Les mois passent sans vraiment se ressembler et me donnent une prégnante impression de ne pas réussir à maîtriser mon temps. Je pense avoir un peu plus de recul dans mon travail, peut-être un tout petit plus de satisfaction aussi au moins dans l'un de mes établissements, celui où la parole circule avec aisance et où la confiance entre les collègues est presque facile.

Je travaille en partie dans un lieu où le nombre d'enfants en difficulté scolaire est raisonnable et me permet de penser à leurs problèmes de manière constructive, presque individualisée. Mais comme il faut un purgatoire, je passe aussi une partie de mon temps en indignations envahissantes dont je ferais volontiers l'économie. Je ne pense pas que ce soit cela, cette charge de travail, qui explique mon silence sur ce blog. Mon silence n'a pas envie que ma parole se charge de lui. Il me permet de me pelotonner dans une sorte d'abandon à moi-même. Je vais plutôt bien. Je lis beaucoup. Avec l'impression de ne rien retenir, de ne rien savoir. Evidemment. Je n'écris pas assez pour parvenir à marquer mes neurones. Si ce n'est des tableaux de séquence et des progressions individualisées pour mes élèves. Je vis. Dans une sorte d'attente. Il a neigé aujourd'hui. De ma fenêtre je me suis amusée à compter le nombre de personnes qui passaient avec un appareil photo. J'ai eu envie de faire la même chose. J'ai sorti mes bottes de neige de leur carton. Elles traînent désormais sur le sol de l'entrée. Je ne suis pas sortie finalement. J'ai sorti aussi des tubes de gouache. Elles traînent elles aussi sur la table de la cuisine. J'ai finalement corrigé quelques copies. Des rédactions plutôt amusantes. Pour une fois. Je me sens un peu velléitaire, je n'ai pas tout à fait fini le paquet non plus. 

De temps en temps, de loin en loin, je me demande comment je vais faire si ma demande de poste à Istanbul est acceptée. A tout hasard, je prépare une certification complémentaire. Maintenant il fait nuit. Cette dernière phrase est un bon résumé: il fait nuit.  

Nazim vient à la rescousse: "Dieu merci, nous sommes vivants, le chat, le platane et moi".