’est de la faute de ma copine Annette, celle qui animait les soirées dédicaces de Magic FM. Finalement, je ne suis pas si sûre d’avoir bien fait en suivant ses conseils. Je me disais de plus en plus que plus que les dédicaces à la noix de Jean-Yves, c'était la voix suave d'Annete que j'aimais en écoutant, soir après soir, les spéciales dedicaces.
Un après-midi de novembre, je l’avais appelée Annette pour lui dire que le salon était relativement désert et qu’elle pouvait passer pour un brushing gratuit. Mais elle s’est mise à hurler :
« Ce n’est pas parce que je n’ai pas voulu te donner l’adresse de mon blog, que tu dois utiliser des mots clés salaces pour me pister sur internet, et puisqu’un (ou une) internaute est arrivé(e) ici en tapant dans son moteur de recherche favori « comment se faire dévierger + image », je vais me permettre de donner quelques conseils à ce sujet, afin que les suivants qui viendraient par le même chemin ne soient pas déçus. Mens pas, je suis sûre que c’est toi. »
Bon j’avoue je n’ai rien compris. Je me suis dit que ce devait être l’écoute prolongée de Marc Lavoine qui l’avait mise dans cet état. J’ai néanmoins écouté ses conseils. Pour la déviergisation s’entend. Bon ça rend pas sourd.
Bref. C’était bien. Sauf pour les marmots que je n’avais toujours pas.
« Cela ne veut pas dire que tu devras prendre le chemin de la Belgique pour l’insémination de tes sept marmots en projet » m’a ri au nez Annette .
« En même temps la Belgique, c’est qu’à une heure d’ici », ai-je répondu.
« Tu devrais aller voir un psy », m’a répondu Annette, qui venait pourtant de me dévierger. Je me suis alors aperçue qu’elle était complètement malade, et lui ai répondu fièrement, en me rappelant bien fort ce que ma copine Marie m’avait dit dans le salon de coiffure la veille, (quand je lui avais avoué que ma mère était persuadée que je n’aurai jamais d’enfant parce que j’étais lesbienne), que l’homophobie était punie par la loi.
"T’es complètement givrée, m’a répondu Annette, c’est pas ton attirance pour moi qu’est une maladie, ça c’est normal, c’est tous ces sabliers que tu retournes en même temps dans ta piaule. Tu as un rapport au temps maladif. Va voir un psy. »
C’est ainsi que j’ai rencontré ma « tripoteuse de tête »… elle me tord les idées et l’inconscient tandis que moi je lui lisse les cheveux.
Ce texte est ma participation au jeu des "Sabliers givrés" de Kozlika. Il s'agissait d'écrire la suite d'un billet à partir d'une amorce extraite par Benjamin d'un blog à cette heure non encore révélé. Et comme je n'avais pu participer au sablier de la veille pour cause d'endormissement la bouche ouverte, j'ai quand même réutilisé dans le corps du billet l'amorce de la veille, choisie par cette coquine de Kozlika sur l'excellent blog de Fiis Africae... il faut aller lire le billet original. C'est impayable ! .
14 janvier 2009
Re-belote
Oups, ça fait bizarre, non? Avant, il me parlait de mon succès assuré en amour, de mon impatience coupable au travail, de mes relations sociales assymétriques et là, une citation sur les gens qui se croyaient indispensables.
Annette m’a dit « Magguy, tu ne devrais pas le laisser commenter si librement ta vie. Ni amoureuse ni professionnelle, ni sociale. Et de toutes façons, tu n’aurais jamais du non plus le laisser revenir dans ta vie. » C’est vrai qu’après notre premier fiasco d’adolescent… il aurait mieux vallu. Mais bon, être une femme libérée, c’est pas si facile.
Annette, c’était l’animatrice de l’heure des dédicaces de Magic FM. C’est un peu à cause de Jean-Yves que j’ai sympathisé avec elle, à force de l’appeler pour passer des dédicaces de chansons, on a fini par se parler et par se donner rendez-vous. Ce n’était pas très compliqué, la radio était vraiment à deux pas de mon immeuble.
Annette et moi on a passé des heures au téléphone pour interpréter le sens d’une des dédicaces de Jean-Yves.
Il faut dire que Jean-Yves et moi, c’est quand même vachement compliqué. Après m’avoir larguée une première fois, une semaine avant l’oral du bac français que j’ai donc, je vous le rappelle, lamentablement planté, il s’est pointé deux semaines plus tard, à peine annoncé par une nouvelle dédicace sur Magic FM : « Papa don’t preach » pour ma Magguy d’amour de la part de celui qui a de l’eau dans les yeux ». J’ai rien compris. En anglais j’étais une vraie bille, et j’ai du demander à ma copine Annette de quoi parlait Madonna dans cette chanson. « D’une ado qui a un bébé toute seule m’a expliqué Annette. » Ben nous voilà bien ! Je n’étais pas enceinte que je sache…
« Ah ah c’est pt’être lui qui l’est ! » m’a ri au nez Annette avant de raccrocher sous les huées de sa mère qui brandissait à bout de bras la facture de téléphone.
Je ne sais pas pourquoi j’ai laissé Jean-Yves entrer de nouveau dans ma vie dix ans plus tard. Magic FM avait depuis longtemps été racheté par Skyrock et Annette n’animait plus les dédicaces depuis belle lurette.
Après avoir raté mon bac à cause de Marc Lavoine, j’avais finalement accepté de travailler dans le salon de coiffure de ma tante et avait même réussi une formation en apprentissage. J’y travaillais depuis quelques années déjà, et sans me vanter, le salon avait gagné plein de clientes quand Jean-Yves entra et mit une blouse bleue en me regardant niaisement. Pourquoi est-ce que je lui trouve un air niais à ce garçon et ne peux en même temps pas l’envoyer promener ?
J’ai du coiffer Jean-Yves, je lui ai même fait un superbe brushing, mais lui m’a dit que j’étais trop impatiente et que dans la coiffure, l’impatience ce n’était pas possible rapport aux temps de pose obligatoires.
« Mais , a-t-il ajouté, en arborant un sourire encore plus craquant, ton succès est assuré en amour » et d’ailleurs le sèche-cheveux dans tes mains fait un peu doublon avec tes yeux revolvers… » Je me suis sentie Calamity Jane, Bonnie et…
Bref, j’ai encore craqué. Jean-Yves a commencé à prendre de
plus en plus de place et dès que j’avais balayé le dernier cheveux par terre,
je me ruais dans son appartement. Evidemment le soir où il a commencé à parler
d’Annette en me disant que, nos relations étaient quand même drôlement
assymétriques, j’ai tiqué, un peu. Et puis j’ai pensé à « Papa don’t
preach » et j’ai préféré me taire. Je lui proposé de venir rafraîchir sa
coupe au salon. C’est là qu’il a commencé à me sortir ce truc, cette citation
sur les gens qui se croient indispensables. Quand je pense que les citations, c’était
mon rayon ! Quelle gourde ! Mais pourquoi est-ce que je ne suis pas
plus libérée ?
Ce texte est, je le précise pour ma copine D qui découvre mon blog, une fiction : c'est ma participation a un jeu "sabliers givrés" menés par Kozlika. L'amorce, (les deux lignes en italique) était proposé par Saperli.











