La nuit m'a semblé calme. En tous cas, je ne me suis pas réveillée toutes les heures, ce qui est un progrès.

Au réveil, une pensée m'assaille, est-ce un reste de rêve ou bien une rumination tenace, je ne sais pas.

Je me souviens tout à coup qu'Ousmane, l'un de mes élèves de 3ème,  m'a dit au tout début du cours alors que je n'avais pas encore autorisé la classe à s'asseoir: "Madame, il y a de l'acide ici, vous savez, hein vous savez.."

Sur le coup je n'ai pas réagi, j'étais un peu trop occupée à calmer 28 autres hurluberlus dont:

- deux se battaient (pour rire, n'est-ce pas ?)

- une répondait visiblement et intelligiblement au téléphone: non, elle ne parlait pas à sa mère.

-un cherchait à récupérer sa trousse que trois autres se passaient de main en main.

- un cherchait à ramasser sa veste qu'un autre piétinait, à priori volontairement.

- une traitait une autre de "sale pute noire": "oh ce n'est pas une insulte, moi aussi je suis noire".

 

Plus deux ou trois autres bêtises que je n'ai pas vues... il y en avait trop. Vous savez quoi, j'ai réussi à obtenir 30 minutes de travail... je n'en reviens pas moi-même.

 

Ah vous vouliez un poste fixe ? Eh bien en voilà un, tout près de chez vous... ah vous habitez dans un quartier populaire empli de collèges privés, ben prenez tous ceux qui n'y sont pas allés....

 

Bon l'avantage c'est que je rente à pied. L'avantage donc c'est que je vois Ousmane même le dimanche. Avec un peu de chance, il m'expliquera ce que c'était que cet acide dont il voulait me parler.

 

Comme première pensée au moment du réveil, ce n'est pas réjouissant.